Sophie Audet, coach professionnelle
Sophie Audet, coach professionnelle
Amélie est une jeune avocate qui pratique le droit commercial au sein du contentieux d’une entreprise montréalaise.

Sophie Audet, coach professionnelle, l'assiste dans le développement de son leadership et répond aux questions qu’elle se pose quand elle est mise en difficulté dans le cadre de situations professionnelles.

A: Coach
De: Amélie
Sujet: « Perfectionnite »
Date: 19 décembre 2018 – 11:11

Allo Coach,

J’espère que tu vas bien.

Je te remercie pour les outils que tu m’as transmis quant au courage de dire les choses comment elles sont.

Malgré le travail effectué dans les dernières années, j’ai encore un enjeu de « perfectionnite ». Que ce soit pour les conseils juridiques que je donne, les mémos ou des contrats que je rédige, mes communications verbales, les résultats que j’obtiens, ma façon d’entrer en relation avec autrui ou de me comporter, j’ai constamment en tête d’atteindre un idéal ambigu.

Un niveau de qualité extrême qui s’applique à exactement tout ce que je suis et que j’entreprends. Ceci fait en sorte que j’ai une tendance à « l’over doing », soit à me préparer et à travailler de façon excessive. Or, je constate que cette lutte est de plus en plus épuisante et de moins en moins satisfaisante.

Comment se libérer de ma « perfectionnite »?

Ciao et merci d’avance!

Amélie

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À : Amélie
De : Coach
Sujet: Perfectionnisme
Date: 19 décembre 2018 – 18 : 17

Bonjour Amélie,

Brené Brown, chercheuse et professeur à l’Université de Houston a effectué des recherches approfondies sur le perfectionnisme. Dans son nouveau livre « Dare to Lead » 1, elle explique ce qu’il signifie et quels sont ses impacts.

Tout d’abord, contrairement à une croyance assez répandue, le perfectionnisme ne correspond PAS au fait de faire un effort sain visant à s’améliorer, à atteindre des objectifs ambitieux ou à cultiver l’excellence.

Il consiste plutôt à un désir d’être perçu parfait dans le but d’obtenir l’approbation et l'acceptation. La plupart des perfectionnistes ont grandi dans un environnement favorisant les louanges autour des accomplissements et de la performance (résultats scolaires, plaire aux gens, apparence, résultats sportifs etc.). Ils développent donc un système de croyances où ils s’identifient à ce qu’ils accomplissent et où ils luttent pour obtenir des résultats parfaits afin d’éviter la douleur de ne pas se sentir à la hauteur.

Ce système de croyances est autodestructeur puisque la perfection est inatteignable et qu’il n’existe aucune façon de contrôler la perception des autres, ceci, peu importe le temps et énergie que nous investissons à y parvenir.

Le perfectionnisme constitue un frein important à l’épanouissement personnel et à la réussite. Luttant pour croire à notre propre valeur personnelle, il nous incite à être en constante quête de reconnaissance et à éviter toute opportunité pouvant nous rendre vulnérable.

Il est addictif puisqu’à chaque fois que nous faisons face au jugement des autres ou que nous avons le sentiment de ne pas être à la hauteur, il nous invite à croire que c’est parce nous n’avons pas été assez parfaits. Nous redoublons alors d’ardeur dans nos efforts et notre quête de perfection. Cela crée une insatisfaction chronique et beaucoup d’anxiété.

Les données recueillies par Brené Brown révèlent que nous avons tous à un moment ou à un autre une tendance au perfectionnisme. Pour certains, il n’émerge qu’en situation de grande vulnérabilité. Pour d’autres, il est compulsif, chronique, débilitant et semblable à une dépendance. C’est chez les femmes professionnelles que ce système de croyances est le plus fréquent. Il est très présent chez les avocates.

À partir du moment où nous devenons conscients de ce qui précède, comment pouvons-nous sortir de ce piège? Voici quelques pistes :

1) Transformer notre idéal ambigu en objectifs mesurables

De manière concrète, qu’est ce que cela veut dire pour nous l’excellence par rapport à notre travail? Quels critères doivent être rencontrés pour que nous puissions nous donner un 9 sur 10 par rapport aux aspects les plus importants? Ne sommes-nous pas les personnes les mieux placées pour évaluer notre performance? Comment espérons-nous atteindre l’excellence et en être satisfaits si nous n’avons même pas pris le temps de définir ce que cela signifie pour nous?

Transformer notre idéal ambigu en objectifs clairs, précis, stimulants, réalistes, spécifiques et mesurables nous permettra d’évaluer nos réalisations en fonction de critères objectifs et d’avoir une appréciation honnête de ce qui peut être amélioré. Il s’agit des fameux critères S.M.A.R.T. (en anglais) ou R.A.M.P.S. (en français).

Nous concentrer sur notre processus aura comme effet inévitable de nous rendre plus libre par rapport à l’opinion et au jugement des autres.

