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Avocats solos : comment maintenir son équilibre de vie ?

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Camille Dufétel

2023-06-02 13:15:00

Être avocat solo demande de savoir s’organiser et se poser des limites, si l’on veut continuer à avoir une vie saine. Un avocat québécois a son avis sur la question.

Me Stéphane Pagé. Source: LinkedIn
Me Stéphane Pagé. Source: LinkedIn
Être avocat solo comporte son lot d’avantages, puisque l’on est son propre patron, mais attention à ne pas tomber dans certains pièges… Notamment celui de travailler sans relâche jusqu’à l’épuisement !

Me Stéphane Pagé exerce chez Gendreau Cabinet Juridique et se spécialise en litige immobilier. Il conseille et représente les principaux intervenants du domaine immobilier, des entreprises et des professionnels dans des litiges complexes.

En partant, il précise qu’il y a des avantages à être avocat solo.

« Quand on est dans un moyen ou grand cabinet, on a des associés, des supérieurs ou des collègues qui nous délèguent des choses ou qui nous imposent un horaire, lance-t-il. Alors que quand on est seul, il y a ce point positif, il n’y a pas de collègues ou d’associés pour nous dicter des dossiers ou du temps à faire. On est maître de son temps. Mais le défi, c’est qu’on est seul. »

Ce Barreau 1999 intervient ponctuellement comme conférencier et coach auprès de professionnels pour optimiser leur potentiel, depuis 2005.

Pour lui, les avocats solos peuvent tout à fait maintenir leur équilibre de vie en assurant de bons revenus, à condition de suivre quelques conseils. Droit-Inc lui a demandé lesquels.

Que doit faire en priorité un avocat solo qui veut préserver son équilibre de vie ?

Si on est avocat solo, on est en affaires. Être un avocat, c’est être un professionnel en affaires, et quand on choisit d’être en affaires, ce n’est pas pour être prisonnier de son entreprise.

Je dirais aux collègues de prendre un peu de temps pour réfléchir à leur vie idéale en termes de nombre d’heures de travail et de se dire, ‘voici le taux horaire que je vais fixer, ou le montant forfaitaire pour un dossier’. Et le nombre d’heures ou de dossiers que j’ai à générer dans l’année pour atteindre mon objectif financier.

Je leur dirais donc d’avoir une direction, de la clarté, et de prendre le temps pour cela.

On n’a pas besoin de faire 2000 heures pour bien vivre.

Donc, premier point, se poser des limites en termes de nombre d’heures et de dossiers. Mais encore ?

Je leur dirais de bien qualifier leurs clients pour qu’ils ne soient pas complètement dépassés par des gens qui ne paient pas bien. Il faut identifier quel serait pour nous un client idéal. Il faut avoir une vision de cela.

Quand je fais du mentorat auprès d’avocats, je leur dis que peu importe notre bienveillance, le premier critère est qu’un client doit être en mesure de nous payer. Il faut dire au client combien coûte à peu près un dossier et voir si l’on sent une hésitation ou un problème.

Prenons l’exemple d’un dossier en droit immobilier qui va jusqu’au procès, qui prend environ 70 heures, et qui va coûter entre 20 000 et 24 000 dollars sur une période d’environ deux ans. Assez rapidement, on voit la réaction.

Si le client nous dit que ça n’a aucun bon sens, que c’est de la folie, on peut lui dire qu’on le comprend et qu’il a peut-être d’autres ressources. Par exemple, l’aide juridique, un avocat qui accepterait un pourcentage, ou qui a un taux horaire moins élevé et peut-être moins d’expérience.

Un client idéal, c’est aussi un client qui a une disponibilité. Il ne faut pas avoir à courir après lui pour faire des suivis. Surtout quand on est solo. Il faut s’assurer de lui dire que ‘notre dossier, c’est un partenariat’.

Après cela, il y a toute la question relationnelle. Il faut savoir quel est le genre de clients avec qui on aime travailler. Quelles doivent être ses qualités ? Est-ce qu’on aime les gens plus bourrus ? Ceux qui nous respectent ? Ceux de nature empathique ? On va essayer de ‘focuser’ sur le genre de personnes qu’on aime servir.

