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1. Pourquoi avez-vous, à l’origine, décidé d’être avocat plutôt que de choisir un autre métier ou une autre profession ?

Je fais partie de ceux qui ont toujours voulu être avocat. Même si je ne comptais aucun avocat, juge ou notaire dans la famille, c’est ce que j’ai toujours voulu devenir. Mes parents me racontent encore d’ailleurs, à ce sujet, les mêmes anecdotes ! Quand je regardais les films pour enfants et que personne n’avait foi dans le discours d’un personnage qui demeurait incompris jusqu’à ce que la catastrophe qu’il avait annoncé ne survienne, je leur demandais : ‘mais pourquoi ne l’a-t-on pas cru!’, ‘c’est injuste ! ’, et ainsi de suite.

J’ai toujours été extrêmement choqué par l’injustice : je m’enrage d’ailleurs encore tous les jours en lisant mon journal et en me disant qu’il faut absolument faire quelque chose ! Je fais aussi partie de ces cas typiques qui sont curieux et aiment beaucoup discuter, argumenter et apprendre, ce qui va de pair avec le droit.

2. Quel est le plus grand défi professionnel auquel vous avez fait face au cours de votre carrière ?

Me Pascal Paradis, l’un des fondateurs d’Avocats sans frontières Canada
Me Pascal Paradis, l’un des fondateurs d’Avocats sans frontières Canada
Mon plus grand défi a été de participer à l’organisation Avocats sans frontières Canada pour en faire que ce que l’organisation est devenue aujourd’hui. En 2004, alors que j’étais associé en équité chez McCarthy Tétrault, j’ai décidé de tout laisser de côté. Même si j’avais jusque là beaucoup aimé mon expérience, je voulais faire autre chose de ma vie : j’avais d’autres rêves à réaliser. Le jour où j’ai quitté, ça a donc été pour ‘rentrer chez moi’, dans le but de me consacrer à des causes bénévoles à temps plein.

En quelques jours, Avocats sans frontières, que j’avais fondé avec Pierre Brun et Dominique-Anne Roy, est devenu mon bénévolat à temps plein. C’était une organisation qui reposait à l’époque entièrement sur le bénévolat : nous avions quelques dollars dans un compte, sans plus. Nous n’avions ni crayon, ni ordinateur ni feuille de papier, et dépendions des ressources généreusement mises à notre disposition par certains cabinets, dont Grondin Poudrier Bernier et McCarthy Tétrault. Dès que nous amassions 5000$, nous planifiions une action dans l’un des pays où nous étions impliqués.

Le défi était de mettre sur pied, un peu de la même façon qu’on le fait pour une entreprise, une organisation, une structure qui nous permettrait d’avoir des projets mieux intégrés, qui dureraient plus longtemps et qui auraient un impact plus important.

Avoir été l’une des chevilles ouvrières de l’organisation d’ASF a été tout un défi. Nous comptons aujourd’hui entre 12 et 15 employés à temps plein à Québec, et 35 personnes en tenant compte de nos bureaux à l’étranger. Nous assurons la gestion de 200 bénévoles, d’une trentaine de coopérants internationaux et des budgets de plusieurs millions de dollars par an. Le travail implique la gestion des médias, les ressources humaines, le financement, la prise en considération de règles différentes dans chaque pays d’intervention, des mandats complexes avec des défis non seulement juridiques mais aussi de sécurité, etc.

3. Si vous aviez une baguette magique, que changeriez-vous à la pratique du droit ?

Je crois fondamentalement au rôle social de l’avocat, qui est un officier de justice. Le droit étant l’infrastructure de notre tissu social, je crois qu’il est essentiel de prendre conscience et d’insister sur l’importance du rôle que peut avoir l’avocat en société.

Nos décisions peuvent évidemment être guidées par l’intérêt de nos clients et notre code d’éthique, mais aussi par le fait que nous agissons à titre d’officiers de justice. L’avocat de litige qui épuise la partie adverse de procédures, même si elles sont légales, accomplit-il son devoir de contribuer à faire de notre société une société plus juste ? De la même façon, qu’en est-il de l’avocat qui, par des moyens pourtant légaux, facilite la dissimulation de certains fonds d’une société cliente ?

Il est pour moi primordial de faire en sorte qu’une plus grande partie des membres du Barreau soit sensibilisée au rôle de l’avocat. Ceci dit, nombreux sont ceux qui, malgré les heures et leur charge de travail importante, nous ouvrent leurs portes et nous offrent de l’aide. Il n’empêche que cette générosité pourrait être plus étendue dans la profession. Est-ce à dire que cette prise de conscience du rôle de l’avocat dans la société devrait faire partie de la formation de base de tout avocat ? Peut-être !

4. La perception du public envers la profession et les avocats en général est-elle plus positive, égale ou moins positive qu’elle ne l’était lors de vos débuts en pratique ? Et pourquoi, à votre avis ?

Je pense que la perception est meilleure qu’elle ne l’était lorsque j’ai débuté en 1994. La profession, très sérieuse et plus mystérieuse à l’époque, est maintenant plus présente sur la place publique et s’est démystifiée de façon significative. Je crois d’ailleurs que le Barreau a joué un rôle très positif en ce sens en formant les gens, en commentant l’activité législative, en menant des enquêtes par le biais du syndic lorsque nécessaire, etc.

Naviguant moi-même dans le milieu communautaire, je constate que rares sont les organisations qui ne comptent pas un avocat sur leur conseil d’administration. Je crois que cela démontre en quoi, aujourd’hui encore plus qu’avant, peu de gens ne comprennent pas à quel point l’avocat peut avoir un rôle positif. Accessoirement, le fait que d’autres professions aient ces dernières années perdu un peu de leur lustre a probablement contribué à redresser, par comparaison, la perception des choses vis-à-vis des avocats.

5. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un débutant sa carrière et voulant gagner sa vie à aider son prochain, comme chez Avocats sans frontières par exemple ?

S’il est vrai qu’il y a peu d’emplois dans ce domaine, certains atouts aident à s’y tailler une place. D’abord, ce qui nous distingue à l’international est notre formation de base. Il nous arrive parfois, lorsqu’on envoie des avocats travailler avec des avocats étrangers très sophistiqués et d’expérience sur des dossiers relatifs à, par exemple, des cas de massacre ou de torture devant les comités de l’ONU, de nous demander quel est notre apport, surtout lorsque les gens qui s’y rendent sont des avocats qui pratiquent depuis peu. La réponse ? Une très forte formation méthodologique, une capacité à considérer la position de la partie opposée, à élaborer la théorie de la cause, à préparer les témoins, à faire preuve d’éthique, etc.

Également, les langues permettent d’aider à se démarquer. En connaître plusieurs facilite l’ouverture sur le monde. Enfin, il faut savoir ce que l’on veut faire. Vouloir ‘travailler dans l’international’ n’est pas suffisant ! Il faut découvrir sa véritable passion et l’engagement, parce qu’il va sans dire que ce n’est pas un emploi qui est tous les jours facile, à voyager fréquemment et à encourir parfois bien des risques.

Les deux derniers bons livres, fort différents l’un de l’autre, qu’il a lus – Paul dans le Nord du bédéiste Michel Rabagliati et… 1000 coups de fouet, parce que j’ai osé parler librement de Raïf Badawi.

Le dernier bon film qu’il a vu – le dessin animé Sens dessus dessous (réalisateurs : Pete Docter et Ronaldo Del Carmen).

Sa chanson fétiche – Norwegian Wood (Beatles), qu’il chante souvent à ses enfants.

Les expressions qu’on lui connaît! : « Rien n’arrive pour rien », « Chaque problème est une opportunité », « On se calme le pompon! » et « Je peux être convaincu ».

Ses péchés mignons – Le film Love Actually, qu’il écoute chaque Noël, et Joe Dassin, sous toutes ses facettes!

Son resto préféré? Pas vraiment, comme il préfère nettement les bonnes bouffes entre amis à la maison.

Les pays qu’il aimerait visiter : La Chine, l’Inde et la Russie.

Le personnage historique qu’il admire le plus: Nelson Mandela, une figure emblématique lorsqu’on travaille dans des zones post-conflit et dans des processus de justice visant la réconciliation.

S'il n'était pas avocat, il serait…comédien!

Me Pascal Paradis est l’un des trois membres fondateurs d’Avocats sans frontières Canada (ASFC). D’abord bénévole et membre du comité exécutif de 2002 à 2004, il agit comme directeur général de l'organisation depuis 2005.

Il a géré ou participé à plusieurs projets de coopération internationale en matière d’accès à la justice et de droits humains dans de nombreux pays, notamment en Amérique latine, dans les Caraïbes et en Afrique. Il a développé une expertise dans les projets de justice de première ligne qui contribuent au respect et à la mise en œuvre des droits fondamentaux des personnes en situation de vulnérabilité. Cette mission se réalise notamment par le renforcement des capacités et de l’indépendance des intervenants de la justice, par la lutte contre l’impunité grâce au litige stratégique de cas emblématiques de violations graves des droits humains et par des services d’aide juridique et d’assistance judiciaire de proximité.

Avant de se consacrer à temps complet à ASFC, Me Paradis a pratiqué le litige civil et commercial de 1994 à 1999 chez Pothier Delisle, puis le droit international des affaires de 1999 à 2004 chez McCarthy Tétrault où il a été nommé associé en décembre 2001. Il a œuvré dans plusieurs pays en matière de financement de projets, de privatisations, de projets d’infrastructure et de contrats internationaux. Entre 1994 et 2001, il a aussi enseigné les techniques de rédaction et de plaidoirie à la Faculté de droit de l’Université Laval comme assistant de cours. En 1997, le gouvernement du Canada l’a nommé membre du Comité consultatif sur les différends commerciaux internationaux privés créé par l’article 2022 de l’Accord de libre-échange nord-américain, fonction qu’il a occupée jusqu’en 2010.

Diplômé de la Faculté de droit de l’Université Laval en 1993, Me Paradis a été reçu au Barreau du Québec en 1994. En 1996, il a obtenu une maîtrise en droit international de la London School of Economics and Political Science avec mention méritoire. En 2006, il a participé comme boursier au Cours de droit international de l’Organisation des États américains (OEA) à Rio de Janeiro au Brésil.

Me Paradis a présidé ou prononcé plusieurs conférences en français, en anglais et en espagnol au Québec, aux États-Unis, en Amérique latine et en Afrique sur l’accès à la justice, le droit international, les droits humains, l’arbitrage international et l’investissement à l’étranger.

Entre autres distinctions, Me Paradis a été nommé deux années consécutives (2014 et 2015) l’un des 25 avocats les plus influents au Canada à la suite d’un vote populaire organisé par la revue Canadian Lawyer, est récipiendaire de la Médaille du Barreau de Québec en 2015, est Lauréat « Société » 2014 du journal Le Soleil et de Radio-Canada (Québec) après avoir été nommé personnalité de la semaine le 17 août de la même année, est avocat émérite et nommé Mérite du Barreau du Québec en 2013, est gagnant du prix Jeune leader sans frontières du Québec remis par la Jeune chambre de commerce de Montréal lors du Gala ARISTA 2008, et a reçu en 2006 le prix Justitia remis par la Faculté de droit de l’Université Laval.