Sophie Audet est coach d'affaires
Sophie Audet est coach d'affaires
Une jeune avocate interroge son coach sur ce que constitue le leadership et sur la façon de le développer.

Amélie est une jeune avocate qui pratique le droit commercial au sein du contentieux d’une entreprise montréalaise.

Sophie Audet, coach professionnelle, l'assiste dans le développement de son leadership et répond aux questions qu’elle se pose quand elle est mise en difficulté dans le cadre de situations professionnelles.

A: Coach
De: Amélie
Sujet : Je tourne en rond
Date: 3 novembre 2016 – 9 : 32

Allo Coach,

J’espère que tu vas bien.

De mon côté, j’ai eu à composer avec beaucoup de changements depuis notre dernier échange où je t’annonçais que mon entreprise avait été acquise par un géant technologique.

Depuis le départ de mon président, les décisions ne se prennent plus à Montréal. Mon travail est maintenant scruté à la loupe par les nouveaux hauts dirigeants et par mon nouveau patron. Pour vrai, je pense que j’avais plus de latitude même pendant ma collaboration avec Godzilla

Je passe par un processus d’inquisition à chaque fois que je prends une initiative ou que je fais une recommandation. Par ailleurs, on me laisse dans le noir quant à la direction à prendre...

Tu comprendras que c’est très démotivant.

Pourtant, je suis en dilemme quant à savoir si je veux partir ou rester. D’un côté, je ne pourrai jamais me sentir bien dans le contexte ci-dessus. D’un autre côté, j’ai du mal à laisser aller tous les efforts que j’ai investis et à faire le deuil d’un travail qui me plaît énormément.

J’ai même fait la liste des pour ou contre. Cela ne m’éclaire pas davantage.

J’avais également eu ce genre de rumination lorsque j’ai quitté la pratique privée. Je n’ai pas envie de mariner là-dedans aussi longtemps…Ce dont j’aurais besoin aujourd’hui, ce sont des trucs pour arrêter de tourner en rond dans ma réflexion. Comment voir plus clair dans ce genre de dilemme?

Comment se libérer des réflexions circulaires lors d’un dilemme de carrière?

Ciao et merci d’avance!

Amélie

A : Amélie
De : Coach
Sujet : Communications aliénantes
Date: 3 novembre 2016 – 18 : 33

Bonjour Amélie,

Voici quelques pistes pour t’aider dans ta réflexion :

Cesser de se perdre dans les dilemmes de carrière

Est ce que nous devons partir ou rester ? Démarrer notre entreprise ou être un salarié ? Accepter une promotion ou la refuser ? Favoriser la carrière ou la famille ? Travailler dans un petit cabinet ou un grand ? Travailler en contentieux ou en cabinet ? Appliquer en droit ou en sciences politiques ?

Cette manière de nous interroger nous empêche d’appréhender globalement une situation. Coincée entre deux éléments, la prise de décision patine et risque d’être bloquée longtemps.

Nombreux sont ceux d’entre nous qui nous torturons l’esprit avec des questionnements binaires. Or, ils sont particulièrement inadéquats quand il s’agit de décider de la voie que nous voulons choisir. 1 Sans l’objectif en vue, ces interrogations ne peuvent aboutir à des choix. Les avis recueillis à droite et à gauche sont généralement contradictoires et nous plongent davantage dans la confusion.

Marshall Rosenberg 2 explique que ce type de logique binaire nous incite à avoir des communications qui sont aliénantes tant pour nous-mêmes que pour les autres.

Comment aborder nos dilemmes ?

Plutôt que d’essayer de trouver des réponses à de telles questions, la meilleure stratégie est de changer carrément nos questions.

À titre d’exemple, la question « Dois-je partir ou rester ? » sera substituée par une question nous permettant d’identifier ce qui est vraiment important pour nous par rapport à notre travail.

Nous recentrer sur nos besoins et nos objectifs permettra d’avoir accès à la créativité qui est nécessaire pour ce genre de réflexion. Ceci nous permettra d’appréhender la globalité des options qui s’offrent à nous. Nous pourrons alors arrêter de tourner en rond.