On prend alors moins de risques de perdre du temps à courir après des gens et de l’argent…

Oui, on ne peut pas éliminer les risques, mais on peut les diminuer. Il faut être sélectif. Généralement, quand on est avocat, on aime aider. Notre plus grand ennemi, c’est de vouloir aider tout le monde.

Quand on est à son compte, à moins d’accepter un certain nombre d’heures ou de dossiers pro bono gratuits, il faut dire aux gens qu’on a une capacité limitée de nombre de dossiers. Il faut bien décider qui on aide, sinon c’est là qu’on est complètement submergé, qu’on a des personnes qui ne nous paient pas bien et qu’on travaille sept jours par semaine et tous les soirs.

Avez-vous d’autres astuces ?

Oui, il y en a plein ! Je dirais aussi d’équilibrer sa semaine. Encore une fois, on n’est pas là pour être l’esclave de son entreprise. Je recommande aux avocats de distinguer le temps qu’ils passent ‘on the business’ et ‘in the business’.
‘In the business’, c’est quand ils font des dossiers, des recherches, qu’ils plaident à la cour. Là, ils sont dans leur entreprise. ‘On the business’, ça, les gens ne le font pas beaucoup. Ça consiste à travailler sur sa profession, sur son entreprise.

Idéalement, il faudrait geler du temps dans sa semaine, une demi-journée, pour se former, pour voir où on en est, pour regarder nos chiffres et notre clientèle, pour se demander où on va, et comment ça va. Souvent, on est pris dans le ‘day-to-day’ et on oublie de travailler sur notre entreprise.

Il faut prendre soin de nous aussi, et y aller par priorité. Quand j’accompagne des gens, je leur demande quelle est leur échelle de priorités. Certains vont me répondre en premier la santé. Quand je leur demande alors combien d’heures de sport ils font par semaine, ils répondent qu’ils n’ont pas le temps !

Donc, je leur dis que ce n’est pas une priorité, puisqu’ils n’y consacrent pas de temps. Si la santé et la famille sont notre priorité, il faut commencer sa semaine en se ‘bookant’ du temps pour celles-ci. Puis, pour son entreprise.

C’est ça, l’importance de l’équilibre. On ne peut pas donner aux autres ce que l’on n’a pas. Être avocat, c’est stressant et exigeant, il faut être capable de se ressourcer, sinon on va tomber dans l’épuisement et on va faire partie du fort pourcentage d’avocats qui ont des problèmes de détresse psychologique.

La profession d’avocat est un marathon. Il faut être capable de durer sur la longueur. De prendre du temps pour soi, de prendre moins de dossiers et de les faire bien. Je pense qu’à long terme, c’est plus positif que quelqu’un qui court sur un tapis roulant, qui s’épuise, mais n’avance pas.

L’important, ce n’est pas de faire des choses. C’est de faire les bonnes choses.

Un dernier conseil ?

Quand on est solo, il ne faut pas rester isolé. Il faut se bâtir un réseau de contacts, s’impliquer au Barreau, demander à un avocat d’expérience d’être son mentor si on commence, avoir des avocats de référence.

On peut songer au ‘coworking’, par exemple, qui permet aussi de s’entourer de personnes de différents domaines et d’avoir des collègues.
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2 commentaires

  1. Anonyme
    Anonyme
    il y a un an
    Délégation de certaines tâches
    Il est aussi possible de déléguer des tâches telles que la recherche ou la rédaction juridique à un avocat pigiste par exemple. Les honoraires de cet avocat, généralement moindre que ceux des avocats plaidants peuvent alors être facturés directement aux clients, de sorte que vous pouvez avoir de l’aide et du soutien dans vos dossiers sans les frais fixes d’un employé. Certains confrères et consœurs se spécialisent dans ce genre de services en « sous-traitance ». Voir par exemple Me Clara De Brito : https://claradebritoavocate.com/pour-les-avocats/

  2. Me Untel
    Me Untel
    il y a un an
    Merci
    Excellent article! Merci Me Pagé!

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