Me Vanessa Deschênes, cheffe de la protection des renseignements personnels au sein de Desjardins.
Me Vanessa Deschênes, cheffe de la protection des renseignements personnels au sein de Desjardins.
Me Vanessa Deschênes n’est pas du genre à se défiler lorsqu’on fait allusion à son parcours.

«Ma première année du bac a été une claque dans la face. Je me demandais si j’étais à ma place. Mes notes n’étaient clairement pas à la hauteur de mes attentes», confie-t-elle à Droit-Inc.

Devant la salle bondée de la Plaza centre-ville de Montréal, le 6 novembre dernier, lors de son discours aux prix ZSA, son trophée de la Conseillère juridique d’avenir à la main, elle n’a pas hésité à mentionner les embûches qu’elle a dû franchir lors de son parcours universitaire.

Celle qui est désormais cheffe de la protection des renseignements personnels chez Desjardins - un poste qui a été créé pour elle - avait toujours été une bonne étudiante.

Ce n’est qu’à l’Université Laval, à ses débuts dans la faculté de droit qu’elle s’est heurtée à un mur : celui des lamentations. Bien connu chez les étudiants de l’Université, c’est sur celui-ci qu’étaient affichés les résultats des examens.

« C’était difficile, surtout avec tous les étudiants qui se comparaient. Je ne me sentais pas à ma place, et surtout pas en position de performer.»

Si ce n’était pas de la présence d’un modèle féminin à ses côtés, elle n’oeuvrerait peut-être pas dans le monde du droit aujourd’hui...

« Ma mère a toujours été là pour moi. Elle trouvait toujours les bons mots, me motivait à persévérer, à ne pas me laisser abattre. C’est grâce à elle que j’ai pu faire preuve d’une telle résilience. »

Taillé sur mesure

Dès ses premiers balbutiements en droit, Me Deschênes se voyait occuper un poste important dans une entreprise en tant que conseillère juridique.

Celle qui a hésité entre des études en administration et en droit a toujours su qu’elle voulait pratiquer le droit de façon multidisciplinaire, ce que lui permettait un emploi au sein de Desjardins.

« Mais je savais que ce n’était pas facile. Que ça prenait du temps et de l’expérience. Sincèrement, je surveillais toujours les offres d’emplois affichées par Desjardins… »

Finalement, l’avocate fait son entrée dans l’institution financière… et pas par la porte d’en arrière!

En décembre 2016, elle devenait cheffe de la protection des renseignements personnels.

« J’étais conseillère en conformité et je montais un dossier dans lequel je voulais prouver la pertinence de créer un nouveau poste. Ce projet-là, c’était comme mon bébé. Finalement, le poste a été créé et j’en ai hérité. »

Un bon timing

Avec les années, Me Deschênes avait remarqué que les processus et procédures de Desjardins d’un département à l’autre différaient.

Inaugurer un poste de chef de la protection des renseignements personnels par souci d’optimisation et de cohérence ainsi que de saine gestion des risques était essentiel à ses yeux. D'autant que dans les dernières années, l’organisation s’était transformée, notamment en augmentant sa présence hors Québec.

« Je crois que le timing m’a aidé à convaincre mes patrons. Grâce à des arguments bien ficelés, du gros bon sens et, surtout, des gestionnaires qui croyaient en mes compétences et au bien-fondé de ma suggestion. »

Désormais, la nouvelle cheffe assure la gouvernance d’un secteur de l’institution financière. Ses responsabilités concernent notamment la conformité et la réglementation en matière de protection des renseignements personnels.

Pas mal pour une étudiante qui songeait à tout abandonner!

« Je réalise l’ampleur de ce que j’ai accompli quand les gens m’en parlent. Si c’était à refaire, j’emprunterais à nouveau le même chemin, car ce sont mes expériences qui m’ont tout appris. »

Hésitations

Il faut dire que des expériences professionnelles, elle en a accumulé son lot.

« Mon parcours professionnel n’est certainement pas le plus conventionnel! J’ai toujours été très instinctive et c’est ce qui m’a amené à faire plusieurs choses différentes. »

Après avoir effectué son stage du Barreau à la Commission des relations du travail puis d’y avoir travaillé pendant plus de deux ans, elle se dirige en Norvège pour poursuivre sa maîtrise en administration des affaires.

Là-bas, ses cours portent surtout sur les ressources naturelles et les affaires internationales.

« J’avais l’impression d’avoir fait le tour. Je voulais en apprendre plus sur l'environnement et je pensais que le faire dans un pays scandinave serait l’idéal pour moi. »

À son retour de la Norvège, elle accepte un poste chez Sodavex, où elle se spécialise en droit de l'environnement.

Petit à petit, son intérêt pour le droit de l’environnement prend le dessus. Poussée par sa curiosité pour les changements climatiques, elle quitte son cabinet et devient consultante chez Landry & Associés.

« Je m’intéressais aux changements climatiques alors je croyais sincèrement être à ma place, dit-elle au bout du fil. Finalement, j’ai réalisé que ce domaine est très administratif. Travailler sur l’octroi de permis, ce n’est pas ce qui m’intéressait. »

Qui plus est, une grande partie de sa pratique visait le droit municipal et les dossiers administratifs avec les gouvernements, par exemple en matière d’évaluations et d’autorisations environnementales. Bien que cela puisse être très intéressant pour certains, de son côté, elle restait un peu sur sa faim.

Un exemple

Sous la charge de travail qui s’accumulait sur ses épaules chez Desjardins, Me Deschênes a été contrainte de laisser tomber son poste de chargée de cours en droit des technologies de l’information à l’Université Laval.

« J’ai toujours aimé partager mes connaissances et j’adorais le faire avec mes étudiants. En formant de nouveaux employés ici, j’ai l’impression de renouer avec cette passion-là. »

Celle qui souhaite donner des conférences lors des années à venir pour combler son désir d’enseigner espère que son parcours pourra inspirer de jeunes avocats ou étudiants.

Seule avocate dans une famille qui compte très peu d’universitaires, elle les poussera toujours à croire en leurs rêves.

« J’espère que cette entrevue permettra aux gens de se rendre compte que tous les chemins sont bons. Qu’on n’accumule jamais assez d’expérience. Il ne faut pas baisser les bras devant nos difficultés! »