Entrevues

Grosse prise pour Blakes

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Didier Bert

2024-02-21 15:00:20

Louis Morisset. Source: Blakes
L’ex-PDG de l’Autorité des marchés financiers rejoint Blakes. À Droit-inc, il explique son choix et sa mission…

Sa destination professionnelle était attendue depuis le 1ᵉʳ juillet 2023 lorsque son mandat de PDG de l'Autorité des marchés financiers (AMF) s'est achevé.

Me Louis Morisset donne une nouvelle orientation à sa carrière professionnelle en se joignant à Blakes à titre de conseiller stratégique.

Il s'agit d'un retour aux sources pour l’avocat assermenté en 1996 puisqu'avant de rejoindre l’AMF, il avait exercé en cabinet durant neuf ans. C’était en droit des affaires chez Stikeman Elliott.

Au début de l’année, Louis Morisset a également été nommé professeur associé au département de finance de HEC Montréal.

Louis Morisset a été le PDG de l’Autorité des marchés financiers de 2013 à 2023. Entré chez le gendarme des marchés financiers comme surintendant des marchés de valeurs, il avait succédé à Mario Albert à la tête de l’AMF.

Me Morisset a présidé les Autorités canadiennes en valeurs mobilières de 2015 à 2022. Il a contribué aux travaux de l’Organisation internationale des commissions de valeurs pendant plusieurs années. Il a siégé au conseil d’administration de plusieurs organisations, notamment l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques, Finance Montréal et le Collège des administrateurs de sociétés.

Louis Morisset détient un baccalauréat en droit de l'Université de Montréal.

Droit-inc: Qu'avez-vous fait depuis votre départ de l’AMF en juillet dernier?

Louis Morisset: J'ai pris plusieurs mois, l'été dernier et une partie de l'automne, pour profiter de cette pause professionnelle qui était la bienvenue. Je n'avais jamais eu une telle pause en 28 ans de parcours professionnel. J'en ai profité sans trop réfléchir à ce que j'allais faire par la suite. À la mi-automne, j'ai décidé d'effectuer un retour aux sources au niveau juridique. J'ai eu envie de revenir en pratique privée.

Qu'est-ce qui a motivé votre choix?

La conclusion de ma réflexion a été que j'avais envie de faire bénéficier des entreprises et des individus de mon expérience de PDG à la tête d'une organisation d'envergure comme l’Autorité, ainsi que de mon expérience accumulée au cœur du secteur financier. J'ai une expérience assez unique du système d'encadrement des marchés financiers au Canada, du rôle des régulateurs, du cadre réglementaire qui est en place. Cet encadrement a énormément évolué depuis la crise financière de 2008, avec de nombreuses améliorations et des pans complets qui n'étaient pas couverts auparavant, tels que les dérivés hors cote. Je détiens également une expérience des grands enjeux des politiques publiques, notamment la finance durable. Et je suis un avocat chevronné en valeurs mobilières. J'ai donc beaucoup à offrir, et ainsi mettre mon expérience multidisciplinaire à profit pour aider les entreprises et les individus à connaître plus de succès.

Pourquoi avoir rejoint Blakes?

D'abord, je voulais me joindre à un cabinet de premier plan, bien implanté à Montréal. Le bureau de Blakes connaît une très bonne progression depuis une vingtaine d'années. Il a réussi à s'imposer comme un chef de file sur le marché québécois. Et puis, je connaissais des avocats tels que Hubert Lacroix, avec qui j'ai travaillé dans le passé. J'ai eu une impression très favorable de la culture d'entreprise lors de mes rencontres avec Sébastien Vilder, associé administrateur du bureau. J'ai senti une attitude de travail collégial, avec une grande volonté de collaborer, un esprit d'équipe. J'ai beaucoup aimé ce que j'ai perçu dans mes rencontres. Par ailleurs, l'équipe de droit des affaires à laquelle je me suis joint m’est apparue solide, compétente, dynamique, en mode croissance. Mon bagage d'expériences sera complémentaire à celui de l’équipe, dans un environnement où je pourrai apporter beaucoup de valeur. Enfin, j'ai perçu un immense enthousiasme pour que je me joigne au bureau. Il est très agréable et positif de se sentir désiré de la sorte.

