Lucie Lemonde n’est plus…. Source: UQAM
Lucie Lemonde n’est plus…. Source: UQAM
L’avocate Lucie Lemonde est décédée après une vie consacrée à défendre les droits humains au Québec et à l’étranger.

Me Lemonde a été admise au barreau en 1974. Rapidement, elle se préoccupe des conditions de détention dans les prisons. Elle mène des actions devant les tribunaux pour faire reconnaître les droits des détenus. Elle poursuit son combat en défendant les droits des mineurs enfermés et des demandeurs d’asile.

À la fin des années 1980, elle est nommée professeure au département des sciences juridiques de l’UQAM.

Lucie Lemonde a été la présidente de la Ligue des droits et libertés (LDL) de 1994 à 2000. C’est durant cette période qu’elle obtient un doctorat en droit de l’Université de Montréal.

Parallèlement, elle devient vice-présidente de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) de 1997 à 2004. Elle participe à des missions internationales d’enquête et de formation de la FIDH, notamment en France sur la situation des étrangers et demandeurs d’asile, en Colombie, au Togo, au Bénin et en Roumanie.

Me Lucie Lemonde a toujours été active comme militante des droits humains, notamment lors de sommets internationaux, comme au Sommet des Amériques en 2001, au G20 de Toronto en 2010, et durant le Printemps érable en 2012.

Suite au G20 de Toronto, elle constitue un dossier pour dénoncer les abus de droit subis par les manifestants. Avec la LDL, elle présente ce dossier devant la Commission interaméricaine des droits de l’Homme.

Me Lucie Lemonde (au centre). Source: Université de Sherbrooke
Me Lucie Lemonde (au centre). Source: Université de Sherbrooke
Après le Printemps érable, elle rédige le rapport Répression, discrimination et grève étudiante publié un an plus tard. Elle supervise également le rapport collectif Répressions et manifestations en juin 2015

Me Lemonde représentait la LDL devant des instances internationales, dont le Comité contre la torture et le Comité des droits de l’homme. Elle a initié le projet de guide de la LDL, destiné à outiller les organisations de défense des droits, pour qu’elles puissent mieux déceler les atteintes au droit de manifester nichées dans la réglementation de leur municipalité.

L’avocate a aussi œuvré en matière de profilage discriminatoire au sein de la LDL, et en participant aux travaux de l’Observatoire sur les profilages.

Me Lucie Lemonde a reçu une mention d’honneur de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse pour son engagement social. Elle est récipiendaire du Prix ACFAS Pierre-Dansereau visant à reconnaître l’engagement social d’un chercheur en vue d’améliorer la qualité de la vie en société. L’Université de Sherbrooke lui a décerné un doctorat honorifique en droit pour son rôle de pionnière de la pratique et de l’enseignement du droit carcéral au Québec et au Canada.

Dernièrement, Me Lemonde s’était engagée auprès de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) pour dénoncer les conditions de détention et la violation des droits des femmes incarcérées à l’établissement de détention Leclerc de Laval.

Le 25 janvier dernier, Le Devoir publiait un texte de Me Lucie Lemonde intitulé Punir la misère par la misère, qui dénonçait l’incarcération des femmes dans le centre de détention Leclerc. L’avocate listait les conditions de vie dégradantes qu’elles y subissent, avant d’appeler à une réflexion sur la fin du recours à l’emprisonnement.

« La réponse du système pénal à la criminalité des femmes, tout comme au phénomène endémique des violences à l’égard des femmes, est et a toujours été inadaptée et frustrante. Or il est plus que temps de repenser les solutions que l’on a choisi d’apporter aux problèmes sociaux, y compris la pauvreté, le sexisme, le racisme et le capacitisme. Et surtout, il est temps de voir la prison pour ce qu’elle est, c’est-à-dire tout sauf une solution », conclut Lucie Lemonde.

Sur son site Internet, la LDL rend hommage à « une militante des droits humains exceptionnelle ».

« Généreuse de son savoir, elle a aussi su intéresser ses étudiant-e-s à des champs et pratiques du droit se situant en dehors des sentiers battus. Plusieurs se sont d’ailleurs engagé-e-s dans différentes pratiques ou professions liées à la défense des droits et libertés ou, encore, se sont impliqué-e-s dans différents mouvements ou organismes œuvrant en faveur des droits humains », salue la Ligue des droits et libertés.