"De toute façon, là-bas, tout le monde parle anglais", dit cet associé du bureau montréalais de Blake, Cassels & Graydon (Blakes), qui revient tout juste d'un séjour en Inde.

Il y a deux ans, Sunny Handa a mis sur pied pour le compte de son cabinet le Groupe de pratique de l'Inde. L'objectif? Accompagner les clients canadiens qui veulent percer le marché indien et aider les entrepreneurs indiens à brasser des affaires au Canada.

"Le marché canadien est petit, on voulait élargir nos horizons", dit-il, pour expliquer sa décision.

Le groupe de pratique de l'Inde de Blakes compte aujourd'hui une dizaine d'avocats en provenance des bureaux de Montréal, Toronto, Ottawa, Calgary, Vancouver et Chicago. Tous les ans, l'un après l'autre, chacun de ces avocats séjourne deux ou trois semaines en Inde pour y établir des contacts avec des entrepreneurs et des cabinets d'avocats indiens. Avec un certain succès d'ailleurs.

De gros mandats
En 2006, Blakes a notamment représenté la société indienne Videsh Sanchar Nigam Ltd. (VSNL) lors de son acquisition de Teleglobe pour une somme de 239 millions US, en incluant la dette. Le cabinet conseille également le géant indien Infosys sur le marché canadien, de même que la Banque indienne ICICI, qui compte s'établir prochainement dans la région de Toronto.

Blakes n'est toutefois pas le seul cabinet canadien à lorgner le marché indien. L'ontarien Torys, de même que les pancanadiens Stikeman Elliott et Heenan Blaikie s'y intéressent de près depuis quelque temps.

"Dans cinq ans, les entrepreneurs indiens seront partout!" dit Erik Richer La Flèche. Cet associé du bureau montréalais de Stikeman Elliott a créé, en 2004, le Groupe d'initiative Inde. Le groupe compte trois associés, un de Montréal, les deux autres des bureaux de Toronto et de Vancouver.

Son rôle est de créer un réseau de relations d'affaires pour le cabinet, à la fois en Inde et en Amérique du Nord. En Inde, les avocats de Stikeman y vont tous les trois mois pour y courtiser les grandes sociétés et les cabinets. En Amérique du Nord, ils établissent des contacts avec la diaspora indienne. Ils participent à des conférences, des cocktails, et commanditent certains événements, comme la course Terry Fox, à Bombay.

Les résultats sont intéressants. L'an dernier, Stikeman a représenté l'indienne Essar Global Ltd. dans le cadre de l'acquisition d'Algoma Steel Inc. qui a coûté 1,85 milliard de dollars. Et en 2006, le cabinet a agi à titre de conseiller juridique canadien pour la société Mittal Steel N.V. lors de l'acquisition de la société Arcelor pour 33 milliards de dollars.

Un autre client pour lequel Stikeman oeuvre en Inde et partout dans le monde est Cordiant Capital Inc., société de gestion de fonds établie à Montreal, spécialisée dans les prêts à des sociétés privés dans les pays émergents. En 2007, Cordiant a fait des prêts à plusieurs sociétés en Inde.

Mais Stikeman ne s'intéresse pas qu'à l'Inde. Il regarde aussi de près les occasions au Pakistan, au Sri Lanka -où le cabinet a agi pour la Banque asiatique de développement- ainsi qu'au Bangladesh.

Rentable, l'Inde?
Chez Heenan Blaikie, le groupe de l'Inde a vu le jour en 2005, à la suite de la décision de l'associé Subrata Bhattacharjee, de Toronto. Il compte aujourd'hui une dizaine d'associés des bureaux de Montréal, Toronto et Vancouver.

Si, initialement, l'objectif était d'accompagner les clients canadiens en Inde, de plus en plus de mandats proviennent de clients indiens, souligne Me Bhattacharjee. "C'est presque moitié moitié", dit-il, en ajoutant que plusieurs entreprises indiennes songent actuellement à faire des acquisitions au Canada.

Rentable, l'Inde? Oui, dit Subrata Bhattacharjee. "On couvre largement nos dépenses."

Cela dit, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Car pour l'instant, les efforts des cabinets canadiens en Inde se limitent à de la représentation, du réseautage, pour reprendre le terme à la mode, en raison de la réglementation du pays qui interdit aux avocats étrangers de pratiquer le droit indien. C'est pourquoi, pour le moment, à part quelques grands cabinets britanniques et américains, peu de bureaux étrangers y sont présents.

Erik Richer La Flèche estime toutefois que cela pourrait changer, parce que les cabinets indiens sont débordés et qu'on parle de plus en plus de libéralisation des services juridiques en Inde.

Si cela se produisait, Stikeman ouvrirait-il un bureau en Inde? Je l'espère, dit Erik Richer La Flèche. "Car le potentiel est extraordinaire."