Me Michel Massicotte.
Me Michel Massicotte.
Le producteur et animateur de télé Éric Salvail, accusé d'agression sexuelle, de harcèlement criminel et de séquestration, a choisi Me Michel Massicotte pour le représenter.

Grand habitué des prétoires, Me Massicotte pratique depuis près de 40 ans.

L'avocat, qui se décrit comme un « gars de cœur et d’émotions », a d'ailleurs reçu en 2009 le prix Léo-René Maranda, remis par l’Association des avocats de la défense de Montréal à des personnalités s’étant particulièrement illustrées dans le domaine du droit criminel et pénal.

Il a notamment représenté le hockeyeur des Bruins de Boston Zdeno Chara, ou encore l’ex-lieutenante-gouverneure Lise Thibault, accusée de fraude et d’abus de confiance. Plus récemment, il s'est chargé de la défense de l'ex-PDG de SNC-Lavalin, Pierre Duhaime.

Un challenge particulier

Plusieurs personnes disent avoir été victimes ou témoins d'inconduites sexuelles d'Éric Salvail dans un cadre professionnel.

« Ce qui est intéressant ici, c'est l'environnement, on fait face à un dossier où des accusations sont portées dans le cadre de #metoo. Il y a un contexte sociologique qui est le fait pour des gens de sortir sur la place publique et de dénoncer des comportements » a-t-il expliqué à Droit-Inc.

Mais selon l'avocat, ce contexte pose question.

« Est-ce que les comportements dénoncés sont véridiques? Est-ce qu'ils sont exagérés? Est-ce qu'il y a des agendas cachés derrière ces dénonciations? Tous ces aspects-là, pour un avocat comme moi, procurent un challenge particulier bien au-delà de la notoriété du client ».

L'enquête préliminaire aura lieu le 30 septembre et les 1er et 2 octobre prochains. Me Massicotte a d'ores et déjà annoncé qu'il se livrera à un long contre-interrogatoire. Une étape indispensable selon lui.

« L'enquête préliminaire est un instrument privilégié de l'avocat de la défense car il aide à préciser les choses, à établir des faits pour éventuellement asseoir le comportement que nous devrons avoir lors du procès. C'est un complément indispensable pour obtenir des précisions sur les déclarations des témoins, pour établir certains faits ».

Pas moins de cinq témoins seront entendus lors du procès. Parmi eux, la victime présumée Donald Duguay. L'identité des quatre autres ne peut être révélée en raison d'un interdit de publication.

Un dossier médiatique

Le producteur et animateur de télé Éric Salvail.
Le producteur et animateur de télé Éric Salvail.
L'avocat devra aussi composer avec l'aspect très médiatique du dossier. L'affaire avait d'ailleurs été révélée par La Presse en octobre 2017, au moment du mouvement #MoiAussi.

Depuis, elle a fait l'objet d'une attention soutenue de la part des médias. À la suite de ce scandale, l’animateur avait perdu l’appui de V, le diffuseur des émissions En mode Salvail et Les recettes pompettes, et s’était vu exclure de la station Rouge, propriété de Bell Média. Il avait également dû vendre son entreprise Salvail & Co à Media Ranch.

La médiatisation, « ce n'est pas quelque chose qui m'influence », déclare Me Massicotte, qui déplore toutefois les incidences qu'elle peut avoir sur la présomption d'innocence.

« Les médias n'ont pas toujours cette espèce de filtre, ils ne s'autocensurent pas avant de sortir des articles dans lesquels on peut retracer beaucoup d'inexactitudes ».

Depuis #MoiAussi, le criminaliste a par ailleurs constaté des changements en matière de dénonciation de violences sexuelles. « Les faits sont davantages dénoncés et, en tant que citoyen, on ne peut qu'être d'accord », a-t-il expliqué.

Il tient toutefois à nuancer cette avancée.

« Ce mouvement a des effets d'entraînement qui ne sont pas toujours positifs. On a vu, particulièrement aux États-Unis, certains comportements être d'abord dénoncés pour ensuite ne pas résister à l'analyse. C'est important de garder ça à l'esprit ».

- Avec Radio Canada