André Boisclair. Source: Radio-Canada / La Presse canadienne / Ryan Remiorz
André Boisclair. Source: Radio-Canada / La Presse canadienne / Ryan Remiorz
L’annonce est tombée comme un couperet : André Boisclair s’est fait refuser la libération conditionnelle au sixième de sa peine. L’ancien chef du Parti québécois restera donc derrière les barreaux.

M. Boisclair a été condamné en juillet dernier à deux ans moins un jour de prison pour agressions sexuelles.

La Commission des libérations conditionnelles a noté dans sa décision la gravité des agressions commises par André Boisclair. Elle a indiqué que ces gestes étaient « intrusifs, violents et hautement abusifs ». Parmi les autres éléments retenus, la Commission a également rappelé son refus de participer à un programme spécialisé en délinquance sexuelle, qui lui avait pourtant été recommandé.

« La Commission considère que le risque de récidive que vous présentez est inacceptable actuellement et que le cheminement doit se poursuivre dans le contexte sécuritaire de l'incarcération. »

Selon Sylvie Bordelais, avocate spécialisée en droit carcéral, la Commission doit trouver un équilibre entre l'incarcération et la réinsertion sociale.

Trop « sophistiqué » pour la thérapie de groupe, selon son avocat

Selon Sylvie Bordelais, la Commission doit « tenir compte de ce que l’on connaît de l’individu ». « Dans sa décision, elle retient le fait qu’au chapitre des évaluations, la dernière en date était de novembre 2021, ce qui remonte quand même à quelque temps », ajoute-t-elle.

« Ces évaluations étaient basées sur un suivi qui avait débuté seulement en octobre 2021. Encore une fois, ce n’est pas très long comme période de remise en question et de suivi avec un professionnel. »

Dans leur décision, les commissaires ont également insisté sur le fait que M. Boisclair n’a pas profité de l’aide qui lui avait été offerte par les services correctionnels durant son séjour en prison. Il a entre autres refusé de participer au programme spécialisé en délinquance sexuelle.

« La Commission pense que c’est important, mais en même temps, on peut s’entendre pour dire qu’une personne qui a une certaine notoriété publique, ça peut être un peu plus difficile de suivre un programme de groupe au sein d’un milieu correctionnel », nuance Mme Bordelais.

En effet, M. Boisclair aurait fait état de ses craintes quant à la confidentialité du programme avec le risque de fuites d’information à son sujet. Le politicien déchu a d’ailleurs assuré s'être fait battre par un détenu pendant son incarcération.

Son avocat a aussi fait valoir que la participation de M. Boisclair au programme aurait fait imploser le groupe en raison de son « niveau intellectuel » et de sa manière « sophistiquée » de s’exprimer.

« Impulsif et narcissique »

On peut lire dans la décision que M. Boisclair n’a eu jusqu’à présent aucun rapport disciplinaire pendant sa période d’incarcération. Les commissaires soulignent toutefois qu’il a reçu plusieurs notes négatives à son dossier, notamment en raison d'une « attitude arrogante » envers des agents des services correctionnels.

Toujours dans le rapport, on peut lire que l’agent évaluateur de M. Boisclair a relevé des traits de caractère « impulsif » et « centré sur sa personne » qui ont rendu difficiles les échanges au sujet de certaines composantes narcissiques ».

Les deux notes d’octobre 2022 mentionnent qu'André Boisclair a été « à la limite de l’émission d’un rapport disciplinaire », précise la Commission. Le principal intéressé a nié ces agissements, stipulant au contraire que ce sont certains agents correctionnels qui ont fait preuve de comportements « inappropriés » à son encontre.

Rappelons que M. Boisclair avait reconnu en juin 2022 avoir agressé sexuellement deux hommes rencontrés en ligne dans son appartement de Montréal en janvier 2014 et en novembre 2015.

L'ex-politicien avait alors plaidé coupable d'agression sexuelle avec la participation d'une autre personne dans un cas et plaidé coupable d'agression sexuelle dans le second.

Le juge Pierre Labelle, de la Cour du Québec, avait accepté la recommandation de la Couronne et de la défense de condamner André Boisclair à une peine de deux ans moins un jour d'emprisonnement, soit 18 mois pour la première infraction et six mois moins un jour pour la seconde.