Me Michel Girouard, 49 ans, ancien étudiant de Sherbrooke, membre du Comité exécutif du barreau du Québec, est bâtonnier de la section depuis près de 2 ans. Il s’occupe d’un territoire de 65 143 km2, peuplé de 150 000 habitants où se répartissent, surtout autour des villes, 158 avocats. Pour donner une idée des distances, « Ville-Marie – Povirnituk, c’est à peu près Montréal-Calgary », annonce le bâtonnier. Des distances que l’avocat, qui exerce depuis 25 ans, a parcouru pour donner accès à la justice aux populations du Nord.

La justice itinérante du Grand Nord

C’est une des particularités du barreau de l’Abitibi-Témiscamingue. Certaines municipalités sont si éloignées, qu’il y a des Palais de justice sans route pour y accéder. Il faut s’y rendre en avion. Et, depuis des années, Me Girouard, fait le déplacement, dans le cadre des Cours de justice itinérantes.

« La première fois que j’y suis allé, j’ai eu l’impression d’être dans un autre pays, avec des paysages tellement différents de ceux que je connaissais. Quand je suis arrivé, il y avait un troupeau de 1 000 caribous qui avait investis le village », se souvient l’avocat.

Ça semble être un réel casse-tête pour y aller. Peu de vol direct depuis la région, ce qui oblige la Cour itinérante à passer bien souvent par Montréal. Le prix du billet revient au double ou au triple d’un billet Paris-Montréal. Alors quand il y a un vol, pas de chichis. « Les vols étant rares dans cette région, on voyage parfois tous dans le même avion : juges, procureurs, avocats de la défense et prisonnier », relate le bâtonnier.

Sur place, on recommence, Juges et avocats soupent ensemble, puisqu’il n’y a qu’une seule place pour se restaurer et qu’un seul motel.

Certains membres du barreau, une dizaine, font le déplacement régulièrement, jusqu’à 40 fois par année et ont bâti leur clientèle quasi-exclusivement sur le Grand-Nord. Une clientèle qui a les mêmes besoins que la clientèle des villes, avec une dominante en droit criminel et droit de la jeunesse.

Le marché de l’or

Retour en ville, où ça va bien pour les membres du barreau d’Abitibi-Témiscamingue. « C’est le boom incroyable. La récession n’a pas eu lieu ici », exulte Me Girouard. Pourquoi ? La hausse du prix de l’or bien sûr.

Cette hausse n’a pas généré localement un nouveau marché, en droit minier par exemple. En revanche, elle a entraîné toute l’économie de la région avec elle, avocats compris.

« Il n’est pas rare qu’un mineur gagne 125 000 $ par an, alors notre clientèle s’est enrichie. Il y a des gros patrimoines à partager et des achats d’immobilier important par exemple », constate Me Girouard. En droit corporatif, les avocats ne sont pas à plaindre non plus, puisqu’ils profitent du développement de nombreuses PME-PMI dans le secteur de l’or.

De quoi séduire les jeunes ? « Au début des années 2000, il était difficile d’attirer des avocats, car le Bas de la province les engageait quasiment tous. Depuis deux ans, les jeunes postulent chez nous, constate l’avocat. Sans faire de discrimination, on privilégie les gens de chez nous car les urbains peuvent avoir du mal à vivre en région. »

Dommage, car jusque là, cela donne pas mal envie d’y aller… Surtout, quand il conclut : « les avocats qu’on engage, on ne leur demande pas d’arrêter de vivre comme certains bureaux à Montréal. Alors peut-être qu’ils gagneront moins les trois premières années, mais sur la qualité de vie, y’a pas de comparaison. »

Vu l’enthousiasme du bâtonnier pour sa région, difficile de l’imaginer la quitter pour prendre un jour le bâtonnat du barreau du Québec. « C’est exclut pour les dix prochaines années. Ca vous sort du circuit pendant 3 ans. Qui tiendrait mon bureau pendant ce temps là ? »