L’automatisation change la donne dans le monde juridique..
L’automatisation change la donne dans le monde juridique..
Sur les blocs de départ, 20 avocats. Et un ordinateur. Il fallait réviser 5 accords de non-divulgation, et en identifier les lacunes.

Avec un taux de précision de 94 %, l’algorithme de la firme LawGeex AI a analysé 5 accords en 26 secondes. Les 20 juristes ont identifié les failles des mêmes contrats avec un taux de précision de 85 %.

Il fallait ainsi analyser plus de 3200 dispositions au total, dans les contrats comptant chacun plus d’une dizaine de pages.

Il faut se faire à l’idée que l’automatisation change la donne dans le monde juridique. Les tâches cléricales comme la révision de contrats peuvent ainsi être refilées rapidement, efficacement et surtout à moindre coût.

Et la déferlante est à nos portes, car le marché regorge d'outils d'analyse de contrat et de produits permettant l'automatisation de certaines vérifications.

Un enjeu de taille pour les cabinets

Tout cela génère un grand enjeu pour les cabinets, car il faut se familiariser avec les concepts de l’intelligence artificielle et avec les façons de l’intégrer à la pratique.

Les clients ont accès à ces produits, ils peuvent donc faire réviser leurs contrats sans faire appel à un avocat. Le Québec est encore épargné, mais pas pour longtemps. La révision de contrats est répandue dans les pays anglo-saxons, de même que la traduction juridique et les textes de brevets.

Les outils pouvant s'adapter aux situations et aller au-delà de l'automatisation ne sont pas encore très fréquents au Québec.

Mais ils arrivent. Surtout utilisée dans les juridictions de common law, l'industrie juridique québécoise est encore relativement imperméable à cette concurrence. Mais ça ne saurait durer, puisque dès que l'adaptation sera faite pour tenir compte du Code civil, ce seront d'autres parts de marchés des cabinets qui s'envoleront.

Les avocats qui se sont prêtés à la comparaison avec l’algorithme de LawGeex AI sont unanimes : voilà un outil qui fait gagner temps et argent à tout le monde, rendant ridicule l’idée de se consacrer à la rédaction et à l’analyse de contrats.

Divers outils

Plusieurs cabinets se sont déjà mis à la page, depuis longtemps. Chez Fasken, par exemple, les juristes utilisent un logiciel de révision de dossier nommé Kira, capable d’aller chercher en quelques secondes des informations précises dans les documents, par exemple des clauses de non-concurrence, et d’identifier les différences dans ces clauses : s’appliquent-elles trois mois? Six mois? Sur quel territoire?

Alors que des cabinets n'ont toujours pas intégré leur système comptable à leurs outils de gestion du temps, d'autres utilisent l'analytique pour mousser leur développement d'affaires.

Pour les cabinets, l’impact technologique est parfois anodin : les clients s'attendent à—et insistent pour avoir—une réponse rapide, voire immédiate, de leur courriel. On doit réorganiser son temps, et réfléchir : donne-t-on un avis légal, un conseil ou simplement un point de vue sur un dossier?

C'est parfois sournois : les tâches cléricales autrefois réservées aux avocats sont offertes en ligne, à une fraction du coût, d'où une perte de revenus importante forçant les cabinets à se réinventer pour maintenir leur rentabilité.

Ou alors, c'est parfois cataclysmique : l'analytique et les algorithmes permettent de prédire l'issue d'un procès ou de mesurer le potentiel litigieux d'une situation ou d'un produit, donnant une longueur d'avance sur la concurrence aux juristes rompus à ces technologies.