Il y avait certainement beaucoup de fébrilité dans l’air au Centre Mont-Royal lors du passage de Droit-inc. L’événement, tenu vendredi dernier, réunissait une soixantaine de cabinets et de contentieux qui tentaient d’attirer chez eux les quelque 700 étudiants en droit qui cherchent un endroit pour compléter leur stage du Barreau.

« On cherche des gens avec un discours ouvert, de la créativité, et qui, bien sûr, ont un intérêt envers les enjeux technologiques dû au mandat de notre cabinet », explique Me Stéphanie Girard, avocate chez Smart & Biggar.

C’est d’ailleurs ce volet scientifique et diversifié dans le domaine que le cabinet mettra de l’avant pour trouver son stagiaire au cours de l’hiver.

On continue notre marche pour tomber quelques pas plus loin sur le contentieux de la Ville de Laval. C’est difficile de recruter des jeunes juristes à la Ville victime des fraudes de l’ex-maire Gilles Vaillancourt?

« On nous parle davantage de la récupération des sommes qu’on a fait en travail à l’interne, avec les enquêteurs et le contentieux. Je pense que dans la tête des gens, la page est tournée sur ce chapitre-là », estime le chef de division droit réglementaire et contractuel, Me Jean Prud’Homme.

Le volubile avocat préfère toutefois parler de tous les avantages qu’un jeune stagiaire, à raison de quatre par année, peut bénéficier dans son contentieux. Le stagiaire peut y toucher à différents domaines, de la plaidoirie à l’écriture d’opinions juridiques. Une fois embauché en tant qu’avocat, il peut bénéficier d’une bonne conciliation travail-vie personnelle.

« On a embauché Christopher Griffin, et c’est un coureur. Il m’a demandé un vendredi de congé pour aller participer à une course et ça ne faisait pas deux semaines qu’il était arrivé! Ça ne nous a pas dérangés de lui laisser sa journée, parce que pour nous c’est important que nos avocats soient heureux, on assure leur rétention ainsi. »

Quelques mètres plus loin, Me Marie-Pier Emery et le stagiaire Louis Gilmour de BLG présentent le travail en grand cabinet. Les stagiaires, c’est bon pour les photocopies?

« J’ai plaidé des dossiers toute seule et j’ai eu beaucoup de responsabilités rapidement, mais tout en ayant un filet de sécurité avec les avocats d’expérience », raconte la Barreau 2017. « Dès le stage, tu sens que tu fais partie de l’équipe. »

Quel est le truc pour attirer les bonzes de BLG sur son CV, se fait-elle demander, en gros, par un étudiant de l’Université de Montréal, Jad Rouhana. « C’est recommandé de mettre ses implications parascolaires, ça démontre ton sens du leadership. Il faut démontrer ses compétences en travail d’équipe et son autonomie. Il ne faut pas hésiter à mettre de l’avant ce qui te rend différent. »

Pris à part par Droit-inc, Jad Rouhana, Français d’origine, explique que c’est la deuxième année qu’il tente la course au stage. L’an dernier, pas du tout familier avec l’événement, il ne savait pas trop à quoi s’attendre. Cette année, il est prêt, et ça paraît, de par ses questions pertinentes.

« Je veux démontrer ma curiosité, sans pour autant paraître trop exigeant ou tannant », explique celui qui vise une place dans un grand cabinet.

« Déjà des jeunes avocats »

« Quand vous entrez chez nous, on vous considère déjà comme des jeunes avocats. Ce n’est pas long que les mandats arrivent sur votre bureau », raconte Me Caroline Dunberry à un attroupement de futures avocates rassemblées devant le kiosque de la boutique Woods.

Réaliste, le cabinet sait qu’il n’a peut-être pas la prestance d’un grand cabinet international, mais vante qu’elle peut être la meilleure des écoles pour les plaideurs en devenir. « On le sait qu’on n’est pas le choix de tous, mais le but avoué, si vous voulez faire du litige, c’est de vous garder parmi nous. »

Après cette présentation, Droit-inc est allée à la rencontre d’une des étudiantes devant le kiosque de Woods, Mélanie Gosselin, qui a dit apprécier rencontrer les cabinets. Et Woods? « On a maintenant une meilleure idée de ce qu’ils font, j’avais vu des choses avant de venir les voir et finalement ce n’est pas trop vers ça que je me dirige pour ma carrière. »

Un « boss » sur le plancher

Certains cabinets ont choisi d’envoyer des stagiaires, ou encore de jeunes avocats qui ont fait leur stage au bureau avant d’y devenir avocat. Mais Monette Barakett a mis le paquet(t) : Me Guy-François Lamy, directeur général, était sur le plancher, accompagné de jeunes avocats et d’associés.

