Me Dhillon ne porte pas de turban.
Me Dhillon ne porte pas de turban.
«Quand ils apprennent que je suis sikh, les gens me posent beaucoup de questions.» Me Anju Dhillon, 34 ans, a en effet de quoi rendre curieux ses confrères: elle a été la première avocate sikh au Québec.

Si elle a vécu toute sa vie à LaSalle, ses parents sont arrivés vers 1970 du Penjab, en Inde. La grande partie de la communauté sikh au Québec sont des migrants de première génération, et voir une des leurs accéder au titre de «Maître» les a rendu plutôt fiers.

«Ils comptent sur moi pour faire connaître la communauté, explique l’avocate. Quand j’ai passé le Barreau en 2007, certains me téléphonaient ou venaient me voir au temple pour me féliciter.»

Elle exerce aujourd’hui à son compte, notamment en droit pénal et criminel et en droit familial. La plupart de sa clientèle est sikh; à LaSalle, la communauté compte près de 8 000 membres.

Comme elle parle pas moins de cinq langues (le punjabi, l’urdu et l’hindi en plus de l’anglais et du français), ses clients sikhs peuvent lui parler dans leur langue maternelle, et ils se sentent mieux compris. La plupart l’appellent «bhainji», qui signifie «soeur».

Ni turban, ni Charte

Me Dhillon réfute les clichés: non, elle ne porte pas de turban, et non, les hommes n’ont pas de problème à avoir une avocate femme. «Dans la religion sikh, la femme est l’égale de l’homme; notre dieu, on l’appelle père aussi bien que mère». Et toc.

Et alors qu’un de ses confrères arbore le turban - le deuxième avocat sikh de la province -, on lui a demandé son avis sur la Charte des valeurs. «C’est une perte de temps. Ça n’apporte rien sinon de la haine. Avec cette Charte, le Québec recule… Il y a d’autres priorités, comme l’hôpital ou l’état des autoroutes! Cette Charte est vraiment inutile.» La «bhainji» ne mâche pas ses mots.

L’avocate a aussi une autre passion que la loi: la politique. Précoce, elle commence à travailler avec le parti libéral à LaSalle à 13 ans.

«Il n’y a pas beaucoup de jeunes de cet âge intéressés par la politique, rit-elle. Mais j’étais révoltée par les attaques contre les droits humains, et je voulais aider les gens. C’est ça aussi qui m’a motivée à devenir avocate, à partir du secondaire.»

À 14 ans, elle entre à l’éxecutif de l’association libérale de LaSalle, puis devient vice-présidente pour les jeunes, jusque 25 ans: «C’était le fun de participer aux délégations et aux campagnes, j’aimais vraiment ça.»

Candidate pour Coderre

Me Anju Dhillon a été la première avocate sikh au Québec.
Me Anju Dhillon a été la première avocate sikh au Québec.
Elle décide d’avancer dans ses études en parallèle. «Avec la politique, on ne sait jamais… Je ne voulais pas mettre tous mes oeufs dans le même panier», confie Me Dhillon - grand bien lui en a pris. Elle complète donc un bac en sciences politiques à Concordia, puis un bac en droit à l’UdeM.

L’étudiante fait son stage de formation professionnelle au cabinet de Me Charles B. Côté, en droit criminel, puis se met à son propre compte. Mais même aujourd’hui, elle trouve toujours du temps pour l’association libérale de LaSalle, dont elle est secrétaire.

Comme tout le monde la connaît dans l’arrondissement, l’équipe Coderre vient lui proposer d’être candidate sous sa bannière pour les municipales. Me Dhillon accepte sans hésiter. «Après les affaires dont on avait entendu parler pendant l’année, je voulais aider à lutter contre la corruption.»

En plus de la préparation des élections, l’avocate continue à gérer des dossiers et doit aller à la Cour. «La campagne a été vraiment difficile. Certaines nuits, je dormais pendant quatre heures seulement», raconte-t-elle.

«Les deux derniers mois sont passés tellement vite! Tous les jours, c’était du porte-à-porte, des réunions, etc… Ma famille a travaillé très fort derrière moi. J’avais déjà fait des campagnes comme aide bénévole, mais comme candidate c’est autre chose! La pression est dingue…»

«Un avocat n’aide qu’un client à la fois»

Si elle n’a finalement pas été élue, elle ne se décourage pas pour autant, et veut continuer dans cette voie. «J’ai vraiment aimé rencontrer tous ces gens, gentils, intéressants, souvent déçus par la politique… J’ai aimé parler et échanger. Et avec l’équipe, on était comme une famille.»

En attendant, elle suit des cours de common law à l’Université de Sherbrooke, et après son diplôme, qu’elle devrait si tout va bien recevoir l’été prochain, elle souhaiterait commencer une maîtrise.

Dans les couloirs de l’université, les gens s’intéressent à sa religion, son statut, lui posent des questions: «Ils me demandent des détails sur le sikhisme. Et ils me disent aussi souvent: “J’aime ça moi la bouffe indienne!”».

Sa prochaine étape: devenir députée fédérale, lors des élections de 2015. «Comme député on peut aider plus de gens, on peut régler des problèmes de collectivité et ainsi toucher plus de monde. Comme avocat, on n’aide qu’un client à la fois...», explique Me Dhillon.