Paul-Matthieu Grondin
Paul-Matthieu Grondin
Au lendemain de la rentrée judiciaire, Paul-Matthieu Grondin dresse le bilan de son premier trimestre comme bâtonnier du Québec. D'entrée de jeu, il a donné le ton de la direction prise par le Barreau pour les prochaines deux années.

Ainsi, dès les premiers conseils d'administration, Paul-Matthieu Grondin n'a pas lésiné sur la mise en place de certaines de ses idées : dès le 22 juin, le conseil entérine d'ailleurs la « règle de la publicité des débats », peut-on lire dans le procès-verbal de cette réunion.

Ainsi, à l'exception de certaines délibérations, l'essentiel du processus décisionnel du CA du barreau sera dorénavant rendu public : tant les ordres du jour que les procès-verbaux seront affichés. « C’est une règle novatrice et unique parmi les ordres professionnels ».

« Les gens sont au Barreau pour les bonnes raisons »

Les discussions tenues par le CA au cours de ce premier trimestre sont un bon succédané des quelque 26 propositions du programme électoral du printemps du bâtonnier du Québec: l'emploi chez les jeunes, l'accès à la justice, le financement de la justice, l'intelligence artificielle, les congés parentaux, l'aide juridique, la réforme des programmes de l'École du Barreau, les juristes en entreprises, et la Justice dans le Nord...

Me Grondin insiste cependant : « Chacun des membres du CA a ses propres idées et ses priorités. C'est certain que la voix du bâtonnier porte un peu plus ». Mais le jeune bâtonnier assure ne pas détenir la balance du pouvoir.

Maintenant qu'il a passé plusieurs semaines à mesurer les rapports de force au sein de son organisation et à prendre le pouls de toutes les parties aux instances, il se dit agréablement surpris de la façon dont les choses fonctionnent. « Les gens sont au Barreau pour les bonnes raisons, ils veulent faire avancer les choses », soutient le nouveau bâtonnier.

Pendant la campagne électorale, plusieurs critiques faisaient état d'une institution sclérosée, représentant une profession conservatrice.

L'épithète « conservatrice », le bâtonnier la balaie du revers de la main. « On a quand même élu avec une forte majorité le bâtonnier le plus jeune de l'histoire! »

Il n'a pas encore accompli la promesse de diminuer le salaire du bâtonnier. « Il faut en fait passer par un vote de l'assemblée générale pour établir le salaire du bâtonnier. Je ne voulais pas me cacher derrière cette formalité, je fais don d'une partie de mon salaire », explique Paul-Matthieu Grondin.

Cette annonce avait suscité de très nombreux commentaires parmi les lecteurs de Droit-inc, et pas toujours très favorables!

Le test de l’élastique

Si les changements préconisés pour les prochaines années ne sont pas l'oeuvre d'un seul homme, il demeure que l'accession de Paul-Matthieu Grondin à la chaise du patron signale un changement de ton et de culture dans la profession.

Une culture du changement dont il dit vouloir tester les limites par ailleurs. « La meilleure analogie, c'est celle de l'élastique : je tente de voir jusqu'où je peux l'étirer sans qu'il casse. »

L'ex-entrepreneur, fondateur de Grondin Savarese, est habitué à prendre des décisions rapidement. La machine du Barreau est plus lourde, certes. Mais on l'apprivoise. Alors qu'il gérait par décret dans son petit cabinet, voilà qu'il doit maintenant composer avec un CA et des membres qui ont des attentes élevées envers lui.

Pour y arriver, il apprend à mesurer davantage les arguments, à évaluer les rapports de force, et à choisir ses batailles.

Papier et accessibilité

Dans l'immédiat, Paul-Matthieu Grondin croit que le Barreau pourra affecter des changements sérieux en matière d'accessibilité.

D'une part, avec un meilleur soutien d'initiatives d'accessibilité : l'embauche récente d'un des fondateurs de Juripop, Julien David-Pelletier, conseiller pour l'accès à la justice au Barreau, signale le ton qu'on entend donner à l'initiative. « On voudrait créer une Fondation du droit, qui financerait des projets et des organismes favorisant l'accessibilité à la justice. »

Julien David-Pelletier
Julien David-Pelletier
L'initiative, en gestation, pourrait par exemple utiliser les intérêts des sommes en dans les comptes en fidéicommis des avocats comme source de financement. Des discussions avec la Chambre des notaires auraient également lieu pour greffer le Fonds d'études notariales au projet.

D'autre part, il faut également imposer un virage majeur à l'appareil judiciaire. « On fait toutes nos requêtes sur ordinateur. Il n'y a aucune raison qu'on ne puisse pas informatiser davantage le système. Je ne suis plus capable », dit-il, exaspéré par la lourdeur imposée par un système hérité d'un autre âge, qui oblige à documenter sur papier autant de procédures, parfois inutiles.

À cet égard, le barreau entend lancer sous peu un « mesuromètre », qui permettra aux cabinets de mesurer leurs progrès sur plusieurs critères : des indicateurs financiers, la satisfaction des clients, le temps de gestion de dossier, etc. L’absence « flagrante» de données statistiques sur l'industrie juridique est une lacune que le barreau souhaite combler sous Paul-Matthieu Grondin.

1,4% des budgets pour la justice...

« Il faut crédibiliser le système de justice », insiste Paul-Matthieu Grondin, qui refuse d'accepter la situation actuelle d'un système civil qui ne livre tout simplement pas la marchandise.

« OK, les délais s'améliorent, mais les coûts font en sorte qu'il est à peu près impossible d'avoir accès à la justice. Je ne peux pas accepter ça. »

Un écueil se dresse cependant sur la route du barreau : les tarifs de l'aide juridique. « Il y a beaucoup de parties impliquées, et le gouvernement n'est pas dans une situation où il peut se montrer le plus généreux », constate Paul-Matthieu Grondin.

Supputant de longues négociations pour faire avancer ce dossier, le bâtonnier refuse d'avancer un échéancier trop rigide.

Cela ne l'empêchera pas de saisir l'occasion de la prochaine campagne électorale pour enfoncer le clou du sous-financement chronique de la justice : le 3e pouvoir ne dispose que de 1,4 % de l'enveloppe budgétaire pour accomplir son travail, qui touche pourtant tous les Québécois, chaque jour.

Entre autres initiatives, il entend également militer en faveur de l'égalité dans la profession. « Nous avons la parité, mais pas l'égalité », dit-il. C'est pourquoi il entend bien promouvoir le partage des congés parentaux entre les pères et les mères. Une mesure de conciliation travail-famille qui pourrait bien faire une différence. « Et au sujet de laquelle on sent une volonté de changement », constate Paul-Matthieu Grondin.