Kevin Roberge. Source : Twitter
Kevin Roberge. Source : Twitter
« Qui dit un mensonge en dit cent », dit un proverbe français bien connu. Et il se pourrait bien que l’ex-avocat Kevin Roberge le réalise à ses dépens.

Le Conseil de discipline du Barreau, formé de Mes Lyne Lavergne, Michel Miller et de Johanne McNeil, lui reproche d’avoir induit en erreur le Tribunal administratif du logement (TAL), lors d’une audience à Montréal.

M. Roberge, qui a été admis au Barreau en 2015, a repoussé une séance en prétextant qu’il devait se rendre au chevet de son père, victime d’un accident de voiture. Le problème ? Ce n’était pas vrai…

L’incident remonte au 11 janvier 2018. Kevin Roberge s’est retrouvé devant une juge administrative du TAL dans le cadre d’un litige avec son propriétaire, Les salons d’optique Daniel Proulx. Le litige portait sur le montant de son loyer mensuel.

Le propriétaire a finalement obtenu gain de cause quelques mois plus tard, le 24 avril. M. Roberge ne s’est jamais présenté à l’audience qui avait été fixée le jour même, et n’a soumis aucune preuve à la faveur de sa cause.

Après vérification, Droit-inc a appris que Kevin Roberge n’est plus membre du Barreau. Il a subi une radiation administrative le 28 avril dernier pour non-paiement de ses cotisations.

Lisez la décision du Conseil ici.

Le syndic intervient

Les salons d'optique Daniel Proulx, qui a pignon sur rue à Verdun, a alerté le Bureau du syndic, expliquant que M. Roberge refusait de fournir une preuve de l'accident de son père.

Questionné par le syndic adjoint Sébastien Dyotte, l’avocat a rapidement admis par courriel qu’il s’agissait d’un mensonge et qu’il avait, en réalité, été victime d’une « crise de panique ».

« Le 11 janvier 2018, j’ai eu une crise de panique due à la peur d’avoir attrapé une maladie grave. L’angoisse était tellement forte que j’ai consommé des comprimés contre l’anxiété plus que la dose normale qui n’ont pas eu l’effet désiré. C’est moi qui était (sic) malade. »

Échanges entre Kevin Roberge et la juge administrative
Régisseure : (inaudible)… Je sais qu’il est tard un petit peu… Euh… Vous pouvez fermer la porte… C’est juste qu’il y a… dans le fond…Il y a une autre juge qui était pas ici alors on essaie de faire les deux, les deux rôles à sa place… Euh… J’aurais trois autres petits dossiers à terminer puis après ça si j’ai assez de temps je pourrais vous entendre. Est-ce que vous en avez pour longtemps?
Me (Jean) Cantin (avocat du propriétaire) : (inaudible) Me Roberge a une demande de remise.
Régisseure : Ah oui ?
Me Roberge : Oui euh Madame parce que je viens de recevoir un appel de ma tante puis mon père a eu un accident.
Régisseure : Ok.
Me Roberge : …puis là il habite à Trois-Rivières.
Régisseure : Ok.
Me Roberge : Euh…Puis il est à l’hôpital…euh j’en sais pas plus pour l’instant mais il faudrait que je me rende...
Régisseure : Ok…
Me Roberge : …. à Trois-Rivières…
Régisseure : …tout de suite…ok
Me Roberge : …assez rapidement oui.
Régisseure : .…je comprends…..alors on va fixer une date …. Je vais essayer de fixer ça rapidement…est-ce qu’il y avait des dates que vous (inaudible)….
Source : Extrait de la décision sur culpabilité, « Barreau du Québec (syndic adjoint) c. Roberge.


Le Conseil de discipline s’explique néanmoins mal pourquoi l’avocat a menti.

« Les explications de (M. Roberge) révèlent clairement qu’il ne voulait pas donner au TAL la véritable raison de sa demande de remise (...). (M. Roberge) aurait pu tout simplement expliquer avoir un problème de santé exigeant qu’il quitte le TAL sans entrer dans les détails ».

Il s’agit pour le Conseil d’une « intention blâmable de tromper » le Tribunal, même s’il reconnaît que l’anxiété peut s’accompagner d’un sentiment de honte.

« Je me souviens d’avoir honte totalement de moi concernant la raison de mon anxiété et de l’anxiété elle-même je ne voyais pas comment je pourrais dire cela à la juge et devant le (propriétaire) qui me déteste. J’avais peur d’être seul, j’avais peur de le dire car le dire ça le rend réel », écrivait Me Roberge dans un second courriel du 20 novembre 2019.

Chien à l’agonie ?

Notons que Kevin Roberge n’a pas assisté à sa propre audition sur culpabilité, qui a eu lieu le 1er mars dernier. Il s’est désisté le matin même, après avoir demandé à Me Dyotte de reporter l’audience.

M. Roberge a affirmé par écrit qu’il devait « prendre les dispositions pour mettre fin à la vie de (son) chien (qu’il avait) depuis 13 ans. »

Le syndic adjoint n’a pas semblé apprécier.

« Vous savez depuis le 19 janvier 2022 que la cause doit procéder ce matin. J’ai tenté de vous rejoindre à de multiples occasions pour connaître vos intentions, tant avant qu’après l’appel du rôle. Vous m’avez donné des rendez-vous téléphoniques que vous n’avez jamais respecté et vous n’avez jamais retourné mes appels et/ou répondu à mes messages laissés sur votre boîte vocale », lui a-t-il répondu en rejetant sa demande de remise.

Kevin Roberge ne s’est finalement jamais présenté à l’audience virtuelle, prenant « pour acquis » que le Conseil de discipline avaliserait sa requête. Il a tout de même été jugé par Mes Lavergne, Miller et McNeil.

La décision du Conseil a été publiée le 12 avril dernier. Bien qu’il ait été reconnu coupable, l’Ordre professionnel doit encore déterminer la sanction qu’il imposera à M. Roberge.

Contacté par Droit-inc, Kevin Roberge n'avait pas donné suite à nos demandes d’entretien au moment d’écrire ces lignes. Le Barreau n’a pas souhaité émettre de commentaires.