Comment un stage du Barreau peut-il ouvrir les portes du droit international?

Tout juste assermentée, Me Chloé Galarneau-Haley s’apprête à amorcer sa carrière au cabinet Belton Avocats. Elle y travaillera notamment sur des dossiers liés aux droits de la personne, à l’immigration et au profilage racial.
Mais la jeune avocate ne compte pas s’arrêter là. Dès la rentrée, elle entreprendra également une maîtrise en études internationales et développement à l’Université Laval, avec une concentration en coopération internationale.
Il faut dire que son stage du Barreau lui a donné la piqûre du droit international. Alors qu’elle effectuait une expérience en cabinet pendant ses études, chez Jurinovo Avocats, les associés du cabinet éveillent sa curiosité en lui parlant d’une possibilité peu commune : effectuer son stage du Barreau à l’Organisation internationale du travail, à Genève.
« Ils avaient énormément apprécié leur expérience et avaient intégré une dimension internationale à leur pratique », raconte-t-elle à Droit-Inc.
Pour effectuer un tel stage, le processus de sélection est exigeant et s’étend sur environ deux mois et demi. Les candidats doivent d’abord soumettre un dossier complet, comprenant notamment leur CV et des réponses à plusieurs questions. Une expérience en droit international constitue évidemment un atout important.
Après l’analyse des candidatures, les personnes retenues sont convoquées à une première entrevue avec le Barreau. Les candidats doivent ensuite passer un test écrit d’environ 45 minutes portant sur des questions liées au travail de l’OIT. Une deuxième entrevue avec un membre de l’organisation vient ensuite compléter le processus.
Mais concrètement, à quoi ressemble le quotidien d’un stagiaire dans une organisation internationale? On a jasé avec Me Galarneau-Haley.
Dans la pratique, à quoi ressemble le travail d’un stagiaire au sein de l’OIT?
C’est un stage très différent de ce qu’on peut connaître au Québec, puisqu’il s’agit de travailler directement avec le droit international. Je travaillais dans le département des normes, plus précisément au sein de l’équipe qui s’occupe de la liberté syndicale. Notre travail était principalement lié à deux comités.
Le principal était la Commission d’experts pour l’application des conventions et recommandations. Lorsqu’un État ratifie une convention de l’OIT, dans notre cas, la convention sur la liberté syndicale, il doit produire périodiquement des rapports sur sa mise en œuvre. Notre rôle consistait à analyser ces rapports, ainsi que les commentaires soumis par des organisations de travailleurs ou d’employeurs, et à examiner la législation nationale. Nous devions ensuite rédiger des observations sur la conformité des lois nationales avec les conventions de l’OIT et proposer, au besoin, des pistes d’amélioration.
Nous travaillions aussi avec le Comité de la liberté syndicale, qui traite des plaintes plus spécifiques liées à des violations alléguées. Ce comité examine notamment les plaintes déposées par des organisations de travailleurs ou d’employeurs.
L’Organisation internationale du travail fonctionne selon un modèle tripartite, c’est d’ailleurs la seule agence du système des Nations Unies structurée de cette manière, avec des représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs. C’est très intéressant d’observer les discussions et les négociations entre ces différents acteurs pour parvenir à un consensus.
Comment décririez-vous l’environnement de travail à Genève? En quoi le fait de travailler dans cette ville, au cœur des organisations internationales, influence-t-il l’expérience professionnelle?
C’est un environnement extrêmement stimulant. On travaille avec des professionnels qui viennent des quatre coins du monde, ce qui rend les échanges très riches, autant sur le plan culturel qu’intellectuel. Dès le début du stage, nous étions environ une quarantaine de stagiaires. Cela crée rapidement un réseau et une dynamique très intéressante. Les personnes que l’on rencontre ont souvent des parcours impressionnants et beaucoup d'expériences.
Il y a aussi de nombreuses conférences, rencontres et séminaires organisés au sein de l’organisation. Tout cela contribue à créer un environnement très formateur. Cette expérience donne vraiment envie de poursuivre dans le domaine du droit international, parce qu’on apprend énormément.
Finalement, quelles compétences ce stage vous a-t-il permis de développer?
Le réseautage est une compétence que j’ai particulièrement développée. Dans un environnement international comme celui-là, il y a énormément d’occasions de rencontrer des professionnels de différents horizons. Savoir créer des liens et entretenir ces relations est une compétence très précieuse.
Sur le plan juridique, le stage m’a aussi permis de développer ma réflexion critique. Nous devions analyser de nombreux documents, évaluer différentes problématiques et décider quelles recommandations formuler. Même si nous étions bien encadrés par l’équipe, chaque stagiaire était responsable de ses propres dossiers. Cela demande beaucoup d’autonomie et de jugement, ce qui est très formateur.
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