Membre du Barreau depuis mai 1981, Me Jocelyn Giroux a toujours exercé en droit criminel à l'aide juridique. Il est le plus ancien des avocats de son cabinet, basé sur Maisonneuve Est, à Montréal.

"C'est pour ça, que j'ai le plus grand bureau", dit-il en riant, alors qu’il accueille la journaliste de Droit-inc.

Entre vocation et feu sacré

Après une formation en criminologie à l'Université de Montréal, et avant même de rentrer en droit, il avait déjà en tête une idée bien précise du chemin qu'il emprunterait.

Exemple parfait de ce que certains appellent la vocation professionnelle, il ne se voyait pas dans un grand bureau, pas son style, explique-t-il simplement.

Dynamique et passionné, le feu sacré ne l'a jamais quitté. "Mon sentiment de travail accompli passe par la défense des moins nantis de notre société", témoigne l'homme de 57 ans.

Au cours des sa carrière, il a été affecté successivement à des dossiers relevant de la Cour municipale, de la Cour du Québec et de la section des appels, toujours en défense. Avec plus de 30 ans d'expérience, autant dire qu'au bureau, c'est une référence.

Combinaison parfaite

Jocelyn Giroux a plus de 30 ans d'expérience dans le métier
Jocelyn Giroux a plus de 30 ans d'expérience dans le métier
Depuis janvier 2009, il travaille à temps plein sur le programme d'accompagnement Justice-Santé mentale de la Cour municipale de Montréal, et représente les auteurs de crimes mineurs souffrant de maladies mentales.

Cette fonction lui convient parfaitement et lui permet de combiner ses deux formations. "La criminologie, c'est mon monde. En fin de carrière, je ne pouvais pas rêver mieux", explique-t-il d'un enthousiasme sincère.

Ce programme de justice thérapeutique a été créé afin d'offrir un traitement adapté aux accusés qui l'acceptent, et d'éviter ainsi la récidive, autrement appelée le syndrome de la porte tournante.

Experts en psychiatrie, médecins, criminologues et agents de probation travaillent de concert avec les juges spécialement formés pour cette procédure alternative.

"On travaille à la remise sur pied de l'individu à tous les niveaux", explique Me Giroux.

Qualités excédentaires

Ses fonctions dépassent celles d'un avocat. Au-delà du travail sur la preuve, et la jurisprudence, il doit prendre part au processus de soins et composer avec toute la richesse et la complexité de l'humain.

Et puis, il faut aussi une bonne dose de souplesse, de psychologie et d'ouverture pour être capable de servir cette clientèle particulière au meilleur de ses intérêts.

Mieux vaut prendre de la distance avec les félicitations et les reproches. "Dans une même journée, un de mes clients a déclaré à la barre qu'il n'avait jamais eu un avocat aussi pourri, alors que le suivant m'a présenté comme l'avocat le plus extraordinaire qu'il n'ait jamais eu. La vérité est sans doute entre les deux."

De l'humour, un brin d'auto-dérision et de la modestie aussi: vous avez la recette.

À éviter cependant, le narcissisme et l'ego, qu'il vaut mieux laisser à la maison, ils ne cadrent pas dans cette salle d'audience où le juge n’hésite pas à féliciter l’accusé quand il revient devant lui avec un rapport de suivi médical concluant.

Pour illustrer son propos, Me Giroux raconte le cas d'un client qu'il avait tenté de rencontrer plusieurs fois avant sa comparution, en vain: l'état mental de l'accusé le rendait totalement imperméable à toute discussion. Une fois devant le juge, le client expliqua au juge qu'il ne voulait pas de l'avocat comme conseil parce qu'à chaque fois qu'il l'avait vu, il était saoul !

"Alors je me suis levé et j'ai répondu: pas toujours Monsieur le juge."

Et le sens de la répartie bien sûr!

Pratique exigeante

600 dossiers par année, et des audiences tous les jours, c'est le quotidien de Me Giroux
600 dossiers par année, et des audiences tous les jours, c'est le quotidien de Me Giroux
600 dossiers par année, et des audiences tous les jours, c'est le quotidien de Me Giroux qui doit aussi savoir se rendre disponible pour ses clients exigeants, parfois malgré eux.

Entre un accusé qui appelle huit fois en une heure pour vérifier sa date de cour, et un autre qui le contacte directement de l'hôpital, la sonnerie du téléphone revient plus vite qu'il ne faut de temps pour le dire. "Je dois les prendre quand ils appellent, sinon je risque de les perdre", explique-t-il.

Malgré tout, il ne changerait sa place pour rien au monde.

"De tous les postes que j'ai occupés, c'est celui que je préfère. Je suis entouré de spécialistes en sciences humaines, j'apprends beaucoup d'eux", indique l'avocat.

Le plus gros défi de sa pratique, c'est de tout faire pour que l'accusé aille jusqu'à la fin du programme prescrit et qu'il ne revienne plus devant les tribunaux. “En général, nous avons un beau succès”.

Quand il se retourne, à trois ans de la retraite, Me Giroux ne regrette rien, et referait le même chemin si l'occasion lui était donnée. Une vocation, on disait.

S'il dit qu'il arrivera à décrocher, il a déjà de nombreux projets en cours. Il prépare un livre intitulé "Un monde, ni plus ni moins", écrit en collaboration avec Yves St-Arnaud, un ancien professeur de l'Université Sherbrooke, et qui questionnera sur l'existence de dieu et la quête de la vérité.

Il fait également partie du groupe Agora, qui propose des articles sur des sujets de sociétés, incitant à la réflexion. Me Giroux fait partie des auteurs, et compte bien mettre à profit ses prochaines années pour continuer ses rédactions.

Mais n'avançons pas trop vite, restent trois années avant que le chemin ne prenne une autre direction qui sera certainement tout aussi prospère.