Louis P. Bélanger se décrit comme l'urgentologue du bureau
Louis P. Bélanger se décrit comme l'urgentologue du bureau
D’une poignée de main ferme, Me Louis P. Bélanger m’accueille dans son bureau où trônent, sur une étagère, des camions de pompiers. Des pièces de collection comme autant de rappels symboliques de l’adrénaline que procure son métier de plaideur.

« L’une de mes spécialités c’est de faire de l’urgentologie juridique, explique l’associé sénior de chez Stikeman. J’ai été et je suis toujours l’urgentologue du bureau.»

Pour certains dossiers, ce super plaideur de 60 ans n’a que deux petites heures pour se préparer, organiser une saisie ou une injonction. Chaque fois, il dit viser la même excellence.

Rapidité, passion, excellence : des essentiels que maîtrise ce passionné et qui expliquent, entre autres, sa récente consécration de Plaideur de l’année par la revue Le Monde juridique.

« Être reconnu par ses pairs est la plus belle chose que l’on peut avoir. Il y a beaucoup d’excellents plaideurs à Montréal et je ne prétends pas être le meilleur, je suis un parmi d’autres», affirme-t-il avec humilité.

Pour Louis P. Bélanger, être reconnu par ses pairs est la plus belle chose que l'on peut recevoir
Pour Louis P. Bélanger, être reconnu par ses pairs est la plus belle chose que l'on peut recevoir
Récemment par exemple, il y a eu ce dossier où les locataires des Pyramides Olympiques s’opposaient à la construction de tour de condominium à l’arrière des Pyramides dans l’est de Montréal.

Un dossier accéléré d’un an et demi, fait en urgence, avec pas moins de 10 jugements, interlocutoires et finaux, virtuellement tous gagnés par le super plaideur. Plus proche est l’échéance, plus un dossier lui « pousse dans le dos».

Il ne s’en cache pas: il travaille mieux sous pression. Et surtout, il n’arrête jamais !

En ce moment, il planche sur deux autres dossiers actifs : deux recours collectifs relatifs aux allégations de collusion dans le prix de l’essence, et un recours collectif de citoyens de la ville de Mont-Tremblant contre la piste de course; des citoyens qui estiment que la piste est trop bruyante.

« Un dossier qui, sans jeu de mot, va faire du bruit !»

La passion

Me Bélanger, qui est également chef du groupe national de litige chez Stikeman, bureau qu’il n’a jamais quitté depuis ses débuts il y a 35 ans, se décrit lui-même comme un «passionné».

« Sans la passion pour son travail, on n’a pas le même intérêt, on ne met pas les mêmes efforts et, donc, le facteur de réussite ne sera pas le même.»

Ce qui le passionne, c’est la plaidoirie. De la préparation d’un dossier à l’examen des faits. Avec une seule volonté : convaincre la Cour de donner raison à son client.

Louis P. Bélanger est optimiste quant à l'avenir de la jeune génération d'avocats
Louis P. Bélanger est optimiste quant à l'avenir de la jeune génération d'avocats
Plaider est un art, dit-il. En plus de l’aspect technique, juridique, voire même d’un aspect enquête, la plaidoirie possède selon lui un côté plus subjectif, plus personnel : c’est l’art de convaincre, de comprendre sur quel point insister ou quel argument présenter à la Cour.

Évidemment, et comme tout art, celui-ci ne s’acquiert pas sans effort. Impossible d’atteindre l’excellence en se « croisant les doigts», selon celui qui était déjà premier de sa promotion en droit civil, lors de ses débuts estudiantins.

La jeune relève, il la côtoie tous les jours. Il n’hésite pas, à sept ans de la retraite obligatoire, à partager son expérience. Pour lui, il est important de passer le bâton, « comme dans une course à relais».

Par ailleurs optimiste quant à l’avenir de la jeune génération, l’avocat est persuadé que la recette du succès est la même pour tout le monde même s’il est possible selon lui qu’une tendance à simplifier ou rendre plus efficace la présentation des causes devant les tribunaux s’invite prochainement en Cour, et ce, afin de gagner du temps et diminuer les coûts.