2) Développer le muscle de la compassion pour nous-mêmes

Pour venir à bout du perfectionnisme, nous avons besoin de reconnaître notre vulnérabilité par rapport au jugement et aux reproches et de développer notre résilience quant aux émotions désagréables que cela provoque, y compris la peur, la culpabilité et la honte.

Selon le Dr Kristin Neff, professeur et chercheuse à l’Université du Texas, la première étape pour atteindre cette résilience est de développer le muscle d’auto compassion.

Ainsi, lorsque nous nous ne sentons pas à la hauteur, faire l’effort conscient de demeurer chaleureux, amical et compréhensif envers soi, plutôt que d’ignorer nos émotions négatives ou de nous autoflageller pourra faire toute la différence.

Pour déjouer les mauvais tours de notre égo, on peut se demander comment nous nous y prendrions pour rassurer un ami se sentant inadéquat dans les mêmes circonstances. Ce petit exercice peut paraître simpliste à première vue mais est très puissant.

Par ailleurs, prendre conscience que l’autodévalorisation n’est PAS une épreuve qui nous arrive uniquement à nous mais plutôt une expérience humaine qui n’épargne absolument personne peut également aider.

3) Accepter de faire face à ce que nous pensons de nos imperfections

Nous ne sommes pas le ou la meilleur(e) en tout et n’avons pas besoin de l’être. Lorsque nous nous sentons éclipsés par un talent ou un génie plus grand, un plus grand statut ou un plus grand accomplissement, arrêtons nous immédiatement : la seule personne réelle en nous, c’est nous.

Il s’agit de quelque chose de fondamental puisque ce à quoi nous porterons attention sera nourri et évoluera. Ainsi, si nous portons attention à la comparaison, nous nourrirons un sentiment de frustration, d’insuffisance et d’insatisfaction. Si nous avons le courage de nous faire face, quoi que nous pensions de nos imperfections, nous pourrons les accepter et nous améliorer.

Lorsque nous ressentons un sentiment d’insuffisance dans une situation, une stratégie efficace consiste à identifier une chose spécifique à améliorer et de consacrer par la suite du temps et de l’énergie pour le faire.

Les recherches des deux dernières décennies ont démontré que le facteur déterminant du succès d’un individu n’est pas son intelligence ou ses compétences mais plutôt l’attitude de cet individu quand il s’agit de persister face aux difficultés, d’apprendre et de se développer.

Il s’agit d’un constat énorme et très inspirant. En effet, embrasser le fait que nous pouvons évoluer et qu’il s’agit du critère le plus important du succès augmente la confiance en soi et le courage. C’est ce qui nous donnera l’audace de déposer le bouclier de la perfection, de devenir de plus en plus authentiques et de manifester le meilleur de nous mêmes.

4) Choisir l’authenticité un geste à la fois

Selon le Petit Robert, l’authenticité est ce « qui exprime une vérité profonde de l'individu et non des habitudes superficielles, des conventions ».

Étymologiquement, authenticité provient du latin « authenticus » qui provient lui-même du grec ancien « authentikós » qui signifie « se détermine par sa propre autorité ».

Ainsi, l’authenticité n’est pas quelque chose que nous avons ou nous n’avons pas. Il s’agit plutôt d’une succession de choix. Une pratique qui consiste à lâcher prise sur ce que nous croyons devoir être et de l’image que nous voulons projeter, pour embrasser ce que nous sommes et laisser voir notre propre individualité.

Comment pratiquer? En développant l’habitude d’observer les choses comme elles le sont. En étant honnêtes avec nous-mêmes et avec les autres quant à nos connaissances et nos limites. En accueillant les émotions négatives que cela peut provoquer. En s’appropriant et en honorant ce qui se passe dans notre expérience. En développant notre habitude de dire « je ne sais pas, je vais vous revenir » et notre capacité à demander de l’aide et à aller chercher les ressources dont nous avons besoin.

Quand nous arrivons à lâcher prise sur ce que « nous croyons devoir être au regard d’autrui » nous cessons de revendiquer notre mérite à l’extérieur de nous. Nous nous approprions notre propre histoire et tenons les clés de notre propre dignité. Nous ressentons alors que nous sommes à la hauteur tels que nous sommes et dignes d’appartenance quoi que nous fassions. Il s’agit d’un sentiment d’immense liberté.

Comment ce qui précède t’éclaire-t-il? Que comptes-tu faire?

Ton coach
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A : Coach
De : Amélie
Sujet : Merci
Date: 20 décembre 2018 – 11 : 45

Allo Coach,

Wow. Je suis complètement sous le choc! On dirait que tu es branchée directement sur mon cerveau! :). Tu n’as pas idée à quel point ce sera ma résolution pour l’an prochain. Es tu libre en début de semaine prochaine pour en discuter?

Ciao

Amélie

Un coach professionnel est une personne bien placée pour vous aider à développer votre leadership personnel. Pour plus d’information, consulter mon site web à www.sophieaudet.ca. Suivez-moi sur Facebook


1Voir également « La grâce de l’imperfection » et ses différentes conférences TED.