Me Antoine Guilmain. Photo : LinkedIn d'Antoine Guilmain
Me Antoine Guilmain. Photo : LinkedIn d'Antoine Guilmain
À 28 ans, Me Antoine Guilmain n'avait connu qu'un seul cabinet : Fasken. Entré au 800 rue Square-Victoria comme étudiant en droit puis stagiaire il a pu y faire ses armes et développer ses compétences au sein du groupe Protection de l’information et de la vie privée.

Aujourd'hui, c'est du côté de l'entreprise qu'il poursuit sa carrière. Et pas n'importe laquelle : Facebook, où il est devenu conseiller en protection des données.

« Je suis arrivé à Dublin le 23 janvier. Je viens de commencer cette semaine, au sein de leur équipe de protection des données », explique le jeune avocat, joint au téléphone par Droit-inc.

« Je serai en contentieux. C'est sûr que ça va me changer. Je vais travailler sur le développement des produits, pour qu'ils soient en conformité avec les lois relatives à la protection des données personnelles. Je vais donc être amené à travailler avec des ingénieurs, des développeurs », poursuit-il.

Il faut dire que, d'après l'avocat, le soucis de la protection des données personnelles est présent dès la conception.

Et la vie privée?

On sait toutefois que Facebook n'a pas brillé ces dernières années par son respect de la vie privée de ses utilisateurs : en mars 2018, le New York Times et le Guardian révèlaient comment la firme Cambridge Analytica avait fait usage des données de millions d’utilisateurs, sans leur autorisation, en déployant un test de personnalité sur Facebook.

En juin 2018, le New York Times dévoilait que Facebook passait des accords avec des fabricants d’appareils comme Apple, Microsoft, Amazon ou encore BlackBerry, leur octroyant des accès privilégiés à des données utilisateurs, obtenues sans le consentement de ces derniers.

À tout ça, Me Guilmain répond : « Sans nier les enjeux et critiques de ces dernières années, je crois qu’il faut aussi savoir saluer une volonté de mieux faire de la part de Facebook. Le meilleur exemple étant de capitaliser sur son équipe de protection des données tout en recrutant des professionnels du monde entier. La question est donc prise au sérieux et on ne lésine pas sur les moyens. C’est dans cette démarche constructive que j’aimerais m’inscrire ».

Selon lui, il était donc évident de saisir cette opportunité. Facebook l'a contacté à l'été dernier et il s'est dit que « ça ne mangeait pas de pain » de voir un peu comment pouvait se passer la suite. « J'ai passé environ 10 entrevues de 30 à 40 minutes. C'était très long, mais pas forcément inhabituel », dit l'avocat.

Il préfère Dublin

Après plusieurs mois, Me Guilmain fait le grand saut. C'est donc à Dublin qu'il va s'installer. Pourquoi pas en Californie? Car Me Guilmain, détenteur du Barreau de Paris depuis 2018 s'est spécialisé dans tout ce qui touche à la nouvelle réglementation européenne en matière de protection des données, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) et que les activités européennes de Facebook se trouvent en Irlande.

Plusieurs choses l'ont décidé à quitter Fasken. « C'est très relatif à mon domaine. C'est un enjeux important aujourd'hui, un domaine très mouvant également, surtout pour Facebook. L'équipe avec laquelle je vais travailler est aussi très internationale, ils viennent de partout en Europe. L'occasion me semblait unique, ça va me permettre d'ajouter une corde à mon arc », explique-t-il.

Par ailleurs, l'avocat estime que c'est en Europe que « ça se passe » en matière de protection des données personnelles. « Le contexte est très effervescent et ça va venir au Canada », croit-il.

Après 9 ans passés à Montréal, il est donc temps pour Me Guilmain de se rapprocher de ses origines françaises. Mais il prévient : « ce n'est pas un adieu, mais un aurevoir. Je ne vois pas tout ça comme la fin de mes rapports avec le Canada », explique celui qui a récemment obtenu sa résidence permanente et qui compte un jour demander la citoyenneté.

Le déménagement a également été facilité par Facebook qui a pris en charge les choses. « Je n'ai pas eu à faire grand chose je dois dire », confie-t-il.

Ce qui va lui manquer à Montréal? Son cercle d'amis et ses collègues évidemment.

« Ça fait bizarre, on perd un peu ses marques, mais c'est un beau défi », dit-il.

En tout cas, il aborde ce nouveau défi professionnel avec une certaine sérénité, d'autant plus qu'il estime que son passage à Fasken lui a beaucoup appris.

« J'y ai développé une vraie expertise. Je pense que c'est important de développer un champ de compétences intéressant et qui intéresse l'avocat », dit le juriste qui souligne le travail de ses mentors chez Fasken, ceux qui lui ont justement permis d'en arriver là.