Me Mélanie Ricard. Source : Site web de la Ville de La Tuque
Me Mélanie Ricard. Source : Site web de la Ville de La Tuque
Une ancienne infirmière devenue avocate s’est engagée bénévolement dans la campagne de vaccination en Mauricie et Centre-du-Québec.

Après six ans en tant qu’infirmière dans un hôpital, Me Mélanie Ricard étudie le droit et devient avocate. Grâce à son stage, elle travaille aux côtés de Me Isabelle Boyer en pratique privée. En 2011, elle ouvre son propre cabinet en droit criminel à la Tuque.

Nous nous sommes entretenus avec elle...

Pouvez-vous nous raconter vos débuts de votre carrière ?

À la Tuque, on est obligé de diversifier notre pratique. On fait beaucoup de droit criminel car on a beaucoup de clientèle autochtone. Ce sont des gens surreprésentés au niveau criminel et il y a des communautés autochtones sur notre territoire. On travaille beaucoup avec eux.

Depuis 2011, je fais du droit criminel, du droit familial (garde d’enfants et pensions), droit civil et corporatif. En 2018, j'ai appliqué aux postes de coroner à temps partiel car cela touchait à mes deux domaines de compétences. En avril 2019, on m’a nommé coroner à temps partiel et à ce moment-là, j’ai commencé à diminuer la pratique du droit pour me consacrer aux dossiers.

Récemment, en mai dernier, mon bureau a été repris par Milette Avocats de Shawinigan. Me Serge Milette a pris la décision d’agrandir ses bureaux et de prendre un bureau à la Tuque. Maintenant, je travaille comme avocate salariée pour Milette Avocats. Cela a permis d’augmenter notre offre de services juridiques. On est maintenant une équipe de plusieurs avocats.

Vous avez travaillé pendant six ans comme infirmière. Pourquoi avez-vous choisi de changer de métier à cette époque ?

La raison qui m’a poussé à changer de travail était vraiment les conditions de travail dans les hôpitaux. On fait plusieurs quarts de travail dans la même semaine, les fins de semaines et, en plus, du temps supplémentaire obligatoire.

C'est très fréquent quand on a complété un shift de huit heures, on doit rester encore 16h pour faire le quart complet obligatoire. Le code de déontologie oblige les infirmières à rester parce qu'on ne peut pas laisser nos patients sans soins.

Alors, j’ai voulu me rediriger vers une carrière plus stable. Au départ, j'envisageais de faire médecine mais je n’avais pas les prérequis universitaires. J’ai regardé d’autres carrières possibles.

Le droit m'attirait beaucoup pour plusieurs aspects dont le fait d’être proche des personnes en difficulté, les aider et surtout les conditions de travail. Par exemple, le fait de ne pas travailler la nuit et les fins de semaine. Dès ma première année d’université, j'ai eu un coup de cœur pour le droit criminel.

Et justement, y’avait-il une figure qui vous a inspiré à faire ce choix ?

Quand je me suis inscrite à l’université, je pensais au départ faire du notariat. À ma première session, j’ai eu un cours de droit criminel avec Pierre Rainville qui est un professeur très intelligent. Il a écrit plusieurs ouvrages dont celui intitulé Les humeurs du droit pénal au sujet de l'humour et du rire.

C’est un professeur vraiment inspirant.

Après avoir accepté le poste de coroner à temps partiel en 2019, comment avez-vous concilier le travail d’avocate et de coroner ?

C’est difficile car cela demande une bonne gestion d'agenda. Habituellement je vais choisir mes gardes de coroner les fins de semaine ou les jours où je n'ai pas de tribunal ou de rendez-vous.

Durant la dernière année, j'ai diminué ma pratique du droit. Habituellement, je travaillais trois jours par semaine. Je consacrais deux journées pour la rédaction des dossiers de coroner et pour faire des retours d'appel. En plus de ces deux jours, je faisais la garde une fin de semaine sur deux.

Dans cet agenda occupé, il y a eu la pandémie. Donc, j’imagine que c’est à ce moment-là que vous avez choisi de remettre la blouse d’infirmière ?

Au début de la pandémie, même si j’ai donné mon nom, les besoins n’étaient pas aussi présents à la Tuque. Par contre, quand la campagne de vaccination a débuté, il y avait un manque de vaccinateurs dans la région car il y a peu de personnels de la santé. Les vaccinateurs sont en majorité des personnes à la retraite ou qui ne pratiquent plus.

J’ai appliqué et j’ai été appelée sur le champ. J’ai commencé les formations en mars dernier.

Comment avez-vous réussi à continuer le tout ?

Par chance, je n’ai pas d’enfant et j’ai beaucoup de temps. J’ai un conjoint qui travaille beaucoup aussi.

Mon employeur est très flexible. Il me permet d’adapter mes heures de travail à mes heures de vaccination. Donc, je me sépare entre le bureau, le coroner et la vaccination que je consacre une à deux journées par semaine.

Me Milette était conscient de la situation quand il a repris mon bureau et il est très conciliant.

Pourquoi avez-vous soumis votre candidature pour aider le système de santé ?

Je suis comme « une influenceuse » de la vaccination au niveau du CIUSSS, une représentante de la vaccination. Je voulais vraiment faire un effort et contribuer aux besoins de la population.

Les conditions de travail en tant que vaccinatrice sont très différentes de celles des hôpitaux. Les horaires sont flexibles et dépendent de nos disponibilités. L’ambiance de travail est très positive. Je me considère comme la plus jeune retraitée.

Quelles sont les qualités d’avocate qui vous sont utiles en tant que vaccinatrice ?

Dans les professions d'infirmière et d'avocate, il y a beaucoup d’aptitudes qui sont similaires surtout quand on travaille avec une clientèle criminalisée et vulnérable. L'empathie, l'écoute, l’absence de jugement, le désir d’aider les gens….

Ce sont plutôt mes acquis en tant qu’infirmière qui m'aident beaucoup dans la pratique du droit. Mes clients apprécient ma pratique humaine. J’ai une facilité à me mettre à leur niveau, à vulgariser les informations, à ne pas les juger et à toujours considérer les dossiers criminels comme une réadaptation.

J’ai une approche plus humaine par rapport à la majorité de mes confrères parce que je suis une infirmière dans l’âme. J’ai parfois tendance à traiter mes clients comme des patients et à vouloir les soigner.

Quels sont vos futurs objectifs professionnels ? Pensez-vous à redevenir associée et continuer d’agrandir le cabinet ?

Non, ce n'est pas mon intention. Quand j’ai décidé de laisser la pratique privée, je ne voulais plus faire de la gestion de cabinet. Je préfère nettement être salarié et je suis contente de travailler avec cette nouvelle équipe.

La période estivale est une période plus tranquille au niveau judiciaire dans notre région. Je vais continuer d’assurer les services juridiques au bureau, de travailler sur mes dossiers de coroner et de poursuivre la campagne de vaccination jusqu’à l’automne.

Si un jour, l’opportunité se présente pour une permanence au Coroner, je poserai ma candidature. Mais, il n’y a pas beaucoup de postes de Coroner à temps plein au Québec.

Je n’avais jamais pensé que ma carrière prendrait se tournant-là. C'est important de garder tous les horizons ouverts et de se laisser la chance d'évoluer professionnellement en essayant d'autres choses. Cela amène de belles expériences. Il ne faut pas rester emprisonné dans cette vision du début de carrière par rapport à notre pratique et d’avoir peur d'en sortir.