1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ?

Au secondaire et au cégep, j’étais surtout orienté vers le génie… probablement plus pour plaire à mon père ingénieur, qu’autre chose ! (rires). Or, plus j’étais plongé dans mes cours en sciences pures, et plus je réalisais que ce n’était pas pour moi. J’étais par ailleurs attiré par l’idée d’avoir une profession qui me permettrait d’interagir plus quotidiennement avec d’autres et d’assouvir ma curiosité intellectuelle. Ayant déjà un frère avocat, j’ai discuté avec lui et j’en ai conclu qu’il s’agissait d’un domaine taillé sur mesure pour moi !

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?

Me Robert Quesnel est vice-président, Services juridiques et affaires de l’entreprise pour Sanofi Canada
Me Robert Quesnel est vice-président, Services juridiques et affaires de l’entreprise pour Sanofi Canada
J’ai eu la chance, comme plusieurs autres occupant des postes semblables au mien, de travailler dans plusieurs dossiers d’envergure : j’ai dirigé des litiges d’importance pour lesquels des questions étaient débattues devant la Cour suprême du Canada, et travaillé sur des dossiers de transactions commerciales comportant des enjeux financiers substantiels et des questions complexes.

Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est la négociation du régime de protection de la propriété intellectuelle entre le Canada et l’Union Européenne dans le cadre de l’Accord économique et commercial global (AECG). C’est un accord de libre-échange que le Canada est à finaliser avec l’UE, et dans lequel un chapitre porte sur la propriété intellectuelle. J’ai été appelé à faire de nombreuses représentations devant l’UE, des membres du parlement de l’UE et des états membres de l’UE pour permettre une harmonisation du droit entre les deux états.

Dans mon travail et le domaine pharmaceutique en général, la protection de la propriété intellectuelle est très importante : il fallait donc pouvoir compter sur une protection semblable des deux côtés. Ce travail a occupé une grande partie de mes quatre dernières années de pratique. Une entente de principe a maintenant été signée, alors que l’entrée en vigueur de l’AECG lui-même pourra prendre encore facilement un an.

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit ?

Je crois qu’il faut essayer de trouver un moyen, surtout pour les jeunes qui débutent en pratique, d’établir un meilleur équilibre entre la vie professionnelle et familiale. La situation varie évidemment grandement selon qu’on pratique en solo, en grand cabinet ou en entreprise, maisdans l’ensemble, le problème est plus important qu’avant. Pourquoi ? Notamment en raison de la technologie et de ce monde de réponses instantanées dans lequel nous vivons, qui fait en sorte que les gens se sentent obligés de se rendre disponibles en tout temps.

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique ? Et pourquoi, à votre avis ?

Je répondrais d’abord en disant que la perception évolue en permanence et qu’elle peut changer assez rapidement en raison d’un événement soudain et largement médiatisé. Cela dit, je crois que la perception est de façon générale assez bonne. Il faut évidemment continuer à faire des efforts pour assurer la transparence, et le Barreau doit continuer à agir en ce sens. La démystification de la pratique et du système judiciaire ne peut qu’aider à rehausser l’image de la profession.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et ayant pour objectif de devenir vice-président des affaires juridiques ?

L’intégrité est la chose la plus importante de toutes. Outre cela, une des clés du succès est de savoir cerner un problème. J’ai trop souvent vu des gens vouloir tout, et tout de suite, et qui sautent à l’étape de la solution sans avoir bien compris l’enjeu en cause. Pourtant, une fois les éléments du problème bien compris, la solution devient souvent claire.

Il faut aussi savoir que « je ne sais pas » est une réponse tout à fait acceptable, et qu’elle n’équivaut pas à se démontrer incompétent. Il est beaucoup mieux d’admettre ne pas savoir que de répondre quelque chose qui n’est pas bien réfléchi. Il faut savoir résister à la pression de connaître toutes les réponses instantanément, sachant évidemment que la réflexion doit ensuite être poussée plus loin.

Enfin, la communication et la capacité à vulgariser les enjeux complexes, sans perdre de vue le cœur du problème ou du mandat, sont très importantes pour réussir.


En vrac…

Le dernier bon livre qu’il a lu : An Astronaut’s Guide to Life on Earth (auteur : Chris Hadfield )

Le dernier bon film qu’il a vu : The Grand Budapest Hotel (réalisateur : Wes Anderson)

On l’entend souvent dire : La vocation, c’est avoir pour métier sa passion !

Son péché mignon : N’importe quoi avec du chocolat !!!

Son restaurant préféré (même si ce n’est pas la porte à côté !) : Mama’s Fish House, à Hawaii.

Il aimerait visiter : la Chine d’il y a 30 ans, avant qu’elle ne soit touchée par le monde moderne et, à défaut, les Seychelles!

Le personnage historique qu’il admire le plus (et pourquoi?) : Napoléon, père du Code civil.

S’il n’était pas avocat, il serait…bien malheureux !!!

Depuis 2007, Me Robert Quesnel occupe le poste de vice-président, Services juridiques et affaires de l’entreprise pour Sanofi Canada, un des leaders mondiaux dans le domaine des soins de la santé qui recherche, développe et commercialise des solutions thérapeutiques centrées sur les besoins des patients. Dans le cadre de son travail, les responsabilités juridiques de Me Quesnel portent sur l’ensemble des activités d’entreprise, notamment les litiges en matière de propriété intellectuelle ainsi que les enjeux politico-gouvernementaux qui s’y rattachent.

Depuis les quatre dernières années, Me Quesnel a été un intervenant très actif dans la négociation du régime de protection de la propriété intellectuelle de l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne.

Avant de se joindre à Sanofi, Me Quesnel a travaillé comme conseiller juridique chez Merck Canada, ainsi que comme avocat en pratique privée pour un cabinet montréalais de haute renommée. En 2005-2006, Me Quesnel était lauréat du prix Canada’s Top 40 under 40 dans la catégorie Conseillers juridiques d’entreprise. En 2014, Me Quesnel a été finaliste pour le prix Chef des Affaires Juridique de l’Année aux Prix ZSA des conseillers juridiques du Québec.

Orateur invité à diverses conférences de nature juridique, il a prononcé plusieurs communications sur la propriété intellectuelle, les recours collectifs, le droit commercial et sur les pratiques de gestion des conseillers juridiques d’entreprise.