D'autres cabinets vous ont-ils contacté?

Oui, j'ai eu des échanges, des approches. Mais assez rapidement, pour les raisons invoquées, j'ai été amené à choisir Blakes.

Quel sera votre rôle chez Blakes?

Je vais pouvoir amener une contribution stratégique dans les dossiers des clients, lorsque se posent des questions réglementaires complexes, notamment dans les transactions, en matière d’efficience des marchés, lors des situations de crise ou d'enjeux de gouvernance. Tout cela est très stimulant. Je vais contribuer aux réflexions et au développement des positions du cabinet à l'égard des consultations réglementaires. J'ai contribué au niveau québécois et canadien à développer la réglementation. Je vais continuer de suivre de près ce qui sera développé.

Aurez-vous des responsabilités au-delà de votre rôle de conseiller stratégique?

Je compte aussi aider les associés du cabinet à consolider leurs relations clients, et à développer de nouvelles relations en offrant mon expertise en appui. Je ferai du mentorat et du coaching auprès des jeunes avocats. Je vais également contribuer dans le domaine de la formation continue. Et mon rôle pourra évoluer dans le temps.

Quel défi cela représente-t-il de passer de la tête de l’AMF à un cabinet d'avocats?

Il y aura sûrement une adaptation à ce rôle tout à fait différent, mais je crois que tout va bien se passer.

Quel regard portez-vous sur vos dix ans à la tête de l’AMF?

Quand je regarde en arrière, j'ai réussi à contribuer à transformer cette organisation de façon pérenne. Je peux voir les transformations dans la culture d'entreprise de l’AMF. L'organisation a beaucoup évolué au fil des années, en axant sa culture sur la collaboration, la performance et l'engagement des employés. Quand j'ai quitté, en juillet, on venait de faire un sondage de mobilisation des employés qui montrait que le sentiment de fierté et d'engagement était à 87 %. C’est le fruit d'un travail de longue haleine de dix ans comme PDG, où j'ai pu amener par mon leadership des changements culturels profonds qui ont transformé l’AMF.

Et dans les relations de l’AMF avec l’industrie et ses partenaires?

Nous avons développé une approche d’ouverture, de dialogue et d'interaction avec l'industrie. Quand je suis devenu PDG, il y avait une perception tenace dans l'industrie que l’AMF était déconnectée. J'ai travaillé activement à renverser cette tendance, avec mon équipe. L’AMF est devenue une organisation ouverte au dialogue et aux interactions avec l’industrie. J'ai contribué à l'accroissement du leadership et du rayonnement de l’AMF au Québec et dans les forums internationaux de régulateurs. J'ai assumé la présidence des ACVM pendant plus de sept ans, une période très active avec mes collègues des autres provinces, durant laquelle nous avons modifié de façon importante la réglementation au Canada. J'ai été impliqué de façon importante au niveau international, notamment à l'Organisation internationale des commissions de valeur, où j'ai pris le leadership de plusieurs projets. J'ai laissé derrière moi une organisation solide, composée de gens compétents et mobilisés, qui ont à cœur le rôle et la mission de l’AMF, qui est elle-même vouée à un très bel avenir. Je peux dire que je suis fier de ce que j'ai réussi à accomplir avec mes équipes.

Qu’auriez-vous aimé accomplir, mais que vous n'avez pas pu faire à l’AMF?

Il y a toujours des choses qu'on aimerait refaire autrement. La réglementation est en soi imparfaite. On cherche des réponses à des problématiques au sujet desquelles on aimerait anticiper davantage. Le processus de développement réglementaire est long. J'aurais aimé que la réglementation développée soit peut-être plus à l'avenant sur des enjeux qui finissent par émerger, mais nous avons tout de même un cadre réglementaire et normatif au Canada et au Québec qui est très solide, et qui est évalué de façon très positive par le Fonds monétaire international. Nous cherchons toujours à être les meilleurs. Quand je regarde en arrière, nous avons très bien fait. Le cadre réglementaire existant est très solide.

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1 commentaire

  1. sa mission?
    Continuer de faire tourner les portes, dans une industrie de portes tournantes?

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