Pierre-Karl Péladeau. Source: Radio-Canada / Ivanoh Demers
Pierre-Karl Péladeau. Source: Radio-Canada / Ivanoh Demers
Pierre Karl Péladeau aurait vu ses renseignements personnels piratés, a révélé un enquêteur de la police de Longueuil au procès d’un informaticien de Québec.

Pascal Desgagnés est soupçonné d’avoir espionné les appareils électroniques de plusieurs personnes, dont des personnalités publiques.

L’une d’elles, du domaine artistique, a porté plainte à la police de Longueuil au printemps 2018. L’enquête a mené à une perquisition au domicile de Desgagnés à Québec au mois de juin de la même année.

L’analyse du matériel informatique saisi a révélé que Desgagnés aurait eu en sa possession des informations personnelles sur des centaines de personnes.

Selon la poursuite, Desgagnés a même eu accès au contenu complet des téléphones cellulaires de certaines victimes.

Pierre Karl Péladeau avisé

Après la perquisition, le sergent-détective Sébastien Boudreau a communiqué avec Pierre Karl Péladeau, estimant qu’il avait été victime d’un vol d’identité.

L'accusé, qui se défend sans avocat, a lui-même questionné l’enquêteur à ce sujet.

Pendant son procès, Pascal Desgagnés veut démontrer qu'il a été victime d'abus de la part de la police, ce qui justifierait sa requête en arrêt des procédures.

L’homme de 48 ans veut être libéré des accusations, reprochant à la police de Longueuil de lui avoir infligé « un châtiment par exposition publique humiliante ».

Les informations concernant Pierre Karl Péladeau auraient été retrouvées dans l'un des ordinateurs de l’accusé.

L’enquêteur Boudreau a indiqué que des renseignements comme la date de naissance et des adresses courriel de Pierre Karl Péladeau s'y retrouvaient.

Il y avait également, selon le policier, trois questions secrètes avec la réponse s’y référant, suivi de la mention « yÉ ».

Le mot de passe du compte VIA Rail du président et chef de la direction de Québecor était aussi inscrit.

Le sergent-détective Boudreau a informé M. Péladeau de la situation, lors d’une courte conversation téléphonique. Le policier a par la suite rencontré un de ses collaborateurs.

Les deux hommes n’ont pas donné suite à ces échanges.

« Comme je n'avais pas de plainte, je n'ai pas poursuivi mon enquête concernant M. Péladeau. »

Après avoir interrogé l’enquêteur au sujet de Pierre Karl Péladeau, Pascal Desgagnés a déposé en preuve des textes publiés par les médias de Québecor, le décrivant comme un pirate informatique.

Dans l’un d’eux, il est avancé que des joueurs du Canadien de Montréal auraient été espionnés. L’enquêteur au dossier a confirmé qu’il n’avait fait aucune démarche auprès du club de hockey montréalais à la lumière des éléments saisis chez Desgagnés.

Lettre de France Castel

L’accusé a aussi déposé en preuve une lettre écrite par France Castel. La comédienne et chanteuse a écrit à la victime qui a fait déclencher l'enquête pour lui demander de ne pas porter plainte contre un autre suspect.

La première plaignante, une personnalité du domaine artistique dont l'identité est protégée, a découvert deux adresses électroniques ne lui appartenant pas rattachées à ses comptes.

L’une d’elles était liée à Pascal Desgagnés, selon la poursuite, alors que l'autre appartenait à un homme d'une trentaine d'années de la région de Montréal.

Ce dernier, qui n'a pas de lien avec Desgagnés, a expliqué à la police avoir créé le courriel au nom de la personnalité connue « pour niaiser ».

Il l'utilisait pour s'inscrire à certains sites, afin d'éviter d'avoir des courriels indésirables à son adresse courriel personnelle.

Il a par la suite commencé à recevoir des courriels adressés à la personnalité connue, à l'adresse créée à son nom.

Après sa rencontre avec les policiers, ce suspect a fait parvenir une lettre d'excuses à cette personnalité, par l'entremise de France Castel.

Cette dernière, qui connaît le jeune homme, a demandé de la « clémence » pour l'étudiant en médecine, parlant d'une « erreur de jeunesse irréfléchie ».

L'enquêteur Boudreau a confirmé avoir soumis le dossier de ce suspect au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), qui a jugé qu'il n'y avait pas matière à porter des accusations.

Monde du spectacle

Pascal Desgagnés a demandé au sergent-détective Boudreau combien de personnalités connues étaient au nombre des présumées victimes.

Le policier a évalué qu'il y en avait « environ six ».

« C'est peut-être un peu plus que ça, si on connaît le monde du show business », a spécifié l'enquêteur.

L'accusé a aussi demandé s'il avait communiqué des informations « à des tiers ».

L'enquêteur de la police de Longueuil a alors expliqué avoir fait appel à l'expertise de la Sûreté du Québec. Il a ainsi eu la confirmation que les données n'avaient pas été exposées sur le web clandestin (dark Web en anglais).

Pascal Desgagnés fait face à des accusations d'utilisation frauduleuse d'un ordinateur, de méfait à l'égard de données informatiques et de vols d'identité.

Son procès se poursuit jeudi avec le témoignage d'un policier expert en informatique qui a analysé le contenu des ordinateurs saisis au domicile de l'accusé.