L’impact possible sur les avocats ? La réduction de leur marge d’erreur... Selon le plaideur, ils vont devoir apprendre à cibler beaucoup plus leurs arguments, à faire des choix.

Il n’entretient qu’une crainte : passer à côté d’un argument que l’on pense sans succès et qui pourrait être l’argument déterminant d’un litige. Le conseil le plus important qu’il pourrait ainsi leur donner est de toujours arriver parfaitement préparés devant la Cour.

Lui, n’irait jamais plaider sans avoir lu toute la documentation pertinente, les procédures, les pièces, la jurisprudence.

« Je suis aussi très méticuleux. Vous savez, le diable est dans les détails. »

Ainsi, ne faut-il jamais sous-estimer son adversaire, conseille-t-il. Un seul détail, aussi minuscule soit il, est selon lui susceptible d’aider ou de nuire.

Les feux des projecteurs

Pour bien faire son travail, le grand plaideur adopte une droiture et une ligne de conduite hautement studieuse. Même lorsqu’il se retrouve au cœur d’un tourbillon médiatique.

Parmi ses collègues, certains aiment beaucoup être sous les feux des projecteurs. Très peu pour lui.

« Je ne fuis pas la médiatisation mais d’un autre côté je ne cours pas après.»

Ses plus grandes satisfactions, ce sont les causes désespérées. Ses dossiers préférés sont par ailleurs les dossiers «d’avant-garde». Ceux où il peut créer le précédent, faire évoluer la jurisprudence, où l’avocat devient sinon l’artiste de la plaidoirie, « l’artiste d’un règlement».

Il se souvient par exemple d’une affaire, en 1999 : la tentative de prise de contrôle du conglomérat ONEX de Toronto sur Air Canada. Une cause qui présentait de gros défis en raison de délais très courts. Il n’y jouait rien de moins que la propriété d’Air Canada.

Ce fut pour Me Bélanger l’une de ses causes les plus marquantes. Il y représentait Air Canada, dans une équipe de 5 avocats. Face à lui ? 10 avocats, et l’ex bâtonnier Gérald Tremblay, son ami et son mentor. L’élève rencontre le maître.

Il y a d’ailleurs selon lui une analogie à faire entre le plaideur et le coureur olympique: tous deux se doivent de pousser leurs limites pour franchir la ligne d’arrivée avant leur adversaire. Un athlète oui, mais avec toujours en filigrane, cette idée de ‘ création’, et d’art.

« Nous préparons les scénarios, nous sommes des acteurs de premier plan. On peut développer des habiletés techniques, mais l’art de concevoir et d’analyser des idées complexes puis de les rendre oralement de façon cohérente, il faut des qualités innées.»

Le meilleur pour la fin

Lorsqu’il reçoit un jugement, Me Bélanger le lit comme un roman à suspense. Qu’il fasse 10 ou 50 pages, peu importe.

« Autrement, ce serait comme prendre le dessert avant l’entrée ou le plat principal ! » plaisante-t-il.

Ses victoires, il prend le temps de les savourer. En compagnie, parfois, de ses adversaires à la Cour… Ainsi, même s’il plaidait contre Me Sylvain Lussier, l’un de ses meilleurs amis, lors de la Commission Gomery, il n’hésitait pas, après leur échanges à la Cour, à aller prendre un verre avec lui.

Des ennemis, il ne faut pas s’en faire, selon lui. Développer de l’inimité pour des collègues, c’est prendre le risque de perdre son objectivité, selon le plaideur.

Quant à perdre une affaire... cela fait partie du métier … Il faut prendre l’échec avec un certain « flegme», jamais personnellement.

Enfin, pour ce passionné de plongée sous-marine et de moto, il est clair qu’il ne faut jamais avoir peur de sortir des sentiers battus, de think out of the box. Et ce n’est pas tout le monde qui est aussi à l’aise à s’aventurer dans des territoires inconnus, souligne-t-il.

Pour sûr, on ne glane pas le titre de meilleur plaideur de l’année sans une certaine dose d’audace…

« Audace pondérée», nuance-t-il, un sourire au coin des lèvres.

On l’avait senti d’emblée : Me Bélanger est un homme qui a de la poigne.