Nous y voilà. Des élections en plein été. La pluie, que dis-je, le torrent de subventions et autres annonces gouvernementales des dernières semaines étaient ainsi intéressées. Grosse nouvelle. En fait, mis à part le premier ministre apparemment, difficile de trouver quiconque dans la Belle Province ayant crû à l’effet du hasard.

À tout événement, le processus électoral est maintenant enclenché. Maintes discussions récentes avec amis, collègues et étudiants, me laissent toutefois avec l’impression suivante : celle du caractère parfaitement imprévisible des résultats du 4 septembre prochain.

Facile de constater le ras-le-bol d’une partie substantielle de l’électorat envers ce gouvernement en place depuis 10 ans déjà. Mais qu’en est-il de l’alternative ? Et qui se fera le porte-étendard de celle-ci ? On réclame du changement ? Visiblement. Un classique. Mais en faveur de qui ? Et de quel changement parle-t-on ?

Le résultat des élections du 4 septembre prochain, reste imprévisible estime Frédéric Bérard
Le résultat des élections du 4 septembre prochain, reste imprévisible estime Frédéric Bérard
Partant de cette toile de fond comme prémisse, bien malin celui pouvant prédire, au-delà des sondages préliminaires, l’issue de la présente course. Cela dit, j’ai crû bon partager avec vous certaines des dynamiques et considérations qui, à mon humble sens, devraient ou pourraient influencer son dénouement prochain.

Parti libéral

En place depuis 2003, difficile de ne pas souffrir d’usure du pouvoir, du moins d’un point de vue des perceptions. Les récents déboires ou conflits n’aideront celles-ci en rien : interminable crise étudiante, Loi 78, gaz de schistes, accusations criminelles envers ministre et organisateurs libéraux, suspicions quant aux conclusions des travaux de la Commission Charbonneau.
Bien sûr, Jean Charest jouera de nouveau les cartes du développement économique, de rigueur budgétaire, de création d’emplois. La marotte, maintes fois éprouvée depuis 2003, est jusqu’à ce jour infaillible. Pourquoi alors modifier une formule gagnante ? Les détracteurs des libéraux pourront évidemment rétorquer que la dette provinciale a augmenté de quasi-60 milliards depuis la première élection de ceux-ci, que celle-ci grossi plus rapidement que l’économie, que le taux d’imposition des Québécois demeure parmi les plus élevés en Amérique du Nord, que pratiquement 8 milliards de péréquations sont versées annuellement à la province pour soutenir ses programmes sociaux. Mais à quoi bon ? Les perceptions faisant fréquemment figure de réalité politique, nullement étonnant que M. Charest continue dans la même voie, surtout que ses adversaires semblent curieusement lui laisser le champ libre à cet égard.

Un dernier point sur le PLQ : ne jamais sous-estimer les talents de campaigner de leur chef. Éloquent, convaincant, enthousiaste, il semble que le premier ministre vit et existe pour les campagnes électorales. Malgré un incessant discours de type chambre de commerce, ce dernier est pratiquement imbattable dans l’art de caricaturer ses adversaires ou d’imposer des choix électoraux aux allures manichéennes. Vous avez vu Mme Marois porter un carré rouge récemment ? Et Léo Bureau-Blouin ? Et qui parle présentement de référendum, à part le chef libéral ?

Parti québécois

Dans un système qui encourage le bipartisme (ou décourage le multipartisme, c’est selon), il va de soi qu’un régime d’alternance se crée de lui-même. En l’espèce, et comme c’est le cas depuis 1976, le Parti québécois devrait se positionner aisément comme le successeur naturel. Quatre questions majeures méritent toutefois d’être ici posées, cela dit :
D’abord, le PQ sera-t-il en mesure de se faire valoir à titre de canalisateur du changement requis et/ou souhaité? Deuxièmement, Pauline Marois, dit la Dame de béton, pourra-t-elle persuader l’électorat de ses capacités de prendre le relai à titre de première ministre? Enfin, avec un Jean Charest qui agitera le spectre (ou épouvantail) référendaire à la moindre occasion, la chef du PQ trouvera-t-elle une manière d’éluder cette question figurant néanmoins à l’article premier du programme de son parti ? Une majorité de Québécois (toute idéologie confondue) refusant pour l’instant de se lancer dans l’aventure référendaire, avouons que le défi sera de taille.

