Que fait-on vraiment à la Clinique juridique?

Pour tout étudiant en droit, l’expérience au sein d’une clinique juridique universitaire constitue souvent un moment charnière du parcours académique.
À la Clinique juridique de l'Université de Montréal, les étudiants plongent dans la réalité du terrain bien avant leur entrée officielle dans la profession. Mais concrètement, que font-ils? Et qu’y apprennent-ils vraiment?
Pour mieux comprendre, on a discuté avec Me Sarah Fortin, avocate coordonnatrice de la Clinique juridique. Après plusieurs années en pratique privée, elle est revenue à la faculté de droit, où elle avait complété son baccalauréat.
Un retour aux sources motivé par le désir d’offrir aux étudiantes et étudiants un apprentissage ancré dans la réalité concrète de la pratique.
Concrètement, comment fonctionne la clinique juridique et quel rôle jouez-vous?
Les services offerts couvrent un large éventail de domaines, notamment le droit civil, le droit notarial, le démarrage d’entreprise, la propriété intellectuelle, l’immigration ainsi que le soutien aux personnes victimes d’infractions criminelles.
Depuis la réforme législative de 2021, les étudiantes et étudiants peuvent également donner des conseils juridiques sous supervision, ce qui a permis d’élargir considérablement la portée des services offerts. Concrètement, les justiciables de partout au Québec peuvent prendre rendez-vous, que ce soit en personne ou en visioconférence.
Le processus comporte généralement deux rencontres. La première est consacrée à la collecte des faits : les étudiantes et étudiants, en équipe et accompagnés d’un avocat ou d’un notaire superviseur, apprennent à mener une entrevue, à poser les bonnes questions et à cerner adéquatement la problématique juridique. La seconde rencontre permet de transmettre l’information ou le conseil juridique après analyse du dossier.
Mon rôle consiste à coordonner l’ensemble de ces activités, à soutenir les équipes étudiantes et à veiller à ce que l’expérience soit à la fois rigoureuse sur le plan professionnel et formatrice sur le plan pédagogique.
Quels sont les principaux défis rencontrés par les étudiantes et étudiants lors de leurs premiers dossiers?
Le principal défi réside dans le passage de la théorie à la pratique. À l’université, les cas étudiés sont généralement structurés, bien délimités et présentés de façon claire. En clinique, les situations sont réelles, humaines et souvent complexes. Une problématique qui semble relever d’un seul domaine peut en réalité toucher plusieurs branches du droit à la fois.
Les étudiantes et étudiants découvrent ainsi que les enjeux juridiques sont rarement compartimentés et qu’ils s’inscrivent dans des réalités personnelles, économiques et sociales plus larges. Apprendre à naviguer dans cette complexité, à tolérer une certaine incertitude et à structurer une analyse malgré des faits parfois flous constitue un apprentissage fondamental. C’est exigeant, mais extrêmement formateur.
Y a-t-il des types de dossiers ou de clientèles qui reviennent plus souvent?
Bien que la clinique couvre de nombreux domaines, la majorité des demandes concernent le droit civil. Les dossiers liés au logement, aux obligations contractuelles, à la protection du consommateur ou encore à la responsabilité civile sont particulièrement fréquents. Ces questions touchent directement la vie quotidienne des citoyens, ce qui explique qu’elles représentent une part importante des consultations. La clinique demeure toutefois attentive à une diversité de situations et s’adapte continuellement aux besoins exprimés par la population.
Que diriez-vous à un étudiant ou une étudiante qui hésiterait à s’inscrire à la clinique?
Je leur dirais que la clinique constitue probablement la meilleure préparation à la pratique qu’ils puissent vivre durant leur baccalauréat. Au-delà des connaissances juridiques, l’expérience permet de développer des compétences essentielles comme l’écoute, l’empathie, la communication, la gestion du stress et l’analyse en contexte réel.
La clinique offre un cadre sécurisant et supervisé pour faire ses premières armes, tout en contribuant concrètement à l’accès à la justice. Il est normal de ressentir une certaine appréhension, car il s’agit d’un premier contact avec de vraies personnes et de vrais enjeux.
Toutefois, cette expérience marque souvent un tournant dans le parcours académique, puisqu’elle permet de comprendre véritablement ce qu’implique la pratique du droit et de gagner en confiance pour la suite, que ce soit au stage, à l’École du Barreau ou en début de carrière.
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