Me René Lapointe. Photo : Site Web de Morency
Me René Lapointe. Photo : Site Web de Morency
Me René Lapointe, avocat-conseil chez Morency, a célébré récemment 50 ans de Barreau.

C’est avec un sentiment de devoir accompli et une grande fierté que l’avocat en droit du travail regarde aujourd’hui le chemin parcouru.

En 69, tout était beau pour Me Lapointe, pour paraphraser Beau Dommage. Licence en droit de l’Université Laval en poche et accueilli au Barreau, il débute sa pratique comme généraliste.

Mais rapidement, il se rend compte que l’avenir sera dans la spécialisation pour lui. L’année suivante, il se joint à Me Denis Sirois pour former le cabinet Sirois Lapointe.

La construction de Morency

« Je voyais arriver le jour où on pourrait plus tout faire, tout le temps. L'évolution des règlements et des lois fait que, à un moment donné, tu perds le contrôle de la connaissance. On ne peut pas tout suivre dans tous les domaines au même rythme », convient le juriste.

La boutique Sirois Lapointe, qui devient Sirois Lapointe Bégin avec l’arrivée de Pierre Bégin, se spécialise donc en droit du travail, en droit administratif et en droit de l'éducation. « On n'avait pas d'autres champs, et on n'en voulait pas! »

Me Lapointe constate avec ses partenaires que leur formule plaît aux clients, mais qu’ils doivent souvent les référer, car le cabinet ne peut combler tous leurs besoins. L’appel de la fusion résonne de plus en plus fort afin d’offrir un service plus complet aux entreprises.

Les associés de Sirois Lapointe Bégin ne voulaient toutefois pas « se soumettre » à un grand cabinet de Montréal ou de Toronto. C’est alors qu’une rencontre fortuite avec Pothier Bégin, cabinet de Paul Bégin, qui deviendra par la suite ministre de la Justice péquiste, les a approchés au tournant des années 1990. Ce cabinet comptait alors 18 avocats.

« Ils faisaient du municipal, du bancaire, du civil, du commercial. En droit du travail, ils n'avaient pas notre réputation. Alors on a vite compris que c'était une bonne affaire de se rejoindre. Je trouvais aussi que ça faisait un beau défi. »

Cette croissance s’est poursuivie jusqu’à nos jours, avec l’ajout de GMRD en 2000. Avec les départs des associés au fil des ans, Pothier Bégin est devenu Pothier Delisle, puis Pothier Morency, avant d’adopter définitivement le nom de Morency en 2007.

Humble, Me Lapointe souligne qu’il s’agit de sa plus grande fierté professionnelle, mais surtout une fierté d’équipe.

« Le cabinet a maintenant 125 employés, ce n'est plus une boutique! »

Les clés de la longévité

À 74 ans, René Lapointe a vu la société et la pratique évoluer grandement devant ses yeux. Il note au passage les changements à l'article 45 du Code du travail, sur le morcellement des entreprises pour pouvoir éviter la syndicalisation, l'arrivée de la loi sur les accidents au travail dans les années 80 et la question du harcèlement psychologique qui a été mise au coeur des bonnes relations de travail.

Mais le plus gros changement, selon lui, c'est l’évolution des mentalités des patrons face aux syndicats. « Au tout début de ma pratique, lorsqu'un syndicat arrivait dans le décor, le mot d'ordre du patron était: "on ne le laissera jamais rentrer ici". Peu à peu, le patronat a compris que ce n'était pas nécessairement une catastrophe de voir arriver un syndicat. »

Mais comment, d’un point de vue personnel, comment demeurer motivé toutes ces années dans une pratique spécialisée? « Pour garder la flamme, il faut avoir des changements de façon cyclique dans sa carrière, tous les 10-12 ans. »

C’est pourquoi au début des années 1980, René Lapointe a complété des mandats de négociateur au niveau provincial dans l'éducation, qu’il a développé son rôle d’associé, et que plus tard dans sa carrière, il est devenu mentor pour la relève de Morency.

Garder une bonne ambiance de travail y est pour beaucoup également. « J'ai eu la chance d'avoir de bons associés. Bien sûr, il y a eu quelques discussions musclées, mais les gens se sont toujours respectés et les intérêts du cabinet ont toujours passé avant les intérêts personnels. »

Les qualités d’un mentor

L’avocat conseille les jeunots chez Morency, alors qu’il se dirige tranquillement vers une retraite bien méritée. Qu’est-ce qui fait de lui un bon mentor aujourd’hui? L’écoute, répond-il sans hésitation.

« Pour comprendre ce dont un jeune a besoin, il faut que tu sois à son écoute. »

Ensuite, il faut développer la confiance chez les jeunes avocats. « Les causes difficiles, on ne les confie pas aux plus jeunes. S'il se casse la gueule, il va avoir de la misère à s'en remettre. Si une cause est perdue d'avance, mais qu'il faut la plaider quand même, envoie un senior. »

« Je suis étonné de voir la rapidité avec laquelle les jeunes se développent aujourd'hui. On a une belle qualité de jeunes au bureau. »

50 ans… de mariage!

René Lapointe rigole lorsque l’auteur de ces lignes lui demande ce dont il est le plus fier: 50 ans de Barreau ou 50 ans de mariage avec son épouse, Céline Girard?

« Question piège! Je suis très fier de 50 ans de mariage. Autour de moi, quelques-uns ont flanché! »

Les deux auront eu une carrière aux antipodes. Lui, dans le « milieu assez conservateur » des avocats, elle, dans le milieu « plus flyé » des arts, en tant qu’artiste-peintre et sculpteure sous le nom Céline G. Lapointe.

« C'est ce qui fait que notre couple a duré probablement aussi longtemps, on avait une carrière dans des domaines différents. Même si ça donnait l'impression de nous éloigner, ça nous rapprochait. »

D’ailleurs, la médaille soulignant ses 50 ans de Barreau lui a été remise la journée même de son 50e anniversaire de mariage par le bâtonnier de Québec, Me Louis Riverin… qui n’est nul autre que son gendre!

« Ma conjointe et moi sommes en forme tous les deux, on n'a pas de maladie grave, on n'a pas de soucis. C'est donc une belle double carrière! »