Me Julius Grey
Me Julius Grey
L’avocat spécialiste des droits de la personne, Me Julius Grey, estime que la société actuelle est trop punitive, et que sous sa pression, les tribunaux condamnent plus. Un système qui favoriserait les erreurs judiciaires.

« N’importe quel système commet des erreurs, le problème, c’est qu’il y en a plus qu’avant », assure Me Julius Grey.

Le système judiciaire canadien souffrirait d’après lui de « la pression de la société qui pousserait les tribunaux à être plus sévères. Le public a toujours été du côté de la punition. Déjà à l’époque des exécutions publiques, les gens se réunissaient, c’était presque une fête. Les gens n’acceptent pas qu’un condamné puisse être innocent, qu’une personne puisse être acquittée ».

Réhabilitation totale

Récemment, les accusations ont été abandonnées à l’encontre de Scott Quick, emprisonné pendant 22 mois pour le meurtre de sa femme. La Couronne a estimé le 16 janvier, que les preuves étaient insuffisantes pour maintenir les accusations. Il est donc ressorti libre de cette audience.

« Mais dans notre société, avoir un casier judiciaire ou avoir été accusé, même à tort, c’est presque la fin d’une vie. Alors que notre système devrait permettre une réhabilitation totale », poursuit l’avocat.

Le « vrai pardon » viendrait avec une réduction des conséquences des jugements, et un poids limité des associations de victimes, eux aussi dans la ligne de mire du spécialiste : « Le lobby des victimes, devenu très fort, s’immisce de plus en plus dans des affaires qui ne devraient regarder que la Couronne et l’accusé », estime-t-il, en assurant que cela ne remet pas en cause la sympathie qu’il a à leur égard.

Les années Harper auraient selon lui aussi mis à mal l’efficacité du système judiciaire : « Elles l’ont durci. Je pense qu’il faudrait même abroger toutes les loi adoptées en matière criminelles par le gouvernement Harper ».

Portée dissuasive?

Mais les jugements sévères et les peines exemplaires ne sont-elles pas là aussi pour dissuader ? « Les lourdes peines ont sûrement une portée dissuasive sur les citoyens lambdas, mais il a été dit dans de nombreux articles qu’elles ne font absolument pas peur aux grands bandits ou aux membres de gang », renchérit l’avocat qui souhaiterait une justice plus clémente.

Il estime qu’il faudrait que le Canada s’inspire des pays scandinaves pour revoir le fonctionnement de ses prisons et même envisager des peines différentes en fonction du profils des condamnés : « Je suis pour l’emprisonnement des personnes qualifiées comme hautement dangereuses, et il y en a. Mais pour les autres, ne pourrait-on pas par exemple les envoyer travailler dans des communautés éloignées? Les emprisonner à leur domicile ? Les faire payer de lourdes amendes? Bref, envisager des solutions moins coûteuses et débilitantes… ».