Me Alexandre Shee est analyste à Real Ventures
Me Alexandre Shee est analyste à Real Ventures
Pour Me Alexandre Shee, analyste à Real Ventures, une compagnie qui investit financièrement dans des start-up, le constat est sans appel : « Le Barreau du Québec est plus le problème que la solution ».

Depuis trop longtemps, il place la protection du public comme sa priorité et c’est là que le bât blesse pour Me Shee. « La protection du public créé un monopole du savoir et de l’action juridique de la part des avocats », explique-t-il. Il n’y a que les avocats, dit-il, qui peuvent émettre un avis juridique.

Cette situation prive ainsi une grande partie de la population d’un accès à la justice. Les coûts d’une consultation juridique sont souvent pointés du doigt. « Comment peut-on dire alors qu’on vit dans une société de droit? Comment protéger le public si personne n’a accès à la justice? », s’interroge l’analyste.

Résultat, « 88,3% des gens ne veulent plus ou ne veulent pas faire appel aux services d’un avocat », en raison des tarifs prohibitifs, dit Me Alexandre Désy, fondateur du site On règle, une plateforme de règlement de litige en ligne.

Protection démesurée

Alexandre Shee pousse le raisonnement encore plus loin : « La protection du public oblige les avocats à avoir une assurance responsabilité pour leur travail. À cause de cela, ils vont écrire un mémo de 10 ou 30 pages pour répondre à une question simple, parce qu’ils veulent se protéger et qu’ils ne veulent pas être poursuivis eux-mêmes. On est rendu dans un niveau démesuré de protection comparé aux besoins ».

La bâtonnière du Québec, Me Claudia Prémont, met l’accent sur la valeur ajoutée que représente l’avocat grâce à la formation qu’il suit. « Avoir un monopole n’est pas une notion protectionniste, dit-elle. Je parlerais plutôt de compétence, d’expertise. Cela permet de s’assurer que le public ne se tournera pas vers un charlatan qui risque d’empirer sa situation. »

Mais cette valeur ajoutée semble finalement être une création du système juridique lui-même, puisqu’il est à l’origine de ce besoin d’expertise : « Les complexités du système juridique ont été créées par l’homme, car nous écrivons les lois, nous pratiquons le droit et nous l’appliquons », renchérit Me Shee. « On a choisi le système dans lequel on est », ajoute Me Désy.

Miser sur les nouvelles technologies

Tous les deux misent sur les nouvelles technologies pour permettre la démocratisation du droit. « C’est impossible pour un avocat de connaître toutes les lois, lire tous les jugements et savoir toutes les conclusions potentielles de la causes qu’ils vont plaider. Les avancées, comme l’intelligence artificielle, permettent à un ordinateur d’analyser un nombre incroyable de donnée », assure-t-il.

Alexandre Désy utilise les nouvelles technologies pour mettre en place sa plateforme qui permet aux avocats de faire leur révolution industrielle et « de passer de l’artisanat à la chaîne de montage » en proposant des solutions uniformes.

Des efforts

De son côté, le Barreau se défend de se traîner les pieds : « On fait plusieurs efforts en soutenant Éducaloi par exemple, on souhaite aussi l’intégration de notions de droit dans le processus scolaire », explique la bâtonnière, tout en admettant que l’institution ne met pas d’argent dans le démarrage de cabinet innovant. « Nous prenons le virage numérique, nous revoyons notre façon de faire et notre offre », ajoute-t-elle en rappelant que protéger le public et donner un meilleur accès à la justice en même temps est possible.

Ces efforts sont salués par Alexandre Shee mais ne vont pas assez loin selon lui. Même son de cloche chez Alexandre Désy qui souhaiterait que le Barreau encourage plus le développement d’un environnement propice aux évolutions technologiques.

Autre préoccupation : ces avancées présentent-elles un risque pour la profession? Pas vraiment, d’après Alexandre Shee qui pense que le but n’est pas d’éliminer l’avocat, mais plutôt de changer son rôle pour qu’il devienne plus un médiateur, un conciliateur.

« L’avocat ne pourra pas juste être un médiateur », répond Me Prémont.

En tout cas, le Barreau est prévenu, conclut Alexandre Shee : « S’il n’embrasse pas les nouvelles technologies, il ne servira plus à rien ».