Les légaltechs envahissent de nouveaux marchés
Les géants de la technologie juridiques débordent de leurs frontières pour s’attaquer à la fintech et au financement de cabinets..
Le secteur de la legaltech n'entend plus se limiter à améliorer le quotidien des avocats.
En l'espace de quelques jours, deux annonces majeures illustrent une même ambition : Clio et Harvey, deux géants du secteur, franchissent les limites de leur cœur de métier pour s'aventurer dans des domaines jusqu'ici étrangers à l'industrie juridique — le crédit aux entreprises pour l'un, l'investissement en capital de risque pour l’autre.
Clio finance
La firme Britanno-Colombienne Clio a officiellement lancé Clio Capital, un programme de financement conçu exclusivement pour les cabinets d'avocats utilisant sa plateforme de gestion de cabinet, rapporte Lawnext.
L'idée peut sembler surprenante pour une entreprise de logiciels, mais elle répond à une réalité établie : les petits cabinets sont structurellement défavorisés par les prêteurs traditionnels, qui ont peu d'incitation économique à accorder de petits montants, forçant certains à recourir à des cartes de crédit à des taux de 20 à 24 % ou plus.
La force de Clio Capital repose sur les données. Puisque Clio traite les paiements de dizaines de milliers de cabinets via son produit Clio Payments, la société dispose d'une visibilité en temps réel sur la fréquence de facturation et les volumes de paiement. Ces données alimentent un processus de préqualification qui évalue en continu l'ensemble des clients éligibles.
Résultat : les cabinets qui répondent aux critères reçoivent directement dans la plateforme une offre préqualifiée, sans avoir à fournir des documents financiers ou à solliciter une banque.
Les premiers résultats sont prometteurs. En moins d'une semaine d'opération complète, le programme avait déjà déboursé plus d'un million de dollars via plus de 35 prêts, avec des montants allant de 1 500 dollars à près de 230 000 dollars, pour une moyenne d'environ 37 000 dollars. Le taux d'approbation attendu avoisine les 95 %, et les fonds sont généralement disponibles en 48 heures.
Harvey se diversifie
De son côté, Harvey — valorisée à 8 milliards de dollars — a choisi une stratégie radicalement différente pour étendre son influence : devenir investisseur. La firme s’apprête à investir dans de jeunes légaltechs en s'associant au fonds de capital de risque The LegalTech Fund, dirigé par Zach Posner, pour identifier et soutenir la prochaine vague d'outils destinés aux cabinets et aux équipes juridiques internes, relaie Business Insider.
Le raisonnement de son PDG, Winston Weinberg, est simple : le marché juridique d'un trillion de dollars est trop vaste et trop fragmenté pour qu'une seule entreprise le domine entièrement.
Plutôt que de tout construire en interne, Harvey préfère soutenir financièrement des jeunes pousses spécialisées. Les clients demandent régulièrement des outils très ciblés — rédaction de brevets, gestion des dossiers clients — que Harvey n'est pas nécessairement en position de développer elle-même.
Harvey investira via ses revenus propres avec des tickets inférieurs à 2 millions de dollars par opération. Certains de ces investissements pourraient évoluer vers des partenariats d'intégration, voire des acquisitions.
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Il fallait oser, et quelqu'un l'a fait!