J’ai lu dans le Devoir du 29 décembre 2012 que deux de mes anciens confrères avocats d’Abitibi-Témiscamingue devenus juges seraient l’objet d’une enquête policière parce qu’ils auraient acheté de la cocaïne provenant d’un réseau organisé de trafic de drogue.

La justice et le secret professionnel seraient-ils devenus des prétextes pour ne pas se mêler des histoires des autres, s'interroge Louis Lapointe
La justice et le secret professionnel seraient-ils devenus des prétextes pour ne pas se mêler des histoires des autres, s'interroge Louis Lapointe
Je connais un de ces juges personnellement, l’autre de réputation. Je ne commenterai donc pas la nouvelle et je ne vous dirai pas si dans un cas ou dans l’autre j’étais au courant de faits ou rumeurs les concernant.

Je ne le ferai pas parce que, comme dans cette histoire de Manon des sources où ça ne se faisait pas de se mêler des histoires des autres, de révéler leurs secrets ou l’existence d’une source, dans ma profession, ça ne se fait tout simplement pas de dénoncer un juge.

Pourtant, nous, avocats, avons tous entendu parler de ces avocats qui n’avaient pas une vie tranquille, qui consommaient de la drogue, qui organisaient des élections clés en main, qui étaient en conflit d’intérêts ou qui plaidaient devant un amant ou une maîtresse qui ne se récusait pas.

Des avocats qui ont pu représenter le milieu interlope, devenir procureur de la couronne, bâtonnier ou juge.

Je connais beaucoup d’avocats sans tache, mais peu d’avocats qui ne connaissent pas d’avocats dont la conduite n’est pas sans tache.

Pourquoi leurs confrères les plus proches préfèrent-ils se taire lorsqu’ils voient un des leurs au passé trouble ou à l’éthique douteuse être nommé juge ?

S’agissant souvent de rumeurs, comment s’opposer à ce qu’ils deviennent juges ou les dénoncer une fois qu’ils le sont devenus ?

L’image de la justice et le secret professionnel ne seraient-ils pas devenus au sein de la profession d’avocat des prétextes pour ne pas se mêler des histoires des autres, pour ne pas exercer son devoir de délation ?

Une déformation professionnelle ?

Imaginez, si une seule de ces pommes pourries peut contribuer à enrayer le processus judiciaire, plusieurs de ces pommes, réunies sous le même chapeau, pourraient certainement le faire déraper.

Dans une telle perspective, doit-on s’étonner que des commissions d’enquête puissent accoucher de toutes petites souris ?


Note
Ce billet de Louis Lapointe a initialement été publié sur Vigile.net le 29 décembre. Il est reproduit ici avec l’autorisation de l’auteur.