Peut-être parce que quand on pense région, on croit qu’on a le temps. Peut-être aussi parce qu’on en soupçonne les subtilités et devine les susceptibilités, et que c’est justement cela qu’il faut rendre.

Le Bâtonnier Rondeau est originaire de Rimouski, où il est revenu exercer après avoir fait son droit et son barreau à Ottawa en 1986. Son histoire à lui commence sur un gros coup, qui va déterminer la suite de sa carrière.

Fraîchement sorti de l’école du barreau, l’avocat commence en pratique privée, orientée droit civil et droit des assurances. Là, il se retrouve propulsé procureur ad hoc, comme cela est possible dans sa région, à traiter d’un dossier portant sur un trafic d’importation de cocaïne liquide. Montant : 6 000 000 de dollars.

Sa carte de visite est faite. Rapidement approché par la Couronne, il devient procureur à Rimouski, responsable de l’est et du nord du Québec.

Aujourd’hui bâtonnier de la section Bas-Saint-Laurent / Gaspésie / Îles-de-la-Madeleine, il chapeaute la pratique de 270 avocats, répartis entre les districts de Kamouraska, Rimouski, Bonaventure et Gaspé.

Vérifiez sur une carte, mais cela fait une distance d’au moins 600 kilomètres de long, sans compter les Iles de la Madeleine.

Et ceux qui disent qu’en région on limiterait les déplacements ?

« Les procureurs de ma section ne sont pas tous aussi mobiles que moi, même si dans cette région on doit être prêt à se déplacer, dit-il. Mais, j’ai grandi devant le fleuve et je peux vous dire que les déplacements sont ici féériques. Je préfère passer des heures à admirer les beautés de la nature que les embouteillages. »

En dehors de la nature, qu’est que la région réserve aux avocats qui s’y installent ?

« Le soleil se lève à l’est, alors on est plein de surprises », dit-il.

La majorité des avocats y sont généralistes. « La Gaspésie, c’est un chapelet de bureaux d’avocats », dit le bâtonnier.

Bémol dans les grands centres comme Rimouski, où près de 15 % des avocats se spécialisent dans des domaines pluridisciplinaires, notamment en droit des affaires, droit des assurances ou droit du travail.

Mais pas de place encore pour les disciplines plus spécialisées comme le droit fiscal. « Il n’aurait pas assez de volume d’affaires. C’est trop pointu, les comptables fiscalistes font l’affaire. »

Les bureaux subissent actuellement une concurrence importante, qui n’est pas seulement locale, mais provenant de l’ensemble de la province notamment vis-à-vis des grosses entreprises ou compagnies d’assurance qui préfèrent se tourner vers des cabinets prestigieux de Québec et également regrouper l’ensemble de leurs dossier sur un seul bureau d’avocat.

Une réalité qui doit être prise en compte par les jeunes qui souhaitent pratiquer dans la section. Après, selon le bâtonnier, il y a de la place pour des jeunes qui voudraient s’installer. A ceux-ci, le bâtonnier aurait deux conseils à prodiguer.

Déjà, il faut se renseigner avant de s’installer, contacter des gens. Voire, prendre un cours. Sherbrooke en propose un sur la pratique en région.

« Les avocats des grands centres sont plus nombreux à être attirés par la région aujourd’hui qu’auparavant, mais ils doivent s’informer sur le mode de vie que cela implique, au risque sinon de ne pas y rester. »

Ensuite, il faut être prêt à se retrousser les manches et ne pas attendre que le travail arrive par lui-même.

D’après Me Rondeau, cela prend de 2 à 5 ans pour être bien installé.

« Ensuite, le ciel n’est pas plus rose ici qu’ailleurs, mais notre région offre une qualité de vie intéressante, dit-il. J’ai en tête l’histoire de plusieurs avocats venus passer des vacances dans la région et qui sont tombés en amour avec, au point de changer de vie et venir y travailler. »

De belles histoires en perspective que je vous raconterais peut-être … si vous êtes sages.

Pour l’heure, c’est métro boulot dodo.