Nikita Stepin et Rémi Weiss, stagiaires chez Norton Rose
Nikita Stepin et Rémi Weiss, stagiaires chez Norton Rose
Deux jeunes hommes sortent tout sourire de la salle d’exposition d’Erika Eriksson, en plein cœur des cafés et trattorias de la Petite Italie, ils viennent d’y passer plus de deux heures.

« Elle a pris toutes nos mesures, de la tête aux pieds… Nos toges vont être bien ajustées, et stylisées! » s’exclame Rémi Weiss, stagiaire chez Norton Rose qui sera officiellement engagé sous peu.

Nikita Stepin sera aussi assermenté et embauché chez Norton Rose. « Je suis heureux de pouvoir encourager une designer indépendante, qui produit des vêtements de qualité localement », ajoute-t-il.

Mme Eriksson a vu sa clientèle augmenter de façon importante en offrant des rabais aux jeunes avocats
Mme Eriksson a vu sa clientèle augmenter de façon importante en offrant des rabais aux jeunes avocats
Vouloir produire localement, c’est ce qui a poussé Erika Eriksson proche du gouffre financier, lorsqu’elle a dû vendre sa compagnie de vêtements pour enfant, quelques années plus tôt.

Avant d’entrer dans les détails de son passé, Mme Eriksson, vêtue d’un pull bleu électrique et de souliers rouges vifs, me fait entrer dans la salle de démonstration, où trône des mannequins vêtus de toges et des tiroirs remplis de rabats.

Il fallait une avocate pour y penser

Ses mains parcourent le dos d’une toge, dont les plis rappellent ceux d’un éventail. « Voici ma spécialité, le dos soleil, les avocats adorent l’effet que ça procure lorsqu’il se retournent!» lance-t-elle.

Erika Eriksson en compagnie de sa couturière
Erika Eriksson en compagnie de sa couturière
Elle commence à bien les connaître, les avocats. Au départ, elle en connaissait une, Nathalie MacKenzie, celle qui lui a donné l’idée de faire des toges sur mesure en 2006.

Alors que nous nous dirigeons vers le nettoyeur pour prendre une toge, Mme Eriksson explique que, grâce à cette amie, qu’elle « ne pourra jamais assez remercier », elle a commencé un service de robes personnalisées, contrairement au fournisseur principal de toges du pays.

En offrant des rabais aux jeunes avocats, des prix tout à fait semblables à son compétiteur, variant entre 420$ et 1000$, Mme Eriksson a vu sa clientèle augmenter de façon importante.

« Je dirais que 90% de mes clients sont de jeunes avocats, qui voient l’intérêt d’investir dans une toge de qualité avec des détails esthétiques qui font ressortir leur personnalité. »

Un parcours international

Erika Eriksson a rapidement réussi à percer le marché new yorkais.
Erika Eriksson a rapidement réussi à percer le marché new yorkais.
Née en Suède de parents hongrois, Mme Eriksson est arrivée à Montréal alors qu’elle était une petite fille. Sa mère, spécialiste du design, lui a appris dès le tout jeune âge à avoir l’œil avec les tissus.

Après avoir été dans une académie de design, la jeune femme a débuté une carrière comme pigiste durant 15 ans. Elle a rapidement réussi à percer le marché new yorkais, pour ensuite parcourir l’Europe et même l’Asie, notamment Taïwan et Hong Kong.

Se remémorant cette période, la femme aux cheveux blonds-blancs me fait embarquer dans sa voiture. Où allons-nous? À l’atelier, il y a des retouches à faire sur la toge.

C’est dans une zone industrielle nouvellement habitée par des artistes, entre les briques rouges d’une fonderie et le béton du viaduc Van horne-Rosemont, que se trouve le petit atelier d’Erika Eriksson.

« Je dois faire vite! Il y a tellement d’assermentations en ce moment, je croule sous le travail », dit-elle en montant rapidement les marches.

Les avocats… ce sont comme des enfants!

Est-ce que votre entreprise de vêtements pour enfant fonctionnait aussi bien? « Oh oui! De 1991 à 2006, c’était génial. Puis les acheteurs voulaient que je fasse produire les vêtements en Chine, je disais non à tout coup, puis j’ai payé le prix de mes principes et j’ai perdu de nombreux clients. »

Elle avait auparavant une entreprise de vêtements pour enfant
Elle avait auparavant une entreprise de vêtements pour enfant
Tout en donnant quelques indications à sa couturière, elle se remémore ce qui l’avait poussé à partir une entreprise destinée aux enfants.

« Deux petites filles essayaient mes robes, et elles ne me demandaient ni de faire des ajustements, ni de les faire plus sexy… elles découvraient simplement le plaisir d’aimer un morceau de tissu bien découpé. »

Et les avocats et les juges apprécient avec cette joie enfantine ce qu’elle fait à ce vêtement un peu austère qu’est la toge.

« Ils sont tellement surpris de se rendre compte qu’une toge peut être belle, à leur image », dit-elle en souriant.

Enfilant à nouveau son manteau pour retourner vers la Petite Italie, Erika Eriksson s’arrête un instant, pensive.

« En vous parlant, je me rends compte à quel point j’apprécie l’enthousiasme de mes clients, il rend mon travail si facile. »