Me Sarah Woods.
Me Sarah Woods.
Le nom de Me Sarah Woods du cabinet boutique Woods a défrayé les manchettes lorsque sa demande d’action collective visant les témoins de Jéhovah a été déposée en septembre 2017 au Palais de justice de Montréal.

Dans la demande au nom de Lisa Blais, il est allégué que la Watchtower facilite la commission d’agressions sexuelles, notamment par des Anciens et par des Témoins sur des personnes mineures, en plus de faire en sorte qu’elles ne soient pas rapportées aux autorités.

« La question m’affecte énormément. Il y a tellement de victimes… seules, elles n’auraient rien pu faire contre leurs agresseurs, mais avec notre aide, les choses sont différentes », dit à Droit-inc Me Woods.

Généralement, l’avocate, qui travaille sur ce dossier avec Me Laurence Ste Marie, a plutôt l’habitude d’être du côté des défendeurs. Ses dossiers traitent de litiges commerciaux, de différends entre actionnaires, de litiges en valeurs mobilières et du droit de l’emploi.

« C’est sûr que ça sort de l’ordinaire pour moi comme action collective. Je suis touchée de pouvoir aider les victimes », confie-t-elle.

Me Laurence Ste Marie travaille à ses côtés sur le dossier.
Me Laurence Ste Marie travaille à ses côtés sur le dossier.
Désormais, il est plus fréquent de voir des dommages demandés dans le cadre de procès concernant des agressions sexuelles. On peut penser notamment aux courageuses, un groupe de femmes intentant une action collective contre Gilbert Rozon, accusé d'agression sexuelle.

Peut-on penser que ce sont elles qui ont influencé Lisa Blais à faire de même?

« En fait, c’est un drôle de timing, parce que l’action collective contre les témoins de Jéhovah a été déposée juste avant, répond l’avocate. Il faut croire que c’est dans l’air du temps : les gens qui ont souffert cherchent à obtenir justice. »

Selon Me Woods, l’élément déclencheur de cette action collective a plutôt été la Commission royale effectuée en Australie visant les abus sexuels des témoins de Jéhovah, qui a débuté en août 2015.

Les auditions d’autorisation de l’action collective seront présentées devant l’honorable Chantal Corriveau le 17 et 18 décembre prochain.

Derrière sa pratique : la maternité

Les histoires d’horreur concernant la conciliation de la pratique du droit et la maternité ne manquent pas. Bien que Me Woods admette qu’il peut s’agir d’un défi, elle tient à donner espoir aux mamans-avocates qui tiennent au bien de leurs enfants ainsi que de leurs carrières.

« Il faut compter sur un bon système en place et du support d’un bon partenaire de vie. C’est exigeant, mais lorsque notre employeur est compréhensif, c’est possible. »

Son mari est directeur en ressources humaines pour une compagnie d’envergure. En profitant d’un horaire flexible ainsi que du support d’une gardienne, le couple dont les enfants sont âgés de trois, cinq et sept ans parvient à se tirer d’affaire.

Lorsqu’elle a été nommée associée de Woods, elle était enceinte de son deuxième enfant.

« J’admets qu’il fallait que je sois forte, mais ce qu’il faut retenir, c’est que ça se fait bien. La preuve : huit de nos dix associés ici ont trois enfants. »

La pomme près de l’arbre

Son père, le fondateur du cabinet Woods, Me James Woods.
Son père, le fondateur du cabinet Woods, Me James Woods.
Il faut aussi préciser que l’associée compte sur un supporteur de premier plan dans son cabinet : son père, Me James Woods, qui l’a fondé il y a 25 ans.

Celui qui a quitté Stikeman Elliott pour lancer sa pratique y oeuvre toujours à l’âge de 70 ans.

Me Woods explique qu’elle et ses frères n’ont jamais été forcés à étudier en droit. Ceux-ci se sont plutôt dirigés vers le domaine des arts!

« Je pense quand même qu’il y a un lien entre l’art et le litige. Les deux sont assez théâtraux! »

N’empêche que contrairement à plusieurs étudiants en droit, elle savait exactement à quoi s’attendre en entamant ses études. « J’avais la chance de comprendre dans quoi je m’embarquais. Mon père m’a appris qu’en droit, il faut connaître son dossier à fond et surtout travailler fort. »

Des débuts chez McCarthy

Mais plutôt que de choisir l’option de la facilité et de rejoindre la pratique de son père dès ses débuts, Me Sarah Woods a choisi McCarthy Tétrault pour entamer sa carrière.

À l’époque, elle souhaitait faire ses classes ailleurs puis tisser de nouveaux liens professionnels en obtenant un bagage professionnel différent.

Aujourd’hui, si elle reconnaît l’importance du travail acharné, elle avoue que l’ardeur au travail de son père l’effraie parfois…

« Les attentes sont différentes, et on ne compte pas les heures. C’est vraiment une autre génération », conclut-elle.