Virginie Delalande (Chrysalide Productions/Elephant
Virginie Delalande (Chrysalide Productions/Elephant
L’ex-avocate Virginie Delalande, mère de deux enfants, est l’héroïne d’un documentaire diffusé ce mois-ci en France par la chaîne Arte, et intitulé : L’Éloquence des sourds.

Au départ, elle a refusé ce projet de film. Si elle a finalement accepté d’y participer, c’est parce qu’elle a estimé qu’il pouvait « offrir une lucarne à des gens qui traversent des moments difficile ».

D’ailleurs, la juriste a maintenant décidé de lâcher la toge pour devenir coach et aider elle-même les personnes en situation de handicap.

«Toute ma vie, j’ai fonctionné par rêves. Quand j’avais un but, j’essayais de surnager et de trouver des solutions. Le résultat ne me tombait pas du ciel, mais j’y parvenais», raconte-t-elle à Télérama.

Durant ses études en droit, explique-t-elle, elle a commencé par recopier les cours de ses voisins… « Je supportais mal de dépendre des autres sans contrepartie. J’avais besoin de rendre, sous une forme ou une autre, ce qu’on me donnait. J’offrais des verres, j’invitais des gens à la maison… Et finalement, je suis devenue avocate. »


Le regard des autres

Virginie Delalande porte un appareil auditif, lit sur les lèvres et parle la langue des signes (LSF), qu’elle a appris à 18 ans alors même qu’elle était capable de communiquer verbalement.

Elle souhaite désormais faire tomber les clichés associés aux personnes sourdes.

«On a tendance à imaginer que parce que la personne est sourde n’a pas compris ce que vous avez dit, qu’elle est un peu débile, alors que ça n’a absolument rien à voir. En fait, c’est juste la phrase qui n’a pas été comprise, donc la réponse qui n’est pas appropriée», raconte-t-elle dans une vidéo.

Virginie Delalande et ses deux enfants
Virginie Delalande et ses deux enfants
Elle évoque également avec Télérama le ­regard des autres.

«On vous identifie immédiatement comme sourd, alors que le reste du temps, la surdité est un handicap invisible. Mais rencontrer d’autres personnes sourdes et entrer dans leur monde m’a rendue plus authentique. »

Il y a même des personnes qui ne vont pas faire d’efforts, raconte-t-elle, ou la mettre dans un contexte qui n’est pas adapté à sa compréhension. «Donc là oui je me sens handicapée.»


Le monde de la surdité

Selon elle, il existe une vraie diversité dans le monde de la surdité.

«Mes parents ont choisi de me donner une éducation oraliste basée sur la lecture labiale. Mais je souhaitais aussi aller vers les sourds signant, explique-t-elle au journal. La LSF est difficile, il y a beaucoup de vocabulaire à acquérir. Il faut aussi assumer l’hyper expressivité de ce langage où vous parlez avec les mains, le visage et le corps. »

Elle rappelle au passage que la seule chose qui ne fonctionne pas quand on est sourd, c’est l’oreille… «Donc, on peut tout à fait utiliser ses cordes vocales. Après la problématique, c’est le lien entre l’audition et la reproduction du son que l’on va entendre.»


Un quotidien difficile

La vie des personnes sourdes demeure encore difficile, déplore-t-elle.

Il faut donner la possibilité à des personnes en situation de handicap d’avoir accès à une éducation de qualité, au même titre que les autres citoyens, estime-t-elle. « L’autre urgence, c’est de permettre un accès facile et gratuit à tout ce qui relève de l’« adaptation ».

Heureusement, l’arrivée d’Internet a changé beaucoup de choses pour la communauté des sourds. Une vraie « libération », dit-elle.

«Internet nous a permis d’avoir une interaction avec les autres beaucoup plus importante. Plus largement, ce retour à l’écrit nous a servi à comprendre votre façon à vous, entendants, de vous exprimer, et ainsi à améliorer notre expression, tout en accédant à plus de connaissances.»

Avec ses proches, elle utilise par ailleurs diverses technologies bien utiles, par exemple l’application de visioconférence FaceTime ­qui lui permet de lire sur les lèvres ou encore le service de transcription immédiate de la parole, Tadeo.


Le mot de la fin

Aujourd’hui, Virginie Delalande n’a qu’un seul message aux entendants : ne pas avoir peur de la différence.

« C’est vraiment quelque chose qui enrichit. Vous allez apprendre énormément sur l’autre, mais beaucoup sur vous-même.»

Et dernière chose : le handicap n’est absolument pas contagieux « donc vous ne l’attrapperez pas...», conclut-elle non sans humour.