Monika Schaefer nie l’Holocauste au Canada
Monika Schaefer nie l’Holocauste au Canada
Elle a été candidate pour les Verts en Alberta. Elle se décrit comme une militante pour la justice sociale.

Mais Monika Schaefer est convaincue que l’Holocauste est une invention, un « mensonge »issu du « complot juif ».

Dans des vidéos diffusés sur la chaîne YouTube, Monika Schaefer égrène ses arguments contre la réalité de l’Holocauste. La fille d’immigrants allemands née au pays raconte comment la découverte de la « supercherie » de l’holocauste lui a été salvatrice et l’a aidée à se débarrasser de la culpabilité ressentie dans son pays d’origine.

Elle veut mettre les pendules à l’heure « par amour ».

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Prisonnière politique ?

Puis, alors qu’elle visite de la parenté en Allemagne plus tôt cette année, elle est arrêtée et inculpée en vertu de la notion criminelle allemande du Volksverhetzung, soit un comportement séditieux d’incitation à la haine.

Mais voilà, le négationnisme n’est pas contraire à la loi canadienne, d’où la sortie de l’Association des libertés civiles de l’Ontario, qui estime que Monika Schaefer est une prisonnière politique.

Ainsi, les propos négationnistes tenus au Canada ne sont pas criminalisés ici. Et ce, même s’ils violent le droit criminel allemand.

L’Association des libertés civiles en appelle donc à Ottawa pour qu’on soutienne Monika Schaefer.

Dans le National, le magazine de l’Association canadienne du barreau (ABC), le prof de droit à l’Université de Windsor et spécialiste des questions constitutionnelles, Richard Moon, estime que la situation est plus nuancée.

« On fait fausse route en assumant que l’absence d’une loi qui interdit la négation de l’Holocauste signifie que nous n’avons pas de règles en la matière », dit-il en entrevue au National.

On peut ainsi voir dans le refus du Canada d’intervenir le fait que le discours négationniste, même s’il n’est pas criminel, n’a pas non plus bonne presse au pays.

Au Canada, les articles 318 et 319 du Code criminel prohibent la promotion de la haine ou l’appel au génocide.

Et les défenses possibles sont nombreuses, faisant en sorte que le seuil est élevé pour la Couronne, rappelle le National. Mais Richard Moon explique que lorsque la négation de l’Holocauste est une sorte d’incitation à l haine déguisée, on risque les foudres de la justice.

« Les négations de l’Holocauste sont presque toujours accompagnées par des affirmations (…) qui tendent à jouer sur les stéréotypes de Juifs comme étant trompeurs », explique Richard Moon au National.

S’il est vrai que de fausses déclarations ne sont pas en soi une infraction criminelle, « il y a presque toujours un autre ordre du jour sous-jacent. Il se pourrait très bien que des déclarations niant l’Holocauste soient contraires au droit canadien, une fois qu’on examine la manière et le contexte dans lequel elles ont été exprimées », conclut Richard Moon.