Membre du Barreau du Québec depuis 1992, Me Mark Hounsell a débuté sa carrière en pratique privée. Cinq ans plus tard, il s'est tourné vers l'entreprise et a intégré Bell Canada International en qualité de conseiller juridique.

Âgé de 44 ans, il occupe désormais les fonctions de chef des affaires juridiques et secrétaire de la compagnie publique Aimia qui regroupe notamment la marque Aéroplan- compagnie qu’il a rejoint en 2006.

La multinationale, qui compte 4300 employés répartis sur 32 bureaux dans 20 pays, est un leader mondial dans la conception, le déploiement et la gestion de programmes de fidélisation des clients des entreprises.

Pourquoi avez-vous choisi de pratiquer en entreprise ?

Me Mark Hounsell est le premier avocat d'Aéroplan qui a créé le département juridique et participé à la croissance de la compagnie
Me Mark Hounsell est le premier avocat d'Aéroplan qui a créé le département juridique et participé à la croissance de la compagnie
J’ai commencé en pratique privée chez De Grandpré Chait en litige. J'ai compris assez vite dans ma carrière que le litige ne m'intéressait pas. J’ai donc rejoint le cabinet Desjardins Ducharme où j’ai exercé en droit corporatif, commercial et valeurs mobilières. Je m’interrogeais sur l’association alors que je n'avais pas été impliqué dans la gestion du cabinet et j’avais l’impression de ne pas y être attaché alors que je cherchais ce sentiment d’appartenance.

J'ai alors reçu un appel de Bell Canada International, société privée qui souhaitait bâtir une équipe juridique et devenir publique. C’était une opportunité intéressante pour un jeune avocat de travailler en fusions et acquisitions dans un contexte international. J’y ai évolué jusqu’au poste de vice-président, chef du service juridique et secrétaire alors que j’avais un peu plus de 30 ans. J’ai bien aimé le défi de travailler avec la haute direction et le conseil d’administration.

Mon évolution dans l’entreprise a été une combinaison de chance liée à des départs de juristes, et de relations de confiance que j'ai bâties avec les membres de la haute direction. Il est important pour un jeune avocat d'avoir de la visibilité, en proposant notamment de participer aux grandes transactions.

Par la suite, Bell a voulu se départir de ses opérations internationales et se recentrer sur le Canada. En 2004, on m'a offert de diriger le département juridique du Québec pour le support aux services des entreprises du groupe Bell. J'ai ainsi quitté le transactionnel pour acquérir l'expérience nécessaire en commercial.



Pourquoi avoir ensuite intégré Aimia ?

Un chasseur de tête m’a contacté pour me proposer pour une position intéressante chez Aéroplan qui souhaitait créer des équipes de support financier, de communication, de service juridique indépendantes d’Air Canada. J'ai alors été le premier avocat, chef des affaires juridiques et secrétaire général d’Aéroplan. Je devais à la fois travailler sur l'opérationnel et bâtir une équipe juridique alors que j'arrivais d'une grande entreprise avec une équipe expérimentée. Mon gros défi a été de gérer la croissance de l'entreprise partant d’un seul domaine d’affaires, le programme Aéroplan, jusqu’à la multinationale Aimia avec l’acquisition de compagnies et la création de nouveaux programmes.

Comment est gérée la fonction juridique chez Aimia ?

En tant que membre du comité de direction, j'ai pu faire part dès le début de ma vision de la fonction juridique, laquelle est décentralisée. Chaque région, Canada, États-Unis, Europe, Asie, a sa propre équipe de direction avec les fonctions support rattachées, notamment le juridique, qui se rapportent au chef de la direction. Les conseillers juridiques font partie de comités opérationnels pour bien comprendre le business. Le département juridique compte 20 personnes dont 15 avocats, 8 d'entre eux sont au Canada et d’autres à Minneapolis, Singapour et Londres.

La structure d’un contrat est tellement importante dans le succès de notre activité qu’il est rare qu’une discussion avance sans nous. Il est essentiel pour moi que le service juridique ne soit pas un centre de coûts ni un obstacle. Nous nous attachons à expliquer pourquoi il faut faire autrement et nous suggérons des solutions en gérant le risque.

Quels sont vos responsabilités et vos défis au sein d’Aimia ?

Me Mark Hounsell doit s'assurer que la vision globale du service juridique est la même dans toutes les juridictions
Me Mark Hounsell doit s'assurer que la vision globale du service juridique est la même dans toutes les juridictions
Je dois m’assurer que la vision globale du service juridique est la même dans toutes les juridictions et que la prestation offerte est de qualité étant donné notre croissance internationale. J’ai la responsabilité du secrétariat, de la gouvernance et de la régie d’entreprise, ainsi que des relations gouvernementales. Je dois sensibiliser sur l’impact qu’ont les lois sur nos modèles d'affaires. Je m’occupe aussi de la protection de la vie privée et l’éthique au niveau mondial.

