Carrière et Formation

Un langage clair pour les futurs avocats!

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Camille Dufétel

2023-08-23 14:15:00

Un avocat et vulgarisateur juridique explique à Droit-inc toute l’importance, pour les futurs avocats, d’adopter un langage clair et efficace. Qui est-il?

Clément Camion. Source: LinkedIn
Clément Camion. Source: LinkedIn
Avocat et spécialiste en vulgarisation juridique, Me Clément Camion remarque que selon le projet de Règlement sur la formation professionnelle des avocats, les futurs avocats du Barreau du Québec doivent développer leur capacité à communiquer de façon claire et efficace (Section III, Formation professionnelle).

Il s’agit en effet de l’un des objectifs listés en ce qui concerne le développement des compétences et des habiletés professionnelles.

Cela « fait écho à l'article 26 du Code de déontologie des avocats, qui prévoit que ‘L'avocat communique avec son client de manière à être compris par ce dernier’», précise le Barreau 2016, associé, « legal designer » et spécialiste en vulgarisation depuis plus de six ans et demi chez En Clair Service-Conseil Inc.

Droit-Inc discute avec lui de l’importance d’adopter un langage clair et efficace auprès de ses clients, quand on est avocat.

Pouvez-vous d’abord expliquer plus en détails ce que vous faites?

Je suis un des cofondateurs d’En Clair, une agence qui spécialise dans le « legal design », le design d’informations juridiques, de contenus juridiques, dans un langage clair. C’est beaucoup de rédaction, mais aussi de design graphique, de design d’expériences numériques… On n’est pas un cabinet d’avocats, on ne donne pas de conseils juridiques.

Que pensez-vous de l’objectif donné aux futurs avocats de développer leur capacité à communiquer de façon claire et efficace?

À l’époque où j’ai fait le Barreau, nous avions une formation de deux à trois heures sur le langage clair, assez minimal, qui mettait un peu ça sur le radar de notre conscience professionnelle.

Mais c’est vraiment une expertise qui demande beaucoup de pratique, beaucoup d’exemples, beaucoup d’accompagnement aussi, qui se fait en continu. C’est bien plus que d’éviter les mots latins quand on parle à quelqu’un qui n’est pas avocat.

Je trouve donc cela positif de voir parmi les objectifs, la communication claire et efficace. On travaille beaucoup et de façon directe avec des avocats, et tous nous disent qu’ils auraient aimé découvrir cela.

En réalité, il n’y a pas de formation pour ça au Québec. Ça se développe autrement, sur le tas.

Pourquoi est-ce si important que les avocats sachent communiquer de façon claire et efficace?

C’est comme tous les professionnels qui développent une expertise dans leur domaine. Il y a un écart énorme entre le bagage de connaissances qu’on acquiert et ce que les clients savent. Plus on avance, plus on acquiert de l’expérience et de l’expertise, et plus on peut être porté à rester dans notre technicalité et à ne pas être compris.

C’est extrêmement important d’avoir conscience de ça, et une des façons de combler cet écart, c’est de faire cet effort de se demander ce qui est accessible, ce qui est compréhensible pour la personne à laquelle on s’adresse.

Que ce soit pour rédiger un contrat de consommation destiné à des millions de consommateurs ou à un client individuel, il y a un effort d’adaptation à faire. Le fait d’en prendre conscience, c’est le premier pas pour communiquer de façon claire et efficace.

Après, il faut savoir à qui on s’adresse, quel est notre public cible. C’est le cœur de notre démarche, de documenter ce que les gens comprennent et ce qu’ils ne comprennent pas.

Pourquoi est-ce que cela prend du temps et de l’expertise, de savoir vulgariser?

On ne peut pas juger soi-même de la clarté de ce qu’on écrit. La clarté, elle est du point de vue de notre lecteur, de notre destinataire. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut faire seul dans son coin. Faire des tests auprès des utilisateurs, ça permet d’apprendre et de se corriger.

Aussi, dans la manière dont le droit est enseigné et dans les techniques de rédaction aujourd’hui, on est encore face à des modèles qui parfois datent de plusieurs dizaines d’années… Quand on est jeune avocat, on a tendance à répliquer les modèles auxquels on est confronté.

Ces modèles sont de plus en plus mésadaptés. Par exemple, quand on signe un contrat sur un écran de téléphone cellulaire, on se doute que les modèles qui prévalaient il y a 20/25 ans ne fonctionnent plus en termes de format et de style.

On n’apprend pas à structurer une démarche de rédaction dans les formations offertes. Et à l’oral, c’est encore une autre dimension. Mais je suis moins spécialiste de la communication orale.

Si demain, tous les avocats savent s’exprimer de façon claire et efficace, ça changera quoi dans notre société?

Beaucoup de choses. On s’est énormément habitué à accepter des contrats, des conditions d’utilisation, des bannières de « cookies » sur les sites Web presque tous les jours sans les lire. On transige comme ça et on a un consentement de plus en plus dévalorisé.

Si tous les avocats se mettent à rédiger et à communiquer en langage clair, efficace, fluide, limpide, que ce soit au niveau contractuel ou dans les processus judiciaires et administratifs, et que les citoyens, les justiciables, les consommateurs se sentent outillés, intelligents, bien informés et avertis dans ces processus juridiques… Alors on vivra dans une société où il y aura plus de confiance, moins de conflits, plus d’efficacité…

Ça peut aller jusqu’à une efficacité économique accrue à l’échelle d’un pays. L’impact peut être énorme.

Pourquoi avoir décidé, en tant qu’avocat, de vous dédier à la vulgarisation juridique?

J’ai un parcours atypique, je n’ai jamais pratiqué dans un cabinet d’avocats. J’ai fait de la recherche à l’Université McGill, au Laboratoire de cyberjustice, pendant mes études en droit et un peu après.

J’ai commencé mon premier stage dans le monde du droit comme étudiant en 2e année chez Éducaloi. À l’époque, on était dans la première refonte du site Web d’Éducaloi et je suis tombé dans la marmite de la vulgarisation juridique à ce moment-là.

C’est là que j’ai rencontré mes associées, Mes Geneviève Fortin et Stéphanie Roy. De fil en aiguille, j’ai été amené à travailler sur des projets de services conseils…Et avec Geneviève et Stéphanie, on s’est dit qu’on ne simplifierait sans doute pas les lois et les règlements le lendemain matin, mais qu’on pouvait simplifier les contrats et tous les documents que les organisations publiques ou privées produisent.

Les organisations sont propriétaires de ces normes, et on a décidé de lancer En Clair avec cette idée qu’on peut faire mieux collectivement pour améliorer la qualité de ces documents. On travaille beaucoup notamment dans le domaine financier, en assurances…

Les organisations viennent vers vous pour vous demander de les aider à ce niveau, ou c’est l’inverse?

Nous sommes un peu victimes de notre succès, nous faisons très peu de sollicitation. Nous sommes une quinzaine de personnes à temps plein. Les entreprises privées et publiques viennent vers nous avec des demandes très précises, des projets.
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1 commentaire

  1. DSG
    l’importance, pour les futurs avocats, d’adopter un langage clair et efficace
    I think that Quebec lawyers should first learn French. It's a travesty that so many members of the legal community don't communicate in French.

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