Anne-Sophie Laframboise et sa famille.
Anne-Sophie Laframboise et sa famille.
Anne-Sophie Laframboise est avocate spécialisée en droit familial et litige civil dans le cabinet Laframboise avocats, où pratiquent aussi ses deux sœurs (Mes Andréa et Justine Laframboise) et son père (Me Pierre-Gilles Laframboise). Elle a aussi quatre enfants, Édouard, 8 ans, Laura, 5 ans, Louis-Georges, 4 ans et Grégoire, 1 an et demi, né en pleine pandémie.

Entre sa famille et sa carrière, l’avocate de 36 ans a décidé de ne pas choisir, malgré un bébé malade, une pandémie, et un équilibre pas toujours évident à trouver.

« C’est sûr que je ne peux pas travailler autant qu’une mère qui n’a pas d’enfant. Je ne fais pas 250 000 $ par année. Mais c’est quoi avoir une carrière aujourd’hui? C’est ça la question qu’on devrait se poser en tant que société. Est-ce que ça doit se calculer en termes de salaire », s’interroge-t-elle?

De journaliste à avocate

Anne-Sophie a débuté sa carrière comme journaliste chez Québecor en 2009, avant de se lancer comme conseillère pour la firme de relations publiques NATIONAL.

De cette ancienne vie, elle retire des qualités professionnelles qui la distinguent, comme sa rigueur, sa curiosité, l’importance qu’elle accorde aux faits, mais aussi sa capacité à vulgariser les processus juridiques pour ses clients, et à rendre le droit plus accessible, explique-t-elle.

« Je suis une fille de comms avant d’être une avocate. J’aime discuter, j’aime comprendre et cet aspect social me permet de mieux accompagner mes clients », ajoute-t-elle.

Après la naissance de son premier enfant, en 2014, elle profite de son congé maternité pour réaliser un rêve de petite fille et s’inscrit en droit à l’UQAM. Elle accueille son deuxième enfant, Laura, pendant ses études et valide son baccalauréat en deux ans et demi.

« J’emmenais ma fille Laura à l’école avec moi alors qu’elle avait deux semaines », raconte l’avocate.

Les quatre enfants d'Anne-Sophie Laframboise.
Les quatre enfants d'Anne-Sophie Laframboise.
Elle décide de faire son Barreau en quatre mois et tombe enceinte de son troisième enfant. Elle mène de front ses études et une grossesse difficile qui la mèneront à échouer l’examen. L’étudiante ne se laisse pas décourager et compte bien reprendre son examen après la naissance de son petit garçon. Mais tout ne se passe pas comme prévu et Louis-Georges naît avec des problèmes de santé. « J’étais aux soins intensifs avec mon Code civil, que je n’ai bien sûr pas ouvert une seule fois », se souvient-elle. Malgré toutes ces épreuves, elle est reçue au Barreau en 2019.

« J’ai passé l’examen, je n’y croyais pas. J’avais toutes les statistiques contre moi », raconte celle qui est depuis membre du Cercle de Sainte-Justine.

Elle intègre en stage le cabinet familial et n’en repart plus. Son empathie la pousse à se spécialiser en droit de la famille. « C’est concret, c’est gratifiant. Dans ce domaine, on peut avoir un réel impact sur l’avenir financier d’une famille, l’avenir des enfants », dit-elle.

Pas de sacrifices

Si la Barreau 2019 a fait une croix (pour le moment) sur les « 1850 heures facturables », hors de question pour elle de renoncer à sa carrière.

En tant que femmes, « j’aimerais ça qu’on arrête de se sentir mal d’aimer notre travail. On dirait qu’il faut toujours qu’on soit dans le sacrifice », observe-t-elle.

Pour l’avocate, il est surréaliste d’être une « super mom à la maison » et une « super woman au travail ».

« Ma famille, c’est ce que j’ai de plus important, mais parfois, je dois travailler le dimanche et je ne veux pas me sentir mal pour ça. Quand t’es passionnée par ton travail, c’est bien aussi que tes enfants le voient », affirme-t-elle.

Une pandémie et un quatrième enfant

Fin 2020, en pleine pandémie, elle accueille avec son compagnon, chef d’entreprise en construction, son quatrième enfant, Grégoire.

Cadeau de Laura, 5 ans, à Anne-Sophie Laframboise pour la fête des mères 2022.
Cadeau de Laura, 5 ans, à Anne-Sophie Laframboise pour la fête des mères 2022.
« Là, les frontières entre la vie professionnelle et la vie personnelle ont explosé. J’avais plus d’expérience, donc j’avais une bonne capacité à prioriser, mais il m’est déjà arrivé de mettre mes enfants devant un film à 9h30 le matin avec du popcorn », confie-t-elle, essoufflée à l’évocation de ce mauvais souvenir.

« Mais j’ai appris à naviguer à travers tout ça », confie-t-elle, grâce notamment à un « mari compréhensif et conciliant. Il ne faut pas oublier non plus l’amour entre les frères et sœurs. La fratrie compense pour plein de choses », dit-elle en racontant comment sa fille Laura aide les plus jeunes à se brosser les dents.

Avoir une famille nombreuse n’est pas nouveau pour Anne-Sophie. L’avocate a grandi avec six frères et sœurs, un papa qui a fait carrière dans le litige, et une maman qui travaillait dans l’événementiel du milieu de la mode.

« Elle ne nous a jamais dit “je suis fatiguée‘ ou ‘je suis stressée‘. Je n’ai jamais senti qu’on était trop nombreux à la maison, même quand on amenait nos amis ; mais elle n’arrêtait pas une minute », se souvient-elle.

Une source d’inspiration pour celle qui avoue joyeusement vivre dans « un gros chaos, mais un beau chaos ».