Il n'y a pas de journée typique, c'est ce qui rend l'emploi intéressant. Au départ, j'intervenais dans tous les dossiers. Aujourd’hui, je dois garantir une saine gestion des dossiers gérés par une excellente équipe. Je suis uniquement sur des dossiers impliquant un gros risque. Mon défi est de m'assurer par exemple que les juristes en Angleterre apprennent ce qui a été développé au Canada et vice versa.

Mon quotidien ressort moins de la gestion des équipes juridiques que la planification stratégique d'Aimia. Je contribue au futur et à la croissance de l'entreprise à laquelle j'appartiens !

Quelles sont les qualités requises pour être un bon juriste chez Aimia ?

Au-delà des bonnes connaissances juridiques acquises en pratique privée, c'est important de comprendre l'entreprise et son activité. Lorsque j'embauche un avocat, je veux savoir s’il a fait des recherches en ce sens et s’il est intéressé à l’aspect plus business de la pratique et à participer aux comités opérationnels.

Sur quels critères choisissez-vous vos cabinets d'avocats externes ?

Notre priorité est de traiter les dossiers en interne. On va à l’externe pour des litiges ou des questions pointues. Au Canada, nous avons deux gros bureaux privilégiés dont l’un intervient aussi pour la planification fiscale internationale, la conformité avec nos obligations de compagnie publique et pour ce qui a trait aux fusions-acquisitions. À l’international, nous traitons avec un cabinet principal par juridiction. Nous avons une ligne globale mais je n’impose pas un cabinet. L’expertise et la relation de confiance déterminent le choix.

Pour nous, la créativité est essentielle. Les cabinets doivent bien comprendre notre entreprise et nous les évaluons selon la plus-value qu'ils apportent au-delà du service juridique pur. Je veux bien payer plus pour un service avec une plus-value, mais pas trop pour un service de base. On tient compte aussi du respect des échéanciers et des coûts.

Le type de facturation est variable mais principalement à l'heure avec, pour 3 bureaux, une réduction du coût final compte tenu du volume de mandats. Les rabais négociés avec les deux gros cabinets au Canada s’appliquent aussi à l’international. Le forfait ne fonctionne pas bien. J'ai réduit les coûts non pas en changeant le type de facturation mais en diminuant le nombre de mandats confiés.

Quel avenir pour les conseillers juridiques ? Et les cabinets externes ?

Pour Me Mark Hounsell, la pratique interne nécessite de plus en plus de généralistes mais il faut également des spécialistes.
Pour Me Mark Hounsell, la pratique interne nécessite de plus en plus de généralistes mais il faut également des spécialistes.
En 20 ans, la profession de conseiller juridique en entreprise a beaucoup changé. Avant, intégrait l'entreprise l'avocat qui ne pouvait être associé ou qui souhaitait un rythme de travail plus gérable. Aujourd'hui, des anciens associés de grands cabinets intègrent un service juridique dans lequel la pratique est plus variée et de meilleure qualité. C’est désormais une place très intéressante pour un avocat.

La pratique interne nécessite de plus en plus de généralistes mais il faut également des spécialistes car si on fait appel à des cabinets externes c'est pour obtenir une expertise que l'on n'a pas en interne. Ainsi pour réduire les frais d'avocats, certaines entreprises engagent pour avoir une expertise à l'interne. En conséquence, les bureaux externes doivent changer leur modèle d'affaires pour mieux servir leurs clients afin qu’ils continuent à leur donner des mandats.

Avez-vous des projets professionnels ?

Je souhaite rester dans le juridique tout en développant mes activités en matière de relations gouvernementales et de protection de la vie privée qui sont nouvelles pour moi. Je dois donc continuer à apprendre dans ces domaines au sein de la compagnie où les défis ne manquent pas avec la croissance à l’international et au Canada.

Quelle est votre implication au sein de l'ACC ?

J’ai été en contact avec l’ACC chez Bell. Je suis devenu membre il y a environ 6 ans lorsque la division Québec a été créée. Mon introduction s’est faite via les «think tank» regroupant les chefs de service juridique. J’ai parlé à certaines conférences. Pour un coût raisonnable, l’ACC permet de développer un bon réseau, d’apprendre ce qui se passe dans les autres entreprises et d’avoir accès à de bons outils sur le web.