Au-delà de ces mêmes interrogations, nul doute que le Parti québécois semble avoir pour l’instant le vent dans les voiles, celui-ci étant notamment soufflé par la meilleure brochette de néo candidats présentés par l’ensemble des partis.

Coalition avenir Québec

Voilà le parti qui devait bénéficier du cynisme ambiant et servir de vecteur de la volonté citoyenne de changement. Trônant pendant plusieurs mois au sommet des sondages, la CAQ peine maintenant à s’imposer comme une alternative crédible. Ceci, avec respect, n’est pas très surprenant. Même si l’idée d’une coalition n’est pas en soi mauvaise, évidemment, encore faut-il que le parti s’impose quelques dénominateurs communs précis, une ligne intelligible.

À titre d’exemple, le parti québécois sert depuis toujours de regroupement afin de réaliser ultimement un objectif partagé : l’indépendance du Québec. Ceci fait donc en sorte que la gauche (Lévesque, Parizeau, Godin) s’accommode de la droite (Bouchard, Landry, Boisclair) afin de parvenir à cet objectif bien défini. Rien de mal à ça, au contraire. Idem pour feu l’ADQ, cette fois en chemin inverse : moratoire sur la question nationale afin d’unir les forces de la droite, ex-bleus et ex-rouges confondus. Très bien.

Mais la CAQ ? Une coalition des coalitions, si on peut dire. Le parti du « on verra ». Ni de gauche, ni de droite, disent-ils. Ni souverainiste, ni fédéraliste non plus. Et qu’en est-il de l’environnement, de l’éducation, de la santé ? Souhaite-t-on l’intrusion du privé ? Ça dépend.

Rien de surprenant, remarquons bien. Quelconque chef de parti ayant un Gérard Deltell comme bras droit et un François Rebello comme bras gauche, ne peut qu’être forcé de tergiverser sur ces questions pourtant fondamentales. Avez-vous d’ailleurs remarqué que la chute (maintenant stabilisée) de la CAQ coïncide drôlement avec l’improvisation magistrale ayant entouré la venue du transfuge Rebello ? Ce qui sembla comme du pur amateurisme politique était plutôt symptomatique d’une trame de fond beaucoup plus inquiétante : l’absence d’orientation politique définie. Et pour un parti qui aspire à prendre le pouvoir, rien de bien sécurisant. À moins évidemment qu’on considère le légendaire « changement » comme étant une position idéologique porteuse.

La force principale de la CAQ quant à la présente campagne ? Le changement, paradoxalement. Oui, je sais…

Québec solidaire et Option nationale

Bien qu’actuellement plus marginaux que les trois premiers en termes d’appuis populaires, soyons convaincus que Québec solidaire et Option nationale font déjà en sorte que le Parti québécois, sans s’en inquiéter officiellement, regarde tout de même régulièrement dans son rétroviseur.
Le contraire serait surprenant. Tous deux auto-qualifiés de progressistes (surtout QS) et souverainistes (surtout OP), ceux-ci auront nécessairement pour effet de grappiller une portion utile du vote traditionnellement réservé au PQ.

Ceci est d’autant plus vrai depuis le contexte actuel : même si la grogne étudiante des derniers six mois visait principalement le gouvernement en place, il semble qu’une partie appréciable du mouvement doute être mieux représentée par le PQ, parti d’une quarantaine d’années encastrée dans un régime définitivement institutionnalisé. À ceci s’ajoute le fait que la position péquiste en matière de conflit étudiant était et est encore, au mieux, pour le moins floue ou vague. Rien pour convaincre le contestataire moyen d’appuyer « l’autre parti » traditionnel. Probable que Québec solidaire, dont les positions sont éminemment de gauche, pourra tirer un certain profit de l’actuel conflit.

Enfin, rappelons-nous qu’Option nationale est née expressément de la dernière crise au Parti québécois, laquelle avait amené le départ spectaculaire de plusieurs députés souvent piliers, dont Jean-Martin Aussant, chef de ce nouveau parti résolument indépendantiste. Présentant des candidats dans l’ensemble la quasi-totalité des comtés, nul doute qu’Option nationale, autour duquel s’est amassée bon nombre d’ex-militants péquistes déçus ou autres, aura pour effet d’ennuyer sérieusement leur alma mater dans certaines conscriptions où se dérouleront diverses luttes à trois ou même quatre.


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