Me Antoine Aylwin. Photo : Site web de Fasken
Me Antoine Aylwin. Photo : Site web de Fasken
Antoine Aylwin lance sa campagne. Le Barreau 2003 associé chez Fasken Martineau récolte présentement des signatures afin de se porter candidat au bâtonnat. Spécialisé en litige civil et administratif, Me Aylwin a été président du Jeune Barreau de Montréal, puis administrateur du Barreau du Québec pendant cinq ans, dont deux mandats à titre de vice-président.

Me Aylwin a créé un site web pour récolter les signatures en appui à sa candidature, qu’il compte déposer dès l’ouverture de la période électorale, le 2 mars. Les élections du Barreau se tiendront du 4 au 14 mai.
Droit-inc lui a parlé en exclusivité...

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous présenter au poste de bâtonnier?

Je crois qu’on doit moderniser la pratique du droit et intégrer davantage d’outils technologiques dans nos méthodes de travail. C’est un projet que je porte depuis plusieurs années. J’ai moi-même transformé ma pratique en éliminant tous les dossiers papier.

Pendant mes années au conseil d’administration, j’ai d’ailleurs beaucoup travaillé sur un projet d’infonuagique sécuritaire destiné aux avocats et hébergé au Québec. On a aussi lancé une offre d’adresse courriel sécurisée.

Je constatais à l’époque qu’il y avait peu d’appétit pour se mettre à jour, pour utiliser de nouvelles technologies. La pandémie a provoqué une belle occasion pour en discuter et a fait naître une volonté des différents intervenants du milieu d’essayer de nouvelles choses. J’y vois une opportunité à saisir pour le Barreau de jouer un rôle de leadership dans ce domaine.

Quels autres projets devraient être mis en priorité par le Barreau, selon vous?

Il y a plusieurs grands chantiers qui sont déjà en branle et qui ne doivent surtout pas ralentir. Je pense aux dossiers portant sur la santé mentale, sur la diversité, au rapport sur le harcèlement en milieu de travail, entre autres. On ne peut pas mettre tout ça sur pause.

Je crois aussi que l’École du Barreau doit aboutir avec son nouveau programme de clinique juridique, sur lequel j’ai travaillé avec le CA. On doit concrétiser ce projet. C’est une belle façon d’avoir une offre de services juridiques pro bono pour la population, qui permet en même temps aux étudiants d’apprendre leur métier sans toutefois empiéter sur le travail des avocats en pratique privée.

Vous parlez de l’importance des chantiers en santé mentale, en diversité et à propos du harcèlement. Que comptez-vous apporter à ces initiatives?

Je tiens à ce qu’on donne suite aux recommandations des experts formulées dans le rapport sur le harcèlement sexuel, absolument.

Je crois aussi beaucoup en notre programme d’aide aux membres, le PAMBA. On doit s’assurer qu’il ait un financement suffisant pour maintenir une offre de service qui réponde aux besoins. L’année passée, les demandes d’aide de la part des avocats ont explosé, comme ça a été le cas dans la population en générale.

Le Barreau a commencé par sensibiliser ses membres aux questions de santé mentale, grâce à la campagne avec le juge Gascon et à diverses capsules. Comme deuxième étape, je voudrais qu’on offre des outils concrets à nos membres. Comment peut-on changer notre façon de travailler, d’interagir avec nos collègues?

Le défi « On décroche » du Barreau de Québec est un bon exemple. En arrêtant toutes les communications non urgentes entre collègues entre 19h et 7h, on prend conscience de la nécessité de décrocher du travail. Je veux qu’on trouve des gestes pratiques, qu’on se donne le pouvoir d’agir. J’en ai vu, dans mon entourage, des gens qui ont craqué. C’est très confrontant. Si on peut agir en amont, je crois qu’on va aider davantage.

Vous avez 41 ans. Votre âge est-il un avantage ou un inconvénient dans cette campagne?

Je suis effectivement plus jeune que la majorité des bâtonniers des dernières décennies, mais aussi plus vieux que le bâtonnier actuel.

Si on estime que le virage technologique est une priorité, je crois que c’est un avantage majeur d’avoir quelqu’un qui est proche de ces innovations et connecté avec la nouvelle génération, qui pousse pour qu'on améliore notre façon de pratiquer.

En tant que bâtonnier, vous serez l’image publique du Barreau. Comment envisagez-vous ce rôle?

Pour moi, c’est une question d’être bien branché sur les valeurs de l’organisation et sur les positions du conseil d’administration. Ce n’est pas notre opinion qu’on donne, c’est le fruit des réflexions de plusieurs têtes. C’est important d’y être fidèle.

Je vois aussi la position du bâtonnier comme un rôle d’acteur de la société, qui vient en quelque sorte donner un visage à la justice. On a l’occasion d’expliquer aux gens comment fonctionne notre système, avec ses avantages et ses inconvénients. L’éducation citoyenne permet aux gens de se former une opinion éclairée et d’adhérer au système.

On remarque depuis quelques années une certaine crise de confiance du public envers le système de justice. Comment comptez-vous y faire face?

Je crois que cette crise de confiance n’est pas dirigée uniquement envers la justice, mais envers toutes les institutions, que ce soit le gouvernement ou les médias. On doit être conscient de cette crise, mais aussi ne pas faire l’erreur de rejeter toutes ces critiques en bloc. Il faut accepter de se remettre en question quand c’est nécessaire.

Mais je crois aussi profondément que les gens ne peuvent apprécier ce qu’ils ne comprennent pas. Comme institution, on a la responsabilité de communiquer davantage et d’être plus présent.

Vous parlez d’une remise en question, qu’est-ce qui doit être amélioré dans le fonctionnement plus concret du Barreau?

Je souhaiterais qu’on fasse un virage vers l’expérience-client, qu’on oriente tous nos processus pour qu’ils servent au mieux l’utilisateur, pas le Barreau lui-même. Dans les aspects évidents à travailler, il y a les délais dans certains processus comme l’arbitrage et la conciliation des comptes, par exemple. Il faut revoir notre fonctionnement, car les délais peuvent être très frustrants.

Et, quand je parle d’utilisateur, je pense autant aux avocats qu’aux citoyens, qui peuvent aussi avoir à faire appel à nos services.

J’estime aussi qu’on doit enrichir notre offre de formation en éthique et déontologie, car c’est ce qui nous rassemble tous. Je veux aussi qu’elle soit gratuite pour tous les membres afin qu’il n’y ait aucun frein pour y accéder.