L’importance de vraiment se comprendre!

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Jean H. Gagnon

2015-09-08 11:15:00

Le secret d’une médiation réussie passe avant tout par l’instauration d’une bonne compréhension entre les parties. Un spécialiste de la question nous en dit plus...

Me Jean H. Gagnon a plus de 40 années d’expérience à titre d’avocat de négociateur, de médiateur et d’arbitre
Me Jean H. Gagnon a plus de 40 années d’expérience à titre d’avocat de négociateur, de médiateur et d’arbitre
L’on suppose souvent qu’une médiation consiste tout simplement dans une rencontre au cours de laquelle l’on énonce des positions et l’on s’échange des offres et des contre-offres devant une personne neutre, le médiateur (qui agit un peu à la manière d’un arbitre), dans l’espoir de finalement en arriver à un compromis.

Ceci est une perception très réductrice, et tout à fait incorrecte, de la médiation.

Une médiation bien menée nous amène à traverser, avec la médiatrice ou le médiateur comme guide, plusieurs étapes, dont l’une des plus importantes (possiblement la plus importante) consiste, pour les parties à un différend et pour leurs avocat(e)s, à vraiment se comprendre mutuellement.

En effet, nous avons tous l’habitude de tenir pour acquis que notre vision d’une situation et notre perception de l’autre représentent la vérité. En réalité, elles représentent « notre » vérité, tout comme la vision et la perception de l’autre représentent « sa » vérité.

Nous (autant les parties à un litige que leurs avocats respectifs) sommes aussi, lorsqu’impliqués dans un différend, toutes et tous victimes de puissants phénomènes psychologiques reconnus et documentés, dont celui de la « réaction dévaluative » (qui fait en sorte que notre subconscient escompte de beaucoup la valeur et l’intérêt de chaque affirmation, suggestion et proposition de celles ou ceux avec qui nous avons un différend, ainsi que de leurs avocat(e)s) et de « surconfiance » (qui fait en sorte que notre subconscient surévalue nos chances d’avoir gain de cause ainsi que l’importance de ce que nous pouvons raisonnablement espérer obtenir à l’issue d’un litige).

Nous court-circuitons donc ainsi quotidiennement le processus de communication nécessaire à tout règlement et croyons bien saisir ce qu’une autre personne nous dit, ou écrit, sans valider si notre compréhension représente bien ce que cette personne a voulu nous communiquer.

Un auteur français, Bernard Werber, a écrit avec justesse dans son livre « L’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu » :

« Entre
Ce que je pense,
Ce que je veux dire,
Ce que je crois dire,
Ce que je dis,
Ce que vous avez envie d’entendre,
Ce que vous croyez entendre,
Ce que vous entendez,
Ce que vous avez envie de comprendre,
Ce que vous croyez comprendre,
Ce que vous comprenez,

Il y a dix possibilités que l’on ait des difficultés à communiquer, mais essayons quand même… »

Aussi, avant que, lors d’une médiation, les personnes concernées, ainsi que leurs avocats, ne puissent entreprendre un travail sérieux de recherche d’une solution répondant aux intérêts légitimes des parties en litige, il est fondamental qu’elles se comprennent vraiment.

Une médiatrice ou un médiateur compétent et expérimenté possède, et utilise, plusieurs outils et techniques pour offrir aux parties en litige l’opportunité de vraiment bien se comprendre, souvent pour une première fois, ainsi que pour tempérer l’effet des phénomènes psychologiques qui réduisent la qualité de leurs communications à l’occasion d’un litige (ce que seule une personne neutre et indépendante des parties peut vraiment faire).

Voyons un exemple pratique illustrant bien le fait que l’on croit souvent avoir compris ce que l’autre nous dit alors que ceci n’est pas nécessairement le cas.

Dans mon article du 11 août dernier sur Droit-Inc.com, j’écrivais :

« Enfin, après avoir grandi dans un quartier du sud-ouest de Montréal où très peu de personnes accepteraient de se promener à pied (et encore moins le soir) et dans lequel les différends se réglaient le plus souvent avec les poings, j’ai passé en 1970 quelques mois au Pénitencier fédéral Saint-Vincent-de-Paul (communément connu comme le « Vieux-Pen », heureusement fermé en 1988). »

Ce paragraphe est tout à fait véridique.

Il semble aussi très clair. L’est-il vraiment ?

Combien parmi vous en avez tiré la conclusion que j’ai bien dû commettre un délit sérieux pour ainsi me retrouver dans un pénitencier fédéral (qui n’accueille que des condamnés ayant reçu une sentence d’emprisonnement de deux ans ou plus) ?

Cette affirmation a peut-être aussi soulevé pour certains la question de savoir comment ai-je pu être admis au Barreau du Québec quelques années à peine après avoir passé quelques mois dans un pénitencier ?

Petit clin d’œil gentil (et sans malice) pour la Bâtonnière et le CA du Barreau : j’avoue ne pas avoir mentionné cet épisode de ma vie lors ma demande d’admission au Barreau.

Dans un pénitencier, l’on retrouve trois catégories de personnes : des prisonniers, des visiteurs et… des employés.

Or, je n’étais pas un prisonnier ni un visiteur.

Comme je devais travailler pour payer mes études (mes parents n’ayant que des moyens très modestes), j’ai occupé pendant quelques mois en 1970 un emploi d’agent du Service correctionnel canadien (plus précisément, d’officier de classement) au Pénitencier fédéral Saint-Vincent-de-Paul.

Cette précision change-t-elle votre compréhension, et votre perception, du paragraphe ci-dessus, ainsi que l’image que vous avez pu en tirer ?

Pourtant, le texte de ce paragraphe n’a pas changé d’un mot et celui-ci est toujours aussi véridique ! Voici donc un exemple d’éclaircissement dans une communication qui peut modifier de manière importante la perception que des parties en litige ont l’une de l’autre, ainsi que leur compréhension des communications échangées, qu’une médiatrice ou un médiateur expérimenté tentera de faire ressortir au cours d’une médiation.

Je vous invite à me contacter (par courrier électronique à jhgagnon@jeanhgagnon.com ou par téléphone au 514.931.2602) pour toute question ou tout commentaire.
Jean

Bio

Avec 40 années d’expérience à titre d’avocat de négociateur, de médiateur et d’arbitre, Jean H. Gagnon est aussi l’un des pionniers du droit de la franchise au Canada. Il est également l’auteur de nombreux articles sur les moyens non judiciaires de prévention et de règlement des différends. Il est accrédité par l’Institut de médiation et d’arbitrage du Québec, par l’Institut de médiation et d’arbitrage du Canada, et par le Barreau du Québec.

Site internet: http://jeanhgagnon.com
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