Mirja Trilsch, directrice de la Clinique internationale de la défense des droits humains de l’UQAM
Mirja Trilsch, directrice de la Clinique internationale de la défense des droits humains de l’UQAM
Quoi de mieux que de mettre des étudiants face à de vrais cas de tortures, meurtres, ou disparitions?

C’est le mandat que se donne Mirja Trilsch, directrice de la Clinique internationale de la défense des droits humains de l’UQAM (CIDDHU).

« On veut que nos étudiants soient capables de travailler pour une organisation internationale ou un tribunal à leur sortie de la Clinique », précise la directrice, dont l’objectif est de former la relève dans le domaine de la défense des droits humains.

Le CIDDHU est tout un tremplin: des groupes de deux à quatre étudiants se voient confier un mandat important relié à un projet de défense des droits humains fourni par un organisme partenaire.

« Pour les étudiants, c’est une immersion dans une autre réalité. Se mettre dans la peau de victimes de violations est une expérience d’une valeur inestimable d’un point de vue pédagogique », explique la directrice.

Les organismes internationaux faisant appel à la CIDDHU recherchent une assistance juridique qui leur permet d’alimenter leur travail sur le terrain.

« Les étudiants doivent rendre digestes les règles qu’ils ont apprises pour les gens qui n’ont aucune connaissance dans le milieu du droit », résume Dalia Gesualdi Fecteau, professeure du département des sciences juridiques de l’Uqam.

Le rythme de travail est soutenu dans cette clinique où les étudiants participent à un cours sur une base hebdomadaire, en plus de mener à terme leur projet sous la supervision d’un avocat ou d’un professeur agissant en guise d’encadreur.

En l’espace d’un semestre, les étudiants doivent se spécialiser dans la branche du droit liée à leur projet, en plus de remplir des rapports complets qui sont remis à leurs organismes partenaires.

« Ce n’est pas toujours des domaines de droit que les étudiants cernent parfaitement, car ils ne sont qu’au baccalauréat ou à la maîtrise. Ils doivent apprendre à devenir de minis-experts. dans certaines spécialisations du droit. Ce n’est pas toujours facile », commente Gesualdi Fecteau.

Comprendre un massacre

Au moment de faire ses choix de cours à l’automne 2010 lors de sa maîtrise en droit international, Julie Carlesso entend parler du cours offert par la CIDDHU. À l’époque, elle ne connaît rien de la Clinique hormis qu’elle offre aux étudiants de s’impliquer dans des cas réels touchant les droits de l’homme.

« Mon expérience a été comme une première gorgée de potion magique pour Astérix ou Obélix: lorsque tu y goutes, tu ne peux plus t’en passer », image-t-elle en riant.

À l’époque, son équipe s’était vu confié un mandat d’envergure: le Massacre de Guayubin, survenu en juin 2000, en République dominicaine.

Sept haïtiens ont perdu la vie lors de cette tuerie tandis que plusieurs autres ont été blessés. Plusieurs survivants avaient alors été expulsés collectivement et arbitrairement de la République Dominicaine.

Les tribunaux militaires dominicains avaient innocenté les responsables du carnage, malgré des demandes répétées des victimes de se faire entendre devant les tribunaux civils.

Plusieurs mois plus tard, la Cour interaméricaine des droits de l’homme a condamné l’État dominicain pour avoir attaqué, exécuté et blessé arbitrairement une trentaine de migrants.

Une réussite qui n’aurait été possible sans l’apport du CIDDHU au Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés.

« Quand le dossier s’est rendu devant la Cour interaméricaine, j’ai continué à m’impliquer même si mon cours était terminé, en tant qu’étudiante bénévole. J’ai eu la chance de participer à l’organisation des preuves ainsi qu’à la rédaction de la plainte », dit Julie Carlesso, qui pratique aujourd’hui le litige au sein de Norton Rose Fulbright.

Suite à son expérience, l’étudiante a obtenu un stage juridique à la Commission interaméricaine des droits de l’Homme. « Bien que ce ne soit pas la CIDDHU qui ait organisé ce stage pour moi, je suis persuadée que mon expérience a grandement contribué à ce que je sois sélectionnée. »

Finalement Me Carlesso s’est impliquée dans la Clinique pendant près de deux ans en plus d’en devenir la coordinatrice. Comme elle, plusieurs anciens étudiants ayant déjà participé à la clinique y occupent un rôle d’encadreur quelques années après y avoir passé.

Loin d’une simulation

Contrairement à d’autres programmes d’apprentissage, la Clinique de l’UQAM priorise l’utilisation de cas réels à des simulations afin de favoriser l’apprentissage de ses étudiants.

« Je crois que la différence que l’on peut voir entre un cas réel et une simulation, c’est que les étudiants ressentent eux-mêmes le besoin d’être des acteurs importants lorsqu’ils savent que leurs gestes ont une incidence dans la vie d’autres êtres humains », résume Mirja Trilsch.

Traiter des enjeux ayant une importance dans la vie d’autres êtres humains vient avec son lot de défis. En ce sens, la CIDDHU prépare ses étudiants à gérer leurs émotions avant de s’attaquer aux cas qui leur sont confiés.

« Ils apprennent à composer avec plusieurs difficultés vécues sur le plan humain. C’est un apprentissage important pour les étudiants qui voudront être praticiens dans ce milieu », estime Dalia Gesualdi-Fecteau.

Malgré cette difficulté, l’encadreuse assure que les étudiants apprécient énormément leur expérience. Une affirmation confirmée par Julie Carlesso.

« L’idée de fonder cette clinique était superbe en soi. On y retrouve des gens possédant de bonnes valeurs qui créent une atmosphère extrêmement plaisante. Les étudiants qui y passent en sorte avec un énorme sentiment d’accomplissement. »