Les jeunes avocats sont-ils préparés aux réalités de la pratique privée?

Les jeunes avocats sont-ils préparés aux réalités de la pratique privée?
Sonia Semere

Sonia Semere

2026-03-13 15:00:09

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Débuter en droit, c’est se confronter à une réalité souvent plus exigeante que prévu… Une avocate chevronnée partage son regard sur les attentes de la relève.

Source : Me Caroline Gagnon


Lors du prochain congrès du Jeune Barreau de Québec (JBQ), plusieurs avocats partageront leur expérience du début de la pratique.

Cette initiative, portée par le comité santé mentale du JBQ, abordera des enjeux centraux : pression des délais, attentes élevées, gestion du stress, et conciliation travail-vie personnelle.

Parmi les intervenants figure Me Caroline Gagnon, avocate chez Bernier Beaudry. Avocate depuis 1995, elle pratique en litige civil et commercial ainsi qu’en droit disciplinaire.

En parallèle, elle enseigne depuis une dizaine d’années à l’École du Barreau dans le cours d’éthique et de déontologie, ce qui lui permet de rester en contact direct avec la relève.

Cette double casquette lui offre une perspective unique sur les jeunes avocats : leurs attentes, leurs questionnements et les défis qu’ils rencontrent dès les premiers pas dans la profession.

Mais que constate-t-elle vraiment dans la pratique? Quelles sont les attentes de cette nouvelle génération et quels conseils peut-elle leur transmettre pour naviguer avec succès dans le milieu juridique? On a jasé avec elle…

Selon vous, existe-t-il un écart entre ce que les jeunes avocats imaginent de la profession et la réalité du terrain?

Les réalités de la pratique ont beaucoup évolué depuis mes débuts. Tout s’est accéléré et les jeunes avocats accordent une grande importance à la conciliation entre la vie personnelle et la carrière. Ce que j’observe toutefois, c’est que cette volonté d’équilibre peut parfois s’accompagner d’une pression supplémentaire de performance.

On veut réussir professionnellement tout en préservant sa vie personnelle. Mon message aux jeunes avocats est simple : il faut voir la carrière sur le long terme. La conciliation ne se mesure pas forcément au quotidien, elle doit plutôt se regarder à l’échelle d’une semaine, d’un mois ou même d’une période plus longue.


Certains aspects de la profession peuvent-ils surprendre les jeunes avocats, notamment dans leur relation avec les clients?

Je leur conseille d’abord d’être eux-mêmes et de ne pas hésiter à fixer leurs limites. Trouver un mentor est aussi extrêmement utile, surtout au début de la pratique. Un autre élément important est d’accepter que la perfection n’existe pas dans notre métier. Les jeunes juristes ont souvent tendance à vouloir peaufiner indéfiniment leurs documents.

Or, il faut apprendre à trouver l’équilibre entre bien faire et avancer. La clé, selon moi, reste la communication avec le client. Une relation de confiance réduit énormément le stress.

Observez‑vous un changement chez les nouvelles générations d’avocats en matière de santé mentale?

Oui, clairement. Les jeunes avocats sont très sensibles à ces enjeux et ils en parlent davantage. C’est une bonne chose. Le Barreau du Québec s’intéresse d’ailleurs depuis plusieurs années à la santé psychologique des juristes.

Cela dit, il existe encore certains stéréotypes sur la pratique privée. Dans les faits, la grande majorité des cabinets ont mis en place des mesures pour favoriser une meilleure conciliation travail-vie personnelle. Il faut aussi éviter d’anticiper toutes les difficultés avant même qu’elles n’arrivent. Cela peut créer un stress inutile.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes avocats pour éviter le surmenage?

Le premier conseil est d’accepter l’imperfection et de prendre du recul. Par exemple, laisser un document sur la table en fin de journée et y revenir le lendemain avec un regard neuf peut faire toute la différence. Ensuite, chacun doit trouver son propre équilibre. Il n’existe pas une seule façon de concilier travail et vie personnelle. Certains ont besoin de planifier minutieusement leur temps, d’autres préfèrent des activités créatives ou sportives. L’important est de trouver ce qui fonctionne pour soi.

Personnellement, j’ai adopté une habitude simple : à la fin de chaque journée, je prends quelques minutes pour identifier trois choses positives que j’ai accomplies. Cela permet de se concentrer sur les réussites plutôt que sur ce qui reste à faire.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre début de carrière?

J’ai commencé dans un contexte très différent d’aujourd’hui. J’ai eu mes trois enfants sans congé de maternité ni prestations, alors que j’étais travailleuse autonome. C’était exigeant, mais la nature humaine est bien faite : on se souvient surtout du chemin parcouru. Je suis très fière d’avoir persévéré dans cette profession. C’est un travail passionnant, notamment parce qu’il permet d’aider les autres.

Avec le temps, on réalise aussi que les difficultés font partie du parcours : les dossiers perdus, les erreurs ou les moments de doute finissent par s’estomper. Ce qui reste, c’est l’expérience et la progression.

Je voudrais transmettre aux jeunes avocates et avocats un message de confiance et de perspective. On n’est pas uniquement avocat : on est aussi un parent, un ami, un membre d’une communauté. Il ne faut pas chercher à tout planifier. Une fois, lors d’un discours, on avait demandé à Lucien Bouchard où il se voyait dans cinq ans. Sa réponse était : « Je n’en ai aucune idée. »

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