« De cette façon, les étudiants peuvent voir toutes les étapes d’une carrière chez nous! » lance celui qui est également directeur du développement professionnel de son cabinet.

« À la fin de la journée, je n’ai plus de voix, j’ai mal aux pieds, mais la douleur en vaut vraiment la peine! » rigole celui qui embauche deux stagiaires par année, mais confie qu’il devra peut-être revoir ce chiffre à la hausse.

Quelle serait LA chose qui attirerait les étudiants chez Monette Barakett? « Nous sommes un cabinet très humain, et on cherche donc des étudiants qui ont ce côté humain. Notre stratégie est bâtie autour de ça: chez nous, c’est une entrevue et un cocktail avant d’avoir une offre. »

De Grandpré Chait au pas de course!

Exit les souliers de ville et les talons chez De Grandpré Chait : les avocats semblent tous s’être mis à la course avec leurs chaussures de course. Résolution du Nouvel An? Non, technique de marketing assumée!

« Les gens sont intrigués, ça marche vraiment bien! », assurent Mes Mohamed Kaisserli et Lisa-Marie Gauthier.

« On cherche le classique “fit” chez nos stagiaires. Quand t’es stagiaire, il faut que tu trouves quelqu’un avec qui tu vas vouloir veiller tard », suggère Me Kaisserli.

Est-ce que De Grandpré cherche des deuxième ou des troisième année? « Je crois qu’être en troisième année, ça permet une belle continuité, il y a une proximité à l’embauche. »

À peine lancé, déjà connu

Après s’être faufilé à travers les « ballounes » de McCarthy Tétrault, sans toutefois y voir la présence de leur associé de renom Me Jean Charest, on aperçoit Me Catherine Cloutier, fort occupée à sa table, malgré la relative nouveauté de son cabinet Avens, lancé il n’y a pas un an.

« Les étudiants nous ont recherchés sur le net, ça paraît! » se réjouit-elle. Les étudiants lui demandent à quoi ressemble une journée typique, quels sont les types de clients du cabinet, à quoi ressemble un parcours chez Avens…

« Ils sont tous beiges! » lance la colorée juriste. « Mais on n’est pas en entrevue un à un, alors c’est difficile de voir ceux qui se démarquent. On recherche des gens originaux. Il y en a une que j’ai vue qu’elle semblait plus éveillée que la moyenne et je lui ai dit: “TU M’ENVOIES TON CV!!” »

Après l’entrevue solo, les personnalités originales seront invitées à rencontrer le quatuor d’associés.

Les « gros-moyens » ont la cote

Droit-inc termine sa tournée du Centre Mont-Royal en apostrophant trois étudiants de l’UQAM aux abords du kiosque de Lapointe Rosenstein Marchand Melançon.

Elle cherche quoi cette précieuse main-d’oeuvre en devenir? Pour Jessica Tayro, étudiante de deuxième année, c’est le droit commercial qui l’intéresse. Elle vise McCarthy, LRMM, Miller Thomson ou encore McMillan.

Tracy Maroun, étudiante de troisième année, se dirige vers le litige, qu’elle aimerait découvrir chez LRMM, Norton Rose Fulbright, McCarthy ou McMillan.

Également en troisième année, Steven Gebrayel espère décrocher son stage chez Therrien Couture Joli-Coeur, où il est présentement étudiant. Mais comme le dit l’adage populaire, ce n’est pas parce qu’on prend toujours la même affaire qu’on ne peut pas regarder le menu. Ainsi, il s’intéresse aussi à LRMM et McCarthy.

« J’aime bien les cabinets qui sont des “gros moyens”. Ils sont davantage à l’échelle humaine tout en ayant de bons défis. »

Comment vivent-ils cette course aux stages? « On est sur l’adrénaline! T’espères recevoir un coup de fil », lance Tracy.

« Combiner études, entrevues et cocktails dans un court laps de temps, c’est le plus gros défi. Il y a des événements chaque jour! Ça prend une bonne préparation et il faut aussi aimer les challenges », conclut Steven.