« Je suis absolument convaincu que non seulement la preuve hors de tout doute n'a pas été faite par la poursuite de la culpabilité de M. Delisle, mais je suis personnellement totalement convaincu que la preuve a été faite hors de tout doute raisonnable qu'il ne peut pas être coupable », a soutenu le réputé avocat de Québec, lors d’une entrevue exclusive accordée mardi matin au chroniqueur judiciaire Claude Poirier.

Le verdict de culpabilité prononcé contre son client, a été
Le verdict de culpabilité prononcé contre son client, a été "la plus grande surprise" de la vie de Me Larochelle
Jacques Larochelle, qui a notamment défendu Maurice « Mom » Boucher, Basil Parasiris et Robert Gillet, a laissé savoir lors de cette entrevue qu'il s’exprimait ainsi en tant qu'homme et non seulement en tant qu'avocat.

« Malgré ce que je croyais être une preuve absolue de son innocence, il a été déclaré coupable, a-t-il admis. Ça a probablement été la plus grande surprise de ma vie. »

Prison à vie

Au terme d'un procès d'un mois et d'un peu plus de deux jours de délibération, le jury a déclaré l'ancien juge de la Cour d'appel du Québec coupable du meurtre au premier degré de son épouse, décédée d'une balle dans la tête en 2009.

L'ex-magistrat de 77 ans a donc automatiquement écopé d'une peine de prison à perpétuité avec un minimum de 25 ans à purger avant de pouvoir se prévaloir d'une libération sous conditions.

Jacques Larochelle interjette appel dans cette cause. L'avocat a déposé deux requêtes la semaine dernière. Il sera entendu mercredi par le juge de la Cour d'appel du Québec, Richard Wagner, au palais de justice de Montréal, concernant la remise en liberté de son client tout au long des procédures judiciaires.

La seconde requête du plaideur aguerri est une demande de révision du verdict dans ce dossier qui sera entendu plus tard par la même instance judiciaire.

Dizaine de motifs d'appel

Jacques Larochelle invoquera une dizaine de motifs dans son plaidoyer à la Cour d'appel, notamment « la plaidoirie incorrecte et immodérée du procureur » Steve Magnan et le fait que le juge Claude C. Gagnon « a régurgité toutes ses notes sans faire un résumé spécifique sur les points importants permettant au jury de se concentrer sur les points essentiels ».

« Mon premier motif est le plus important, puisqu'il mène à un acquittement et non pas à un nouveau procès, c'est que le verdict est déraisonnable. La preuve balistique ici est l'essentiel, tout le reste n'est qu'anecdotes.

Elle montre clairement, selon moi, que la position préconisée par la poursuite pour le meurtre n'est pas possible. Au contraire, la position préconisée par le suicide par l'expert de la défense est très possible. »

Jacques Delisle n'a pas témoigné pendant son procès, ce qui aurait jouer en sa défaveur selon certains
Jacques Delisle n'a pas témoigné pendant son procès, ce qui aurait jouer en sa défaveur selon certains
Jacques Larochelle avait notamment appuyé son argumentaire lors du procès sur la « faiblesse » de la preuve démontrée par la poursuite et l'état de santé de Marie-Nicole Rainville, 71 ans, frappée par un AVC en 2007 qui l'avait laissée paralysée du côté droit. Selon les prétentions de la défense, encore plus diminuée par une fracture de la hanche en juillet 2009, l'épouse de l'accusé était devenue dépressive et « très suicidaire ».

C'est ce qui expliquait son passage à l'acte le matin du 12 novembre. À la suite d'une querelle et pendant que son mari s'était absenté pour faire des courses, Marie-Nicole Rainville se serait donné la mort en se tirant une balle à la tempe gauche avec un pistolet de calibre .22 dans le condo du couple à Sillery. Les 12 jurés n'ont pas adhéré à la théorie de Me Larochelle.

Raisonnement simpliste

Jacques Delisle n'a pas témoigné pour sa défense ce qui, aux yeux de certains, semblait l'incriminer.

« Je ne peux pas tout vous dire, a indiqué Me Larochelle. J'ai toujours annoncé qu'à moins que la preuve balistique ne s'effondre complètement, M. le juge allait témoigner. Mais au moment de produire mon client comme témoin, j'étais fermement d'avis que la preuve balistique s'était effondrée, qu'il n'en restait rien. Il avait déjà donné sa version des faits aux policiers. Les policiers ont rapporté ses propos (en cour). J'ai estimé que son témoignage était inutile et n'apporterait rien. »

Me Larochelle s'est emporté lorsque Claude Poirier lui a rappelé la célèbre cause de son ancien client, Basil Parasiris. Accusé du meurtre du policier lavallois, Daniel Tessier, Parasiris avait témoigné lors de son procès pour raconter sa version des faits au moment de l'intervention policière qui avait mal tourné à son domicile. L’accusé avait finalement été trouvé non coupable.

« J'espère que vous ne faites pas le raisonnement simpliste que quand l'accusé témoigne, il est acquitté, a laissé tomber l'avocat. J'ai eu plusieurs acquittements sans faire témoigner mon client. La seule preuve digne de ce nom était la preuve balistique. Que vouliez-vous que M. Delisle vienne dire là-dessus ? »