« Oui, mais … »

Un autre exemple de communication aliénante dont nous avons intérêt à nous méfier est cette habitude de s’exprimer en « oui, mais …». « Oui, le travail que tu as fait était excellent, mais … » « Oui, je pourrais accepter ce nouvel emploi, mais .... »

Avec un peu de présence à nous-mêmes, nous pourrons vite nous apercevoir que nous focalisons alors notre attention sur la deuxième proposition, en faisant complètement abstraction de tout le potentiel de la première. Ceci a comme effet inévitable de nous faire sentir sans inspiration, limités et impuissants. Je t’invite à faire le test pour pouvoir l’observer par toi-même.

Comment remédier à cela? Tout simplement en remplaçant le « mais » par un « et ». « Oui, le travail que tu as fait était excellent, et... » « oui, je pourrais accepter ce nouvel emploi, et …»

Ce changement de langage est centré sur les ressources et le futur. Il nourrit le présent et nous invite à le faire évoluer en fonction du but à atteindre.3 Ceci permet de nous sentir inspirés, créatifs et favorise à mise en action.

Plusieurs experts utilisent d’ailleurs cette technique pour faire du brainstorming, de l’improvisation et de la création. 4 Je t’invite également à faire le test pour pouvoir l’observer par toi-même.

Se débarrasser des « Il faut que » et « je dois »

Les expressions « il faut que » ou « je dois » sont un autre exemple de communication aliénante. Les avocats et autres professionnels en sont les rois.

Le choix des mots que nous employons n’est pas le fruit du hasard: nous les utilisons par opposition aux autres, parce qu’ils nous semblent appropriés… et moins consciemment parce qu’ils reflètent notre perception du monde.

Or, les expressions d’obligation voilent la responsabilité que nous avons pour nos actes.5 Par ailleurs, l’excès de ces expressions révèle un monde de contraintes imposées à soi-même… et aux autres.

Comment s’en libérer ?

L’observation de nos propres tics de langage est un moyen puissant de le faire. C’est une façon facile de mieux nous connaître et de revisiter nos comportements. De façon concrète, il peut être très puissant de noter les exemples où nous utilisons l’expression « il faut » ou « je dois » et de faire l’exercice suivant :

1 ) Reformuler la phrase en utilisant l’expression « je veux ».
2 ) S’agit-il réellement de ce que nous voulons ou d’une contrainte ?
3 ) S’il s’agit d’une contrainte, que se passerait-il sans cette contrainte ?
4 ) Qu’est-ce qui nous pousse à agir/penser/parler de la sorte?
5) Qu’est-ce qui nous pousse à subir cette contrainte?
6) Qu’allons nous faire de cette contrainte?

Remettre en question les « il faut » et « je dois » qui teintent nos discours nous permet de réapprendre à faire de vrais choix.

Au final, on a toujours le choix, y compris celui de se débarrasser d’une contrainte.

« Plus les gens sont formés à adopter des jugement moralisateurs qui mettent l’accent sur les fautes et les torts, plus il sont conditionnés à se tourner vers ce qui se passe en dehors d’eux-mêmes, c’est à dire vers des autorités extérieures, pour trouver ce qui est bien ou mal, bon ou mauvais. Lorsque nous sommes reliés à nos sentiments et nos besoins, nous, les être humains, nous ne constituons plus des sujets dociles et soumis ». Marshall Rosenberg

Ton coach

A : Coach
De : Amélie
Sujet : Merci !
Date: 4 novembre– 9 :16

Allo Coach,

Wow. Merci pour ce feed-back pratique méga inspirant.

Je n’en reviens pas à quel point mes communications sont limitatives. Ce qui me fait de la peine, c’est que cela a un effet non seulement pour moi mais pour les autres…

J’ai déjà commencé à effectuer les exercices ci-dessus. J’ai hâte d’en discuter!

Merci encore!

Amélie

Un coach professionnel est une personne bien placée pour vous aider à développer votre leadership personnel. Pour plus d’information, Consulter mon site web à www.sophieaudet.ca. Suivez moi sur Facebook.

1 Pour plus de détails, voir « Du désir ou plaisir de changer » de Françoise Kourisky. Cette dernière est Docteur en psychologie et a développé une approche qui renouvelle radicalement la communication managériale, la conduite du changement la négociation et la gestion de conflits
2 Psychologue américain, il est le créateur d’un processus intitulé « La communication non violente » et auteur de nombreux livres dont « Les mots sont des fenêtres (ou des murs) »
3 Pour une description plus complète de cette démarche dite « systémique », voir la note 1
4 Voir à cet égard ce lien
5 Voir note 2