Me Karl Tabbakh, associé directeur pour le Québec chez McCarthy
Me Karl Tabbakh, associé directeur pour le Québec chez McCarthy
L’année 2018 ne sera pas de tout repos pour les avocats, qui devront vivre avec la pression tant des clients que des juges, afin qu’ils améliorent leur efficacité, comme on l’a vu hier sur Droit-inc.

La nouvelle année posera aussi des défis à la pratique même des cabinets, notamment la facturation. Mais elle sera bonne pour les cabinets qui exercent dans certains secteurs, notamment le droit des affaires.

Quand l’économie va tout va

« En droit minier, on voit une reprise, et le niveau exceptionnel de l'activité en fusions et acquisitions devrait se poursuivre », selon Me Karl Tabbakh, associé directeur pour le Québec chez McCarthy.

Il y voit le signal que les ressources naturelles et le transactionnel se porteront bien cette année. Sans compter que les indicateurs économiques sont au beau fixe, tandis que les entreprises ont beaucoup de capital disponible pour faire des transactions, ajoute-t-il.

Me Chris Karambatsos, du cabinet éponyme
Me Chris Karambatsos, du cabinet éponyme
Et cet enthousiasme n'affecte pas que la grande entreprise, soutient pour sa part Me Chris Karambatsos, du cabinet éponyme, spécialisé dans la moyenne entreprise et les entrepreneurs. « Il a convergence d'activité : les taux d'intérêt sont bons, ce qui alimente le prêt commercial, les investisseurs sont plus enclins à prendre des participations dans le capital, et tout cela augure bien pour les transactions commerciales », observe l’avocat.

Mais il y a plus : les entrepreneurs du baby-boom cherchent à vendre, et ce alors qu'il y de plus en plus de soutien pour l'entrepreneuriat. « Sans compter que les actifs montréalais comme nos quatre universités, le bilinguisme, l'ambiance, etc. », rendent le climat attrayant pour de nouveaux joueurs, ajoute Me Karambatsos.

Par ailleurs, « le taux d'occupation en droit des affaires est en hausse importante depuis les trois derniers mois », poursuit Louis Ste-Marie, associé directeur chez Cain Lamarre pour les régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches.

Pénurie de main-d’oeuvre

Dans son domaine de pratique en particulier, le droit du travail, Me Ste-Marie s'attend à une affluence. « La pénurie de main-d'oeuvre touche tous les secteurs; ce qu'on voyait confiné à l'agroalimentaire, avant, se généralise maintenant à d'autres secteurs : la distribution, la restauration... On va chercher des employés en Océanie, en Afrique... »

Cela implique que l'avenir proche sera ponctué de nombreuses situations pour adapter le droit de l'immigration, les accords de mobilité de la main-d'oeuvre... Sans parler « des problèmes de discrimination », qui surgissent lorsque la main-d'oeuvre étrangère est présente.

Enfin, plusieurs municipalités s'apprêtent à rouvrir leurs conventions collectives, dont plusieurs arrivent à échéance à la fin de 2018, ce qui augure beaucoup d'action sur ce front dans les prochains mois.

Modes alternatifs de facturation

Au-delà des grandes vagues affectant plusieurs domaines du droit, c'est la pratique des cabinets qui risque d'être le plus bouleversée dans l'année qui vient.

D'abord, au chapitre de la facturation.

« Les clients insistent de plus en plus pour qu'on leur présente des offres de services pour écarter les taux horaires; on veut de plus en plus contrôler les coûts », observe Louis Ste-Marie, qui dit avoir fait cet exercice pour l'essentiel de ses soumissions des derniers mois. Une exigence tellement fréquente que les cabinets n'ont plus le choix: « Et ça va même devenir un avantage concurrentiel pour les cabinets qui répondent à cette demande. »

Karl Tabbakh abonde dans le même sens : « On va continuer de voir une croissance des modes alternatifs de facturation; les clients veulent une prévisibilité accrue des frais juridiques », dit-il.

Les clients voulant de plus en plus contrôler leurs coûts, les heures facturables semblent être LA variable qui va changer drastiquement en 2018.

Davantage de concurrence

Gérard Mounier, conseiller stratégique chez Lavery
Gérard Mounier, conseiller stratégique chez Lavery
Mais ce n'est pas la seule : la concurrence à laquelle font face les avocats s'accentue davantage chaque jour. « Les professionnels comme les comptables, les conseillers financiers et les consultants diversifient de plus en plus leur offre », remarque Gérard Mounier, conseiller spécial chez Lavery.

Le spécialiste du financement des infrastructures constate que de plus en plus de firmes offrent des services en dehors de leur pratique traditionnelle, « comme certains cabinets comptables qui ont leur propre service juridique », et viennent ainsi jouer dans les plates-bandes des avocats.

Comme corollaire de cette tendance, l'élargissement du rôle des avocats. « Il ne faut plus seulement prouver qu'on a une expertise juridique, mais également une connaissance technique des enjeux » auxquels sont confrontés les clients des cabinets, poursuit Gérard Mounier.

Par exemple, il ne s'agit plus de négocier un contrat, mais d'y inclure les meilleures garanties par rapport à ce qui se fait ailleurs dans l'industrie.