Me Oumaima Mouncef. Source  : LinkedIn
Me Oumaima Mouncef. Source : LinkedIn
Me Oumaima Mouncef à l'éducation dans le sang.

Toute petite, elle se souvient des nuits blanches de ses parents, qui devaient souvent travailler tard, ou encore de les avoir accompagnés dans leurs cours à l’université.

Ces parents, originaires du Maroc, ont immigré au Québec il y a plus de 20 ans. Quittant leur emploi, ils ont été contraints de repartir à zéro en arrivant ici.

Maintenant avocate, la Barreau 2021 aimerait voir « plus de place pour la diversité dans l’espace public. »

« En grandissant, j’avais très peu de modèles d’inspiration. À la télévision ou à la radio, j’étais frustrée de ne voir personne qui me ressemblait. Ce qui m’a permis de continuer à avancer, c’est l’éthique de travail que mes parents m’ont inculquée. Mais ce n’est pas suffisant », a-t-elle écrit dans une publication LinkedIn qui a fait grand bruit.

3 900 mentions « j’aime » plus loin, elle se confie à Droit-inc. Tout en continuant d’espérer que l’on « donne aux petites filles des modèles de femmes fortes, inspirantes et ambitieuses, mais surtout, des femmes qui leur ressemblent. »

Vous faites votre entrée dans le monde du droit. Pourquoi avez-vous choisi de devenir avocate ?

J’ai toujours voulu être avocate. Celles et ceux qui me connaissent le savent. C’est le parcours logique, pour moi, celui qui est le plus synchronisé avec mes valeurs et ma personnalité.

Le concept de justice est très ancré en moi. J’adore surtout le fait que la profession nous permet de continuer à apprendre tout au long de notre carrière. C’est un métier qui permet de repousser ses limites, de toujours s’améliorer.

J’ai aussi choisi de pratiquer en cabinet, car cela demande beaucoup d’entrepreneuriat, une chose que j’aime.

Est-ce qu'un domaine du droit vous a séduit dans le cadre de votre formation ?

Je désirais faire du litige, et j’ai été embauchée dans le groupe de litige commercial (NDLR : De Grandpré Chait). J’ai presque exclusivement travaillé dans ce groupe durant mon stage.

Je trouve vraiment que ce domaine me nourrit intellectuellement. Ça peut être parfois stressant, mais j’ai un tempérament très calme, qui me permet de garder la tête au-dessus de l’eau la plupart du temps.

Et qu’est-ce qui vous a attiré chez De Grandpré Chait ?

En fait, pendant la course aux stages, lors de mes rencontres avec De Grandpré Chait, je me suis tout de suite senti à la maison.

J’ai senti que le cabinet à des valeurs communes aux miennes. Et c’est un endroit - je le répète souvent - où je sens que je peux rester moi-même. Je peux y rester authentique et fier de mes valeurs, et c’est vraiment ça qui m’a attiré.

Et qu’apportez-vous au cabinet ?

En tant que jeune sociétaire, je pense que je peux apporter un angle plus dynamique et une vision un peu plus nouvelle. Avec ma maîtrise en administration des affaires, je peux aussi mettre en pratique des connaissances un peu plus pointues, plus spécifiques, dans certains dossiers, et je pense que cela me distingue.

Sur un plan plus personnel, comment réagissent vos parents face à vos accomplissements ?

Par rapport à ma publication LinkedIn, il s’agissait vraiment d’un message spontané, qui venait du cœur. Je ne m'attendais pas à obtenir autant de réactions. J’ai vu que plusieurs personnes se sont identifiées et ça me fait chaud au cœur.

Pour mes parents, je crois qu’ils sont surtout fiers du fait que je pratique un métier que j’aime et qui me passionne. Mes parents, ce sont des gens très terre à terre. Le succès, ça les impressionnent peu. Ce qui est vraiment important pour eux, c’est que je travaille fort, et, surtout, que je ne me dénature pas tout au long du processus. Ils tiennent à ce que je reste authentique à mes valeurs.

Comment ont-ils réagi, par exemple, lorsque vous leur avez annoncé que vous aviez obtenu un stage chez De Grandpré Chait ?

Mes parents étaient très heureux pour moi, car ils savent que je désirais devenir avocate depuis que je suis toute petite. Ils sont très fiers de me voir réaliser mes rêves.

Je reviens à votre publication. Y a-il un message que vous désirez transmettre aux jeunes filles issues de l’immigration et à celles dont les parents sont des immigrants ?

Ça peut être difficile de prendre conscience que nous avons une identité propre, lorsque que l’on ne se voit nulle part. Mais, même si on ne se voit pas, cela ne veut pas dire qu’on n’existe pas.

Il m’est souvent arrivé d’être assise dans une salle où tout le monde se ressemble, sauf moi. Il ne faut pas se sentir intimidé. Il faut avoir confiance en soi. C’est une bonne façon de réaliser que notre différence est une force et de constater qu’elle est appréciée par les gens autour de nous. Et si tu sens que tu n’as pas de place, c’est à toi de la créer.

Aujourd’hui, il y a de plus en plus de places à la diversité. Je me souviens de la première fois que ma mère m’a montré Danièle Henkel à la télévision - elle est marocaine comme moi. Je me suis dit “wow, ça existe" ! Ça m'a donné une force incroyable et c’est ce qui m’a poussé à prendre des cours d’entrepreneuriat à l’université et à me développer dans le domaine de l’administration des affaires.

La nomination d’un nouveau juge à la Cour suprême issu de la diversité, c’est aussi quelque chose d’incroyable, qui montre que nous sommes en train d’aller de l’avant pour la diversité.

On sent en effet que des progrès tranquilles sont en cours en matière de diversité. Auriez-vous un souhait à formuler à ce sujet pour les cinq prochaines années ?

Pour les cinq prochaines années, je souhaite voir plus de femmes dans des postes de gestion. J’aimerais aussi que ces femmes aident les autres à prendre leur place. J’aimerais qu’on s’entraide entre nous et que d’autres initiatives de mentorat soit mises en place, car, moi, c’est ce qui m’a aidé à compléter mes études et à faire ma place chez De Grandpré Chait. J’y ai trouvé des mentores femmes qui m’ont beaucoup aidé, dont Me Léa Couture-Thériault.


Source : Oumaima Mouncef / LinkedIn