Patrice Brunet n'a jamais été aussi en forme qu'aujourd'hui. Normal, depuis quelques années, cet avocat de 38 ans profite de chacun de ses temps libres pour s'éclipser au gymnase: vélo stationnaire, musculation, squash, natation, jogging, tous les moyens sont bons pour se garder en santé. Il surveille aussi son alimentation, ce qui lui a permis de retrouver son poids idéal, après quelques années d'excès.

"Entre les repas, je bouffe des noix!" dit-il, alors qu'il reçoit La Presse dans son bureau du centre-ville de Montréal.

S'il pratique le sport dans sa vie privée, Patrice Brunet le pratique aussi dans sa vie professionnelle, non pas comme athlète, mais comme spécialiste en droit sportif, un secteur du droit en pleine croissance.

Et il le fait plutôt bien. Tour à tour, depuis 1990, il a représenté autant des fédérations sportives québécoises et canadiennes, que des athlètes dont il a défendu les intérêts devant les grandes instances du sport.

L'avocat des Jeux olympiques

En 1996, aux Jeux olympiques d'Atlanta, c'est lui qui agissait comme avocat de tous les athlètes de l'équipe canadienne. Pareil, en 2002, aux Jeux d'hiver de Salt Lake City, et en 2006, à Turin. Un de ses bons coups est d'ailleurs survenu à Salt Lake City, comme avocat des patineurs canadiens Jamie Salé et David Pelletier, efforts qui ont permis au couple d'obtenir sa médaille d'or.

Depuis une dizaine d'années, Patrice Brunet se spécialise aussi dans une toute nouvelle discipline reliée au monde du sport: l'arbitrage sportif. Ce type d'arbitrage touche le dopage, les sélections olympiques, les sélections d'équipes nationales, etc.

En 1999, il a ainsi représenté Valérie Hould-Marchand, la nageuse qui contestait son expulsion, par Synchro-Canada, de l'équipe canadienne de nage synchronisée.

Son fait d'armes est toutefois survenu l'an dernier, alors qu'il a présidé le tribunal d'arbitrage de la commission de l'agence américaine antidopage (USADA), qui a entendu l'affaire de dopage du cycliste américain Floyd Landis, vainqueur, en 2006, du Tour de France.

"Le plus gros dossier en arbitrage sportif de l'histoire", dit Patrice Brunet.

Après neuf jours d'audiences tenues à Malibu, en mai 2007, la décision du tribunal est tombée en septembre dernier, alors que les arbitres ont confirmé les résultats du contrôle effectué sur le Tour 2006, qui avait démontré que le champion américain avait fait usage de testostérone synthétique lors de son succès sur les routes de France. Le cycliste a été suspendu pour deux ans, mais la décision a été portée en appel devant le Tribunal arbitral du Sport (TAS).

Payant le droit sportif? Moins qu'en Europe, où il s'est développé une véritable niche, alors que des avocats s'y consacrent à temps plein. En Amérique du Nord, le secteur est encore jeune.

Dans le dossier Landis, par exemple, Patrice Brunet a mis plus de 500 heures de travail, et affirme avoir touché plus de 100 000$ en honoraires, payés par un fonds du comité olympique américain. C'est bien, mais peu comparé à d'autres secteurs du droit, dont les avocats peuvent exiger jusqu'à 1000$ de l'heure.

Cela dit, l'avocat est confiant de voir le créneau prendre de l'expansion en Amérique du Nord, particulièrement dans les sports professionnels, où les instances ont de plus en plus de pression de l'opinion publique pour transférer à des organisations indépendantes les procédures de tests et de sanctions liées au dopage.

Certaines l'ont d'ailleurs fait. Depuis 2001, la NCAA, l'organisme qui regroupe tous les sports universitaires américains, l'a fait. Et la LPGA, l'Association des joueuses de golf professionnelles, y songent sérieusement.

"Dans la mesure où les ligues professionnelles acceptent de lâcher prise sur les questions antidopage, il y aura beaucoup de travail pour les avocats en droit sportif", dit Me Brunet.

Ne reste plus qu'à espérer que le baseball, le football, le basket-ball et le hockey emboîtent le pas.

Il ouvre les frontières pour Céline|

Même si on s'appelle Céline Dion, on a besoin des bons papiers pour travailler à l'étranger : passeport, visa, permis de travail, etc. Pour s'occuper de tout cela lors de sa tournée mondiale, la chanteuse a confié à Patrice Brunet et à son équipe d'avocats le mandat d'obtenir tous les documents nécessaires. La diva et la vingtaine de personnes qui l'accompagnent pourront donc se déplacer sans problèmes.

Car s'il aime bien le droit sportif, le gros des affaires de Patrice Brunet demeure le droit de l'immigration. Il aide les entreprises à obtenir les permis de travail pour embaucher un cadre ou un travailleur spécialisé étranger. Les clients le mandatent également pour régler les questions de mobilité professionnelle de leurs employés vers d'autres pays que le Canada et les États-Unis.