Yann Evima Vouma a tout quitté pour poursuivre son rêve: lancer sa propre collection de vêtements!
Yann Evima Vouma a tout quitté pour poursuivre son rêve: lancer sa propre collection de vêtements!
L’ancienne avocate Yann Evima Vouma a tout quitté pour poursuivre son rêve: lancer sa propre collection de vêtements! Un projet pour le moins « atypique » après plus de neuf ans passés à exercer comme avocate en droit criminel, notamment au Tribunal Pénal International pour le Rwanda ou au sein du réseau Juristes, où elle fut coordinatrice du Réseau Enfants.

« Démissionner du Tableau de l’Ordre en 2013 a été très douloureux pour moi, explique l’ex-avocate de 38 ans en entrevue avec Droit-inc. Pour la simple et bonne raison que j’aime le droit. Mais tout cela m’a appris à sauter dans le vide, à aller de l’avant. »

Il faut dire que le chemin de la facilité ne l’a jamais intéressée. « Je veux être une leader avant-gardiste », dit-elle tout en nous présentant ses créations. Parmi elles: un manteau en fourrure de castor rasé et de renard, au coût de 8500 dollars, inspiré de l’ocelle - ces tâches que l’on trouve sur certains animaux. « J’ai une approche très organique, conceptuelle. Ma griffe, tant dans les couleurs que l’innovation des couleurs ou technologiques, veut montrer les choses autrement. »

Sa clientèle? Des hommes et des femmes entre 25 ans et 45 ans qui aiment le street-chic et qui veulent « vivre une expérience » en portant son vêtement. Pour d’autres créations, Yann Evima Vouma s’est inspirée du travail d’un photographe autour des personnes handicapées et amoureuses. Ainsi, dans « Distorted equilibrium », elle évoque la scoliose avec du cuir tordu, ou encore le cancer de la peau via du vison brûlé.

Un côté « CSI Miami »

Dans son ancienne vie déjà, la Barreau 2004 aimait ce qui sortait des sentiers battus. « J’ai peut-être un côté de la série TV CSI Miami, CSI Montréal ! (rires) mais j’aime le mystère, le défi, tout ce qui est anormal. J’aime la cause qui d’emblée n’est pas populaire », explique celle qui est également titulaire d’un certificat en propriété intellectuelle, droit des marques et brevets.

Avec un père originaire du Gabon et une mère d’Haïti, dont les carrières professionnelles respectives n’ont cessé d’évoluer, elle raconte avoir été élevée au sein d’une famille où l’altruisme, la politique, la connaissance des enjeux internationaux, revêtaient une grande importance. « Je me souviens avoir vu un reportage sur les camps de réfugiés et d’avoir senti mon appel pour l’international. »

Après avoir complété ses études en droit à l’UdeM, elle part effectuer un premier stage de 6 mois à Toulouse, en France. Son second stage se déroule à l’Aide juridique de Montréal, à la division criminelle. Un jour une collègue lui confie que l’un de ses confrères recherche un avocat assistant pour une équipe de défense pour le Tribunal Pénal International pour le Rwanda. « C’était sûr que c’était moi ! J’ai toujours été très militante. »

Un travail dérangeant

De 2005 à 2011, elle est basée à Arusha en Tanzanie et effectue des voyages réguliers, entre Montréal et l’Afrique
De 2005 à 2011, elle est basée à Arusha en Tanzanie et effectue des voyages réguliers, entre Montréal et l’Afrique
De 2005 à 2011, elle est basée à Arusha en Tanzanie et effectue des voyages réguliers, entre Montréal et l’Afrique. Aux côtés de deux autres québécois, Me Denis Turcotte et Me Benoît Henri, et deux enquêteurs rwandais, elle travaille à la défense de Siméon Nchamihigo, un ancien procureur de la Couronne accusé de crime contre l’humanité, de génocide et crimes de guerre.

En parallèle, elle lance sa propre pratique en criminel au centre-ville de Montréal. Au programme : des affaires de tentatives de meurtres, trafics de drogues, sollicitations à prostitution, vols. « Je n’avais aucun problème de conscience. C’est mon travail, c’est comme un médecin qui devrait guérir quelqu’un du camp ennemi. Pour moi, toute personne a droit à une défense pleine et entière. Je m’étais dit que le jour où je serai moins à l’aise avec cela je m’en irai. »

Puis, c’est la crise existentielle. Côtoyer des criminels devient dérangeant. « J’ai réalisé que l’essence même de Yann Evima Vouma, c’est de carburer au positif! Il fallait que je retourne à cette essence, trouver l’artiste en moi et carburer au beau ! Je veux vivre jusqu’à 120 ans, c’est mon objectif ! »

Le plus beau cadeau

Le plus dur, ce ne fut pas de cogner à la porte de la Maison Marie Saint Pierre, une maison haut de gamme, dans laquelle elle finit par faire un stage alors qu’elle n’avait aucun portfolio. Ni même d’intégrer le Groupe Sensations Mode, à titre de responsable VIP pendant la Semaine de la mode de Montréal, ou encore le Festival Mode et design. Ni même de retourner au CEGEP Marie Victorin pour 4 ans d’études en design de mode, de 2011 à 2015, et de devoir accepter des jobs d’étudiantes. Non, c’est le processus de création qui a été le plus difficile.

« J’en ai pleuré de pouvoir reconnaître que je pouvais être artiste car ça nous connecte avec ce que l’on est, l’enfant qui est en nous. Cela vient chercher toute la vulnérabilité que je peux avoir. L’être à l’essence même. C’est lâcher prise et se laisser aller à une émotion. » Elle estime qu’il s’agit là « du plus beau cadeau qu’elle pouvait se faire. »

Ses conseils aux juristes qui souhaiteraient se lancer dans leurs rêves? Avoir une vision claire et ne pas se laisser dominer par la peur. « Ensuite, il faut foncer et y aller! Il faut suivre notre voix intérieure et faire confiance à la vie. Elle va se charger de nous aider et de nous permettre de rencontrer nos anges gardiens. »

Et l’histoire ne s’arrête pas là pour Yann Evima Vouma, qui a plein de projets en tête, dont celui de créer un Ordre professionnel pour les designers, par exemple. « La profession n’est pas encadrée ou protégée, j’y pense, c’est quelque chose qui me travaille.»