Coiffure non genrée : les propriétaires du salon vont contester la décision

Coiffure non genrée : les propriétaires du salon vont contester la décision

Radio Canada

2026-03-11 13:15:35

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Le salon de coiffure change d'avis et fera appel de sa condamnation par le tribunal à payer 500 $.


André Dagenais - source : Radio-Canada / Mathieu Catafard


Les propriétaires du salon de coiffure Station10 vont finalement contester leur condamnation à payer 500 $ à une personne non binaire qui s'était plainte de discrimination, a appris Radio-Canada. Les nombreuses réactions à cette affaire les ont convaincus de changer d'avis et de faire appel. Ils seront soutenus financièrement par l'industrie des coiffeurs.

« On a décidé de suivre nos principes et de dire qu’on n'était pas d'accord avec le jugement », explique le copropriétaire de l'entreprise Station10, Alexis Labrecque. Ce dernier se dit prêt à se battre devant la cour. Et il ne se sent plus seul : « Autant des clients que des amis, que des étrangers sont venus nous encourager », raconte-t-il.

Le 5 février dernier, le Tribunal des droits de la personne a condamné l'entreprise à verser 500 $ d'indemnité à une personne non binaire. Cette dernière se plaignait d'avoir subi une discrimination, car on l'obligeait à choisir entre une coupe homme et une coupe femme lors de la prise de rendez-vous en ligne.

L'affaire a fait grand bruit au Québec et a eu des échos à l'international. Depuis, certains salons de coiffure ont retiré les mentions « homme » et « femme » de leurs affichages pour s'éviter le même genre de poursuites. Plusieurs experts ont vu dans cette décision une possible jurisprudence.

Alexis Labrecque - source : Radio-Canada
L'appui de toute une industrie


Au départ, les copropriétaires des salons Station10 de Longueuil et de Montréal voulaient payer les 500 $ d'indemnité imposés par le Tribunal des droits de la personne et passer à autre chose, mais ils ont été assaillis de messages les encourageant à contester. L’appui de l’Association Coiffure Québec compte pour beaucoup aux yeux d’Alexis Labrecque : Si on avait été seuls, je ne sais pas si on aurait eu le courage, les ressources ou la motivation d’aller en appel. Pour le président de l’Association, Stéphane Roy, c’est un devoir de s'impliquer aux côtés de Station10.

« Tous les coiffeurs se sont sentis interpellés par ça, dit-il. La pression venait vraiment des coiffeurs qui voulaient qu’on appuie Station10 ».

« C’est plus facile pour eux de payer le 500 $ et de passer à autre chose, ajoute Stéphane Roy. Mais en discutant avec tout le monde, avec les avocats, ça dépasse Station10. Ça dépasse même l’industrie de la coiffure. C’est tous les commerçants qui sont touchés par une décision comme ça ».

L’Association considère que des erreurs ont été commises dans le jugement. M. Roy croit que la décision du tribunal a été précipitée et maladroite.


L'appel coûtera bien plus que 500 $

Les coiffeurs estiment qu'il leur en coûtera 10 000 $ pour s'inscrire en appel et payer les frais associés. Stéphane Roy espère aller chercher cet argent grâce à une campagne de financement en ligne qui sera lancée mercredi.


Stéphane Roy - source : Radio-Canada / Stéphane Roy

Alexis Labrecque se réjouit d'avoir trouvé un cabinet d'avocats qui a accepté de travailler pro bono sur cette affaire, ce qui limitera le total de la facture. C'est un cabinet d'avocats spécialisé dans le domaine, qui est de centre, aligné avec nos valeurs. Ce sont des gens qui sont inclusifs, confirme Stéphane Roy.

Contactés par des avocats d'extrême droite

Lorsqu'Alexis Labrecque pesait le pour et le contre en réfléchissant à la possibilité de faire appel du jugement, des avocats l’ont contacté pour offrir leur aide, mais il n'a pas aimé leur approche.

On travaille dans une industrie qui a tendance à être plus libérale, explique le copropriétaire. L’idée est de demeurer le plus neutre et le plus centre-politique possible.

Des prix non genrés engendrent une perte de revenus, selon l’Association

Depuis la révélation de Radio-Canada concernant le jugement, des coiffeurs ont modifié leur offre de services pour dégenrer le tout, en distinguant les prix en fonction de la longueur des cheveux plutôt que selon le genre. Or, ce mode de tarification engendre une perte de revenus, selon Stéphane Roy.

« Tu vas perdre beaucoup d'hommes si tu mets le prix coupe femme aux hommes, affirme-t-il. Et si tu mets le prix homme à toutes les femmes, tu te prives d'un revenu ».

Si c'était ainsi, selon lui, toutes les femmes qui ont les cheveux courts vont se retrouver à payer moins cher.

« Si tu augmentes le prix d'une coupe pour homme de 3 $, il y a beaucoup moins d'hommes qui vont venir se faire couper les cheveux. Tandis que, si tu augmentes le prix d'une coupe femme de 3 $, elles vont toutes continuer de venir », croit Stéphane Roy.

« Un débat de société »

« Ce n'est pas à nous, les coiffeurs, de régler un problème de société », affirme Stéphane Roy, qui appelle les élus à participer au débat.

« Moi, je ne détiens pas la vérité; la juge qui a pris cette décision ne détient pas la vérité », estime-t-il, ajoutant : « C’est un débat de société, et il faut se donner le temps de bien faire les choses, et non d’aller drastiquement dans un sens ou dans l’autre. Il faut prendre le temps de discuter ».

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