Me Extra Junior Laguerre. Photo : LinkedIn
Me Extra Junior Laguerre. Photo : LinkedIn
La bâtonnière sortante du Barreau de Montréal, Me Robin Schiller, a révélé récemment l’identité de son successeur : Me Extra Junior Laguerre. Un moment qu’elle qualifie « d’historique ».

172e Bâtonnier de Montréal, Me Laguerre est le premier noir à accéder à cette fonction au Québec. Il entrera en poste le 5 mai prochain.

« J'ai eu le plaisir de travailler avec Me Laguerre cette année et je peux attester de son travail acharné et de son dévouement au Barreau de Montréal », a-t-elle affirmé.

Me Laguerre a été élu par acclamation au terme de la période de mise en candidature. Il est le seul candidat à s’être présenté.

Qu’importe. Les réactions positives fusent depuis l’annonce de son élection. La section Québec de l’association canadienne des avocats noirs et le Jeune Barreau de Montréal ont tous deux salué son entrée en poste, en plus d’insister sur le caractère « historique » de l’événement.

« En plus d’avoir un parcours professionnel exemplaire, Me Laguerre a ouvert une nouvelle page d’histoire en ayant été le premier avocat noir élu président du JBM et répète maintenant ce moment inspirant de l’histoire à titre de Bâtonnier de Montréal », a par exemple indiqué le JBM par voie de communiqué.

Droit-inc s’est entretenu avec Me Laguerre.

Vous avez été élu par acclamations, certains parlent d’un moment « historique ». Qu’est-ce que tout cela vous fait?

Ça me fait très plaisir, car ça fait déjà plusieurs années que je m’implique pour le Barreau de Montréal. Au point où les gens ne sont pas étrangers à ma présence!

C’est aussi un bel accomplissement pour un kid né en Haïti, et qui est arrivé ici à l’âge de 10 ans. Mon élection, c’est quelque chose d'inattendu, même pour moi! Alors ça fait plaisir.

Pourquoi vous êtes vous présenté au poste de bâtonnier?

Je connais très, très bien le Barreau de Montréal. J’ai passé approximativement cinq ans au Jeune Barreau, j’ai été impliqué au Barreau de Montréal dans plusieurs comités. Je connais très bien son fonctionnement, je comprends bien les rouages du Barreau (comment ça fonctionne, les comités à l’interne, etc.).

Ce qui me motive, c’est aussi… j’ai remarqué, pour m’être impliqué au Barreau pendant plusieurs années, que les gens connaissent bien le Jeune Barreau et l’Ordre professionnel, le Barreau du Québec. Mais pour le Barreau de Montréal… on est un peu squeezé entre les deux. Je crois qu’il est important d’expliquer aux gens ce que nous faisons et à quoi nous servons. J’aimerais que Montréal prenne plus de place.

Quelle est la première chose que vous ferez lorsque vous arriverez en poste?

Il y a plusieurs choses que j’ai l’intention de proposer au conseil… je crois qu’il y a certains petits trucs à améliorer, par exemple, à la gouvernance du Barreau. On va travailler là-dessus et en discuter au conseil, même si ce n’est pas un enjeu très sexy.

Je pense aussi que le Barreau devrait prendre plus de place dans les discussions qui ont cours auprès de la population. Le Barreau n’a pas comme tradition de prendre position, comme cela est survenu le 12 mars dernier au sujet du racisme systémique, par exemple. C’est la bâtonnière qui a initié ça, et j’aimerais poursuivre dans cette voie.

Nous allons aussi parler de diversité et d’inclusion. Je suis le premier avocat noir à accéder à cette fonction, et j’espère ne pas être le dernier.

En tant que bâtonnier, vous serez l’image publique du Barreau de Montréal. Comment envisagez-vous ce rôle?

Je suis familier à cette dimension pour m’être impliqué au Jeune Barreau de Montréal. Le Jeune Barreau est très militant, et habitué à prendre position.

Évidemment, la mission des deux organismes est très différente, dans la mesure où le Jeune Barreau défend l’intérêt des membres et le Barreau l’intérêt du public. Malgré tout, je n'ai pas trop de stress par rapport à ça. Je ne serai pas seul. Le Barreau a un conseil. Lorsque nous aurons des discussions intéressantes, quand le conseil le décidera, nous prendrons ou non position sur certains enjeux.

Racisme systémique, violences sexuelles, dénonciations publiques… Le public tend à critiquer et à mettre en doute le système de justice. Que pouvez-vous y faire en tant que bâtonnier du Barreau de Montréal?

Sur les enjeux que vous évoquez, je ne peux pas m’exprimer pour le moment, car je ne veux pas présumer de la volonté du conseil. Ce que je peux vous dire, en revanche, c’est que la mission du Barreau, qui est la protection du public, est très large. Il faut donc bien choisir ses batailles. Nous ne pouvons malheureusement pas régler le sort du monde, ne serait-ce qu’en raison de notre budget limité.

Je pense que le Barreau peut et doit parler pour défendre la primauté du droit, quand c’est important de le faire. Autrement, ça sert à quoi?

Notre rôle est d’essayer d’aider ceux qui sont moins favorisés que nous, et s’y nous pouvons les aider, alors je pense que c’est le rôle du barreau de le faire.

Il ne faut seulement pas oublier que nous ne sommes pas le gouvernement du Québec, la mairie de Montréal ou encore le premier ministre du Canada. Nous n’avons pas le budget pour régler le sort des gens, mais il y a certaines fois où le Barreau peut parler et prendre position tout en faisant attention à la façon dont il le fait et aux enjeux qu’il choisit.

Un mot de la fin?

Comme vous le savez, des élections auront lieu prochainement (NDLR : 26 avril) pour le poste de premier conseiller/première conseillère, entre Mes Julie Mousseau et Jonathan Pierre-Étienne.

J’espère que les gens iront voter en grand nombre. Il est important qu’ils puissent s’exprimer sur les différents points de vue des candidats en lice. J’invite aussi les gens à participer aux activités du Barreau… le Barreau c’est les gens. Plus il y a de gens, plus il y a de plaisir!