Ce n’est pas sur les bancs de la fac que Michel Bergeron a eu la révélation pour la profession ; c’est arrivé plus tard. Bon élève, il se retrouve inscrit en droit et obtient son barreau en 1981. « Dès le début de mes études, j’ai su que le droit traditionnel ce n’était pas pour moi », se souvient-il.

Alors, il ose partir pour autre chose. Il devient musicien d’un groupe d’électro pop pendant dix ans. « Et puis, il y a eu la naissance de mon premier garçon, j’avais une bouche à nourrir. Il fallait que je trouve autre chose. Ma femme était traductrice, j’ai pensé que je pourrai le faire. »

Me Bergeron complète ses études et découvre la traduction juridique, spécialité qu’il ne lâchera plus. Hubert Lacroix – l’actuel PDG de Radio-Canada - lui fait passer une entrevue et voilà, c’est signé. Il rentre comme avocat réviseur chez Mc Carthy en 1994.

Chercher l’erreur

Deux prérequis pour devenir réviseur : être très bon en anglais et excellent en français. « Ma main gauche c’est l’anglais, ma main droite c’est le français et il faut que les deux soient en harmonie », illustre Me Bergeron.

Une fonction bien différente de celle de traducteur, qui le premier réécrit le texte en français. Le réviseur intervient après pour commenter et annoter le texte du traducteur. C’est lui qui engage la responsabilité du cabinet sur la traduction. La fonction de réviseur en cabinet exige pour cette raison d’être avocat.

« On s’assure que le français, à tous égards importants, dit la même chose que l’anglais, indique-t-il pour décrire sa mission. Et la précision va jusqu’à la virgule. Dans un dossier, rappelle-t-il, une virgule mal placée a coûté 5 millions ! »

Cette exigence de précision, c’est tout l’attrait de la profession pour quelqu’un qui aime les langues, la rédaction et l’analyse textuelle.

Leur volume d’activité, les réviseurs le doivent à l’article 40.1 de la loi sur les valeurs mobilières du Québec. En vertu de ce texte, personne au Canada qui fait un placement au Québec ne peut le faire tant que le prospectus pas traduit en français. Cela représente 80 % de l’activité. Pas de quoi lasser le spécialiste, bien au contraire.

« On travaille sur des dossiers énormes, qui vont avoir des répercussions concrètes sur la vie des gens. Mon travail me donne l’impression d’être au cœur de la vie économique et d’être un des maillons de la chaîne. »

Décalage horaire

Les marchés financiers ne suivent en revanche pas le calendrier. Coup dur pour les horaires, car Il faut travailler quand les deals se font. Parfois, le week-end, parfois les jours fériés ou tard dans la nuit. Les réviseurs l’ont payé cher il y a quelques années. Après une série de « burn out » dans les années 90, la profession s’est ajustée. Les cabinets ont trouvé des aménagements de travail pour les réviseurs. Désormais, les rotations d’équipe, le homeworking et les semaines de récupération sont devenues fréquentes dans la profession.

Les réviseurs ont gagné aussi leur considération au sein des cabinets. C’est arrivé presque par accident. « Quand Osler et Blakes sont arrivés à Montréal, il y a 8 ans, ils ont vidé la moitié des services de traduction-révision de Stikeman et Mc Carthy. Eux les premiers ont confié aux réviseurs des postes d’associés. A l’époque, c’était impensable, car on ne ramenait pas de client », explique Michel Bergeron.

Son cabinet a suivi. Il est devenu associé. Aujourd’hui, il assure que les réviseurs sont perçus comme des spécialistes à part entière. Les juniors commencent aux mêmes rémunérations que leurs collègues des autres équipes.

L’ascension au sein du cabinet n’est en revanche pas la même. Me Bergeron le sait et l’assume. « On ne sera jamais des rainmakers, mais on vit très bien du travail des autres, alors c